No Pain No Gain : Quand Michael Bay recycle Bad Boys…

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Après six ans de Transformers, Michael Bay s’accorde une pause détente avec No Pain No Gain, en narrant l’histoire ahurissante et incroyable de trois accros de la gonflette pas très malins. Bien que le sujet soit déjà très fourni et hallucinant, Bay n’a pas pu s’empêcher de forcer le trait en refourguant tous les effets de style bourrins, souvent dépassés et répétitifs qu’il avait en stock depuis 1995. Résultat, non seulement il faut se farcir la crétinerie légèrement irritante des personnages, mais en plus la mise en scène vomitive de Bay épuise et finit par ressembler à une parodie. Dommage, car les aventures réelles et haletantes du « Sun Gym Gang » se suffisaient à elles-mêmes, mais Bay noie No Pain No Gain dans un bordel sans âme et effréné, cherchant plus à plaire à ses fans qu’à raconter la véritable histoire de ces escrocs du dimanche.

Le pitch : Daniel Lugo vit à Miami. Il est entraîneur personnel dans un centre de fitness appelé le « Sun Gym ». Pour Daniel, la forme physique est la chose la plus importante qui soit. Mais son train de vie ne lui plaît plus et il veut pouvoir vivre une meilleure vie. Il prépare alors un plan pour dépouiller Victor Kershaw de tous ses biens. Pour l’aider dans son entreprise, Daniel va demander de l’aide à deux de ses amis : Adrian et Paul.

Adapté à partir articles parus dans le Miami New Times, No Pain No Gain est d’entrée de jeu à prendre au millième degré. En choisissant de narrer l’histoire du point de vue des « criminels », le film nous met tout de suite dans l’ambiance avec ce portrait cinglant du rêve américain tourné au ridicule et adopté par des personnages superficiels. Les premières minutes amusent lorsqu’on découvre Daniel Lugo, caricature vivante du bodybuildeur écervelé et pourtant sympathique, et le film nous fait tout de suite prendre part à sa quête du bonheur matériel. Mais rapidement au bout de dix minutes de narration mixant descriptions inutiles et partages de pensées dans un but pseudo-comique, No Pain No Gain n’arrive plus à arrêter le train en marche et nous soûle littéralement d‘un flot de parlotte interminable pendant une bonne partie du film, alors que la trame se met en place. Difficile de suivre à travers toutes ces interruptions tandis que les personnages défilent à l’écran, cassant le rythme du film pendant les dialogues pour nous faire partager leurs pensées intimes… Que demander de plus agaçant ? Ce n’est pourtant pas comme s’il y avait un manque à combler, au contraire, car l’histoire du « Sun Gym Gang » est pleine de rebondissements, créés par les décisions brillamment stupides du fameux gang, et captivante. Le film parvient très justement à retranscrire la naïveté pourtant pleine de bonnes volontés de ces personnages caricaturaux que l’on suit, les yeux écarquillés, s’enfoncer toujours plus profondément dans les ennuis. Malheureusement, tout le potentiel drolatique du film est mis à rude épreuve à cause d’une dose massive d’effets de style racoleurs rajoutés par-dessus, comme si Michael Bay doutait que l’on puisse aussi s’intéresser à l’histoire qui se déroule dans un de ses films. Du coup, bien qu’il n’y ait aucun robot géant à l’horizon en dehors de Dwayne Johnson et sûrement pour rassurer ses fans, No Pain No Gain est servi avec l’artillerie lourde en guise de mise en scène.
Ici, Bay choisit d’y aller (très) mollo sur les explosions mais réutilise tout ce qui a fait de Bad Boys (1995) son premier succès, ne serait-ce que dans le rythme mais aussi dans de nombreuses séquences dangereusement similaires, de la caméra qui tourne autour de personnages en pleine discussion au grand cercle rapide passant à travers deux pièces voisines afin de filmer deux scènes-clés simultanément. Recherchant toujours plus d’intensité et de grandeur, Bay pose sa caméra à ras du sol pour filmer en contre-plongée, abuse des images arrêtées pour marquer le coup et joue avec les filtres photos criards comme une adolescente qui découvrirait Instagram (ou moi, soyons honnêtes 🙂 ). Et pour finir de dresser ce tableau exagérément tape-à-l’œil et bruyant , No Pain No Gain n’est pas en reste qu’en il s’agit d’ajouter une touche féminine. Encore une fois, pas besoin de faire dans le subtil, les personnages du film sont entourés de strip-teaseuses, la caméra de Bay s’en donne à cœur joie, décollant suffisamment du sol pour nous offrir des plans ras la culotte de toutes les demoiselles qui passent. A coté, les poses improbables de Megan Fox sur sa moto dans Transformers 2 ou l’entrejambe de Rosie Huntington-Whiteley dans Transformers 3 ne devaient servir que d’entraînements. « No sacrifice, no victory » comme disait l’autre… (tiens, on dirait le titre du film *sifflote*).
Tout cela mis bout à bout occulte totalement – ou presque – le film dans cette surabondance d’effets visuels limite beaufs et dépassés, donnant l’impression que si l’histoire du film se déroule dans les années 90, c’est à se demander si Bay a remarqué le passage dans les années 2000. Au final, on ne sait plus où donner de la tête et il faut se forcer pour pouvoir suivre l’histoire en évitant la migraine. Entre la bêtise fracassante des personnages, la rareté des gags efficaces, la multi-narration incessante et la touche brute épaisse de Bay, cela fait beaucoup pour un seul film qui, pour une fois depuis The Island (2005), avait un véritable contenu intéressant à partager ! Il semblerait que revenir à la normale après une saga aussi réussie et fructueuse que Transformers ne soit pas une chose aisée…
La fin du film arrive comme une délivrance et avec une once de regret : entre les mains d’un réalisateur plus subtil et plus habitué à manier un scénario concret, No Pain No Gain aurait pu être bien plus drôle, se contentant de mettre en situation ce qui est probablement le gang le plus crétin jamais vu, rendant alors le trio peut-être même plus attachant.

Coté casting, Mark Wahlberg (Phénomènes, Fighter, Ted…) incarne un Daniel Lugo crédible et convaincant. A ses cotés, Anthony Mackie (Real Steel, Gangster Squad…) se fait plus remarquer pour son style vestimentaire discutable (ne jugeons pas, c’était la mode à l’époque, hum) que pour son jeu (espérons qu’il aura dégonflé dans le prochain Captain America : The Winter Soldier). Tony Shalhoub se démarque de Monk pour interpréter le pigeon de tout ce désastre et c’est plutôt sympa de le découvrir dans un autre style, tandis que Ken Jeong fait une apparition anecdotique pour jouer, encore une fois, un rôle extravagant.
Si Ed Harris reste impeccable et superbe comme d’habitude (#FanGirlAlert), c’est finalement Dwayne Johnson (ô surprise !) qui s’en sort le mieux. J’aime quand il sort de ses rôles de gros durs et s’essaie à la dérision, dans No Pain No Gain, il est le seul à être à la fois drôle et attachant dans son délire… particulier.

En conclusion, No Pain No Gain proposait une histoire attrayante et riche, mais le film est entièrement desservi par une mise en scène trop imposante et inutile. Alors que Michael Bay prépare Transformers 4 et produit la prochaine adaptation des Tortues Ninjas, autant dire que nous n’aurons probablement pas mieux que ça dans les années à venir…

Yup. Walking away from an explosion like bad boys...

Yup. Walking away from an explosion like bad boys…

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