[CRITIQUE] Mourir Peut Attendre, de Cary Joji Fukunaga

Le pitch : Dans Mourir Peut Attendre, Bond a quitté les services secrets et coule des jours heureux en Jamaïque. Mais sa tranquillité est de courte durée car son vieil ami Felix Leiter de la CIA débarque pour solliciter son aide : il s’agit de sauver un scientifique qui vient d’être kidnappé. Mais la mission se révèle bien plus dangereuse que prévu et Bond se retrouve aux trousses d’un mystérieux ennemi détenant de redoutables armes technologiques…

Six ans se sont écoulés (covid compris) depuis le très mitigé (voir décevant) 007 Spectre réalisé par Sam Mendes en 2015. En pleine reconquête après un Skyfall (2012) excellent, le 4e film James Bond ère Daniel Craig m’avait déçu par son récit laborieux, une Bong Girl détestable et une conclusion qui débouchait sur une sorte d’univers partagé qui décrédibilisait les vilains marquants de Casino Royale, réalisé par Martin Campbell (2006) et Skyfall. Alors que le retour de Daniel Craig dans la peau du plus célèbre agent secret britannique était moins sûr au départ, c’est surtout l’écriture du film puis la défection de son réalisateur initial qui ont retardé la sortie de ce cinquième volet. En effet, Danny Boyle était rattaché au projet jusqu’en 2018, mais suite à des « différents artistiques », la place devient vacante. C’est donc Cary Joji Fukunaga qui a pris la relève, connu notamment pour le film hyper démonstratif Beasts of No Nation et pour avoir été un des co-scénaristes de Ça – Chapitre 1. Entre réécritures et retour de Paul Haggis au scénario – il avait écrit Casino Royale et Skyfall, il aura fallu plusieurs mois pour que le projet récolte l’approbation des producteurs et de Daniel Craig himself… jusqu’au moment où l’acteur a finalement fait appel à Phoebe Waller-Bridge (Fleabag) pour revisiter le scénario et donner une touche de fantaisie et plus d’ampleur aux personnages féminins. Pfiou.

Bref, le challenge est doublement important : signer des adieux honorables au personnage circa Daniel Craig et corriger les erreurs de 007 Spectre. Cependant, difficile selon moi de faire oublier le film précédent quand Mourir Peut Attendre se développe à partir du personnage incarné par Léa Seydoux aka la pire Bond Girl du siècle ! Mais soit, pourquoi pas si cela apporte du renouveau à l’intrigue…
Entre amours trahies et menaces virales, le film de Cary Joji Fukunaga développe une intrigue multiple, partagée entre expositions et scènes d’actions. Les amateurs de James Bond auront le plaisir de retrouver les codes classiques de l’espion, à savoir l’Aston Martin, les gadgets et un agent secret toujours aussi classe que dangereux, tandis que le film nous fera voyager en Europe sur les traces d’un passé bien enfoui et d’une menace inquiétante. Les relations de Bond sont au centre, qu’elles soit professionnelles, fraternelles ou amoureuses : Mourir Peut Attendre tient à boucler la boucle avec application dans un chapitre à l’envergure XXL. L’ensemble séduit par son esbroufe et surtout le charisme de son héros à la garde-robe toujours infroissable en toutes circonstances, tandis que la trame fait des clins d’œil au film précédent, notamment Casino Royale et l’inoubliable Vesper… Fleurant bon la dernière révérence, Mourir Peut Attendre met le paquet pour vanter les talents de son James Bond qui sera énormément mis à l’épreuve dans ce film et aura tout le temps de démontrer l’étendu de ses nombreux talents d’espion gentleman, y compris celui de prendre la pose fétiche du personnage en cours de route. Mais malheureusement cela ne suffit pas.

