[CRITIQUE] Pupille, de Jeanne Herry

Simplement formidable, le film de Jeanne Herry livre une belle histoire qui donne chaud au cœur. Pupille s’attache aussi bien au tableau social qu’au parcours du petit Théo, l’enfant abandonné à la naissance. Si la part de fiction rend ce drame plus touchant, Jeanne Herry donne envie de croire à ce récit sincère. Pupille est un beau film, porté par un casting d’une justesse bouleversante : Gilles Lellouche et Elodie Bouchez sont exceptionnels.

Le pitch : Théo est remis à l’adoption par sa mère biologique le jour de sa naissance. C’est un accouchement sous X. La mère à deux mois pour revenir sur sa décision…ou pas. Les services de l’aide sociale à l’enfance et le service adoption se mettent en mouvement. Les uns doivent s’occuper du bébé, le porter (au sens plein du terme) dans ce temps suspendu, cette phase d’incertitude. Les autres doivent trouver celle qui deviendra sa mère adoptante. Elle s’appelle Alice et cela fait dix ans qu’elle se bat pour avoir un enfant. Pupille est l’histoire de la rencontre entre Alice, 41 ans, et Théo, trois mois.

4 ans après le pétillant (mais inachevé) Elle L’Adore, Jeanne Herry revient avec un drame bouleversant et en même temps plein d’émerveillement avec Pupille. Quelque part entre le documentaire et la fiction, le film suit le parcourt d’un bébé donné à l’adoption après sa naissance, entouré par le personnel social qui l’accompagne. Loin de verser dans le mélodrame larmoyant et gratuit, Pupille porte un regard humain et bienveillant sur cet entourage dévoué, ballotté entre le bien-être d’un bébé abandonné, le mal-être d’adultes en manque d’enfant, ainsi que des émotions plus personnelles.

Ainsi le film de Jeanne Herry va à la rencontre de plusieurs personnages à travers un circuit éprouvant où les émotions se bousculent à travers une histoire authentique et sensible. En effet, Pupille reste factuel : la réalisatrice ne porte aucun jugement ni sur cette mère anonyme, ni sur les couples déchirés par l’absence d’un enfant. Au contraire, en gardant le petit Théo au centre, Pupille donne un visage à un système social méconnu qui doit pourtant gérer une lourde responsabilité. Ainsi, d’un assistant familiale en plein doute après un accueil difficile jusqu’à une femme célibataire en pleine reconstruction, Pupille propose une ronde de personnages tous sur le fil du rasoir, faillibles et souvent touchants dans leurs histoires personnelles et déterminés par une ambition commune : le bien-être de l’enfant.

Alors oui, l’ensemble semble parfois trop beau pour être vrai et probablement que dans la réalité des faits, les services sociaux n’ont malheureusement pas qu’un seul dossier à la fois et les parents isolés sont encore loin d’être une logique courante quand il s’agit d’adoption. Malgré une histoire qui tend vers la fin heureuse, Pupille tente de rester proche de la réalité, notamment quand il montre des décisions portées par l’instinct pur et simple. D’ailleurs, comme pour légitimer cela, le film aborde aussi les autres rencontres : celles plus difficiles qui se soldent par un refus ou une séparation, ou encore celles qui sont encore pleines d’espoir, d’échanges et de discussion. Mais si Jeanne Herry choisit de se focaliser sur une histoire, cela permet à Pupille de ne pas s’éparpiller dans un sujet déjà vaste. Du coup, chaque personnage apporte sa propre part d’humanité à une histoire déjà lourde, soulignant à propos l’impact d’un abandon sur ce nourrisson trop sage. Le film offre une proximité et un point de vue inédit sur un sujet habituellement vu du coté des parents, rappelant que les services de l’aide sociale à à l’enfance ne sont pas là pour trouver un enfant à un couple en mal de bébé, mais de trouver un foyer à des enfants en difficulté. Quelle justesse.

Au casting, la réalisatrice retrouve Sandrine Kiberlain (Fleuve Noir, Quand On A 17 Ans, Encore Heureux…), toujours aussi rayonnante, parfois crispante avec ses grignotages intempestifs mais toujours sympathique. Sur le devant de la scène, c’est Gilles Lellouche (Le Grand Bain, L’amour Est Une Fête, Le Sens de la Fête…) qui étonne avec un personnage sensible qu’il aborde avec beaucoup de justesse, loin de l’image « beauf » que l’acteur aimerait effacé – c’est chose faite. Elodie Bouchez (Guy, Gaspard Va Au Mariage…) complète un trio fort en émotions mais aussi en message sur cette femme qui casse le moule préconçue de la parentalité à deux.
Autour d’eux, Olivia Côte (La Fête des Mères…), Clotilde Mollet (Maryline…) et Miou-Miou (Larguées…) complètent un ensemble chaleureux.

En conclusion, alors que je craignais un mélodrame lacrymal, le film de Jeanne Herry a su me surprendre avec son approche sincère et réaliste qui évite justement le pathos pour rendre hommage à un système méconnu et peut-être dénigré en rendant un visage humain à des hommes et des femmes qui exercent ces métiers peu évidents. Pupille touche, émerveille et fait sourire, j’espère qu’il y a une énorme part de vérité dans ce récit vraiment beau et émouvant qui m’a laissée légèrement transpirante des yeux. À voir.

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