
Sex And The City a été une série phare du début des années 2000, adaptée des chroniques de Candace Bushnell, comme un étendard levé et rassemblant une génération de femmes (et d’hommes) assumant leur individualité et leur liberté sexuelle, avec un humour perspicace, relevé par une pointe de cynisme acide. Ouvertement effrontée et sans limite, la série, diffusée sur HBO (la chaîne démarre actuellement la seconde saison de Girls) a suivi pendant 6 saisons le parcours amoureux de 4 femmes qui n’avaient pas froid aux yeux et qui osaient parler librement de sexe et de leurs visions so two-thousand des relations hommes-femmes. En parallèle du succès de la série, un autre wagon vint rapidement s’accrocher à la locomotive déchaînée et en route vers la gloire : celui des fashionistas. Rapidement, le style acéré et le sens aigu de la mode de ces quatre femmes toujours dans le vent, notamment celui de Sarah Jessica Parker, aka Carrie Bradshaw – l’héroïne de la série-, devint une référence et les plus grandes marques se pressèrent bientôt pour pouvoir les habiller. Oscar de la Renta, Chanel, Dior, Lacroix, Manolo Blahnik… Autant de noms prestigieux se bousculaient au portillon au moment où, non seulement la série obtenait ses lettres de noblesse, mais aussi au moment où les stars du petit et du grand écran commençaient tout juste à présenter fièrement leurs tenues signées sur les tapis rouges hollywoodiens.
Alors je ne m’avance pas trop en affirmant que Sex And The City a marqué toute une génération, où tout le monde pouvait s’y retrouver sans craindre de se retrouver dévalorisé ou jugé : fleur bleue, libertine, puritaine, carriériste… toutes les femmes sont Sex And The City, et si les hommes ne sont pas gays alors ils ne seront, pour la plupart, qu’une ombre disparaissant au petit matin après une nuit de folie. Girl power.
La suite logique du succès de la série fut bien entendu une adaptation au cinéma. Après moultes discussions (reflétant, paraissait-il, la mésentente entre les actrices, apparemment toutes liguées contre Kim Cattral), il aura fallu attendre quatre ans avant que Sex And The City le film ne voie le jour. En 2008, les fans célébraient enfin les épousailles de Carrie Bradshaw et du fameux Mr Big, dans un florilège de luxe non-stop sur fond de conte de fées version XXIe siècle. Si cet opus gardait un léger équilibre entre nos 4 héroïnes, ce ne fut pas le cas du second film, sorti en 2010, qui poussa la barre un peu trop loin, oubliant peu à peu le concept de l’amitié indéfectible qui liaient nos 4 amies pour céder aux paillettes du monde de la mode. En effet, si l’on peut concevoir que Carrie Bradshaw puisse vivre dans un mignon petit appartement en plein New York (soit la ville la plus chère du monde) en n’écrivant qu’une rubrique hebdomadaire dans un journal tout en claquant 400 dollars pour une paire de chaussures, sans s’inquiéter le moins du monde… Dans Sex And The City 2, la surenchère sera dure à avaler. Ajoutons à cela la mise en avant de Sarah Jessica Parker, en dépit du reste du casting, qui finira de nuire au succès du film, car si Sex And The City est narré par Carrie Bradshaw, ses amies – Miranda, Samantha et Charlotte – y étaient pour beaucoup dans le succès de la série, représentant chacune une catégorie de femmes bien précise, et tempéraient quelque peu les connotations féeriques dans lesquelles la série évolue, nous ramenant sur Terre de temps à autres. Bref, SATC 2 (pour les intimes) ne fut pas le succès escompté.
En partant de ce constat, les producteurs ne tardèrent pas à réfléchir à un 3e volet. Oui mais voilà, entre les négociations houleuses et l’âge des actrices qui ne va pas en rajeunissant, l’idée d’un préquel émergea et le nom de Blake Lively fut murmurer pendant un temps… Finalement, les têtes pensantes décidèrent de développer cette idée sous forme de série télé.
C’est ainsi que la série The Carries Diaries, inspirée par le roman éponyme de Candace Bushnell, fut créée et diffusée pour la première fois sur le network américain CW (The vampire diaries, Arrow, 90210…) le 14 janvier dernier. Ici, exit Miranda, Charlotte et Samantha (qui normalement devraient seulement apparaître à la toute fin du show, comme dans le livre) et place à l’adolescence de Carrie Bradshaw faisant ses premiers pas dans la grande pomme.
***ATTENTION, POSSIBLES SPOILERS***
Dans un univers totalement différent, édulcoré et familial, The Carrie Diaries a plus de points communs avec une autre série qui n’a pas survécu très longtemps sur la chaîne concurrente ABC Family, nommée Jane By Design (2011), qu’avec Sex And The City. En fait, The Carrie Diaries ne ressemble même pas aux autres teen-séries diffusées sur CW, notamment à cause de ses personnages beaucoup plus jeunes, nunuches et innocents que ceux que l’on pourrait retrouver aux débuts de (feu) Gossip Girl ou 90210.
Dans ce premier épisode, nous découvrons donc la jeune