Au bout de 2h43, on peut dire que le film est long, très long, mais ce n’est pas exactement le problème. Pour ceux qui aurait, a minima, regardé la bande-annonce, Mourir Peut Attendre donne l’impression de s’étirer dans une enquête interminable, alors qu’on observe les personnages démêler un puzzle que le spectateur a déjà compris depuis le début. En voulant étoffer son scénario et le centrer sur les talents et le flair imparable de Bond, quitte à faire passer son supérieur pour un guignol au passage, le film s’empêtre dans des détours qui ne font que remplir un cahier des charges bien remplis afin d’assurer la présence de tout l’entourage et prétexter le besoin d’avoir une équipe derrière le héros. Du coup, des personnages centraux disparaissent et réapparaissent en cours de route au profit d’une histoire pleine de détours, d’autres ne feront que des apparitions caméoesques, tandis que le sempiternel vilain n’aura même pas la part du lion. Mourir Peut Attendre s’applique et ne laisse rien au hasard, cherchant parfois l’émotion factice pour fédérer mais les longueurs du film auront eu raison de mon amplitude empathique – sauf peut-être quand le film ose une revisite surprenante (et touchante tout de même) de la mort de Vesper.

C’est ce qui est dommage dans cet opus, pourtant pas si mal : cette volonté de vouloir faire une conclusion complète autour de ce James Bond, ce qui, d’une part, a tendance à téléphoner la fin et, d’autre part, semble souvent inutile même si certains passages, notamment le retour de Felix Leiter, incarné par Jeffrey Wright (What If, Game Night, Hunger Games…). Mourir Peut Attendre peut donc se targuer de quelques rôles secondaires marquants mais peine à faire illusions quant à son objectif et loupe les quelques surprises qu’ils avaient en stock. À défaut d’héritage, le film de Cary Joji Fukunaga dessine surtout le point final de l’ère Craig dans un opus qui, malgré le passage de flambeau, a bien du mal à créer de l’empathie autour de sa potentielle relève incarnée par Lashana Lynch (Captain Marvel…).

Finalement, Mourir Peut Attendre ne m’a pas vraiment emballée. J’ai trouvé le film laborieux à de nombreuses reprises, d’abord parce que le film s’articule autour de deux personnages et acteurs que je trouve antipathiques : Léa Seydoux (France, Kursk, Juste La Fin Du Monde…) reste imbuvable, difficilement crédible – au-delà des 17 ans d’écart avec son partenaire – et encore plus quand elle décide de chuchoter tout au long du film pour une raison obscure, tandis que Rami Malek (Mr Robot, Bohemian Rhapsody, Papillon…) prouve son incroyable talent à imiter la mante religieuse famélique quand il doit jouer les personnages énigmatiques. Laborieux également parce que le film traine en longueur dans une trame sans surprise (pour le spectateur en tout cas). Ajoutons à cela Hans Zimmer, le compositeur de la bande-originale, qui recycle ses restes de son travail sur The Dark Knight dans le dernier acte et cette conclusion Bondienne finit de laisser un arrière-gout plutôt pâle.

Heureusement, Mourir Peut Attendre peut compter sur son acteur principal, Daniel Craig, pour maintenir le spectateur en éveil haleine, entouré par Ralph Fiennes (Le Voyage du Docteur Dolittle, Official Secrets…), Ben Whishaw (Little Joe, Le Retour de Mary Poppins…) et Naomie Harris (Mowgli: La Légende de la Jungle, Rampage, Moonlight…). Billy Magnussen (Velvet Buzzsaw, Aladdin…) apporte une pointe d’originalité mais c’est surtout la (trop) courte apparition de Ana de Armas (À Couteaux Tirés, Cuban Network, Blade Runner 2049…) qui m’a surtout emballée, autant par sa fraicheur que par son personnage qui, lui, donne vraiment envie d’être revu.

En conclusion, la période Craig est bel et bien finie, marquée par une pentalogie imparfaite dans laquelle Mourir Peut Attendre appose un point final mitigé. Cary Joji Fukunaga parvient à baisser le rideau avec élégance dans un film tout de même laborieux et inégal. À voir, parce que c’est James Bond tout de même.

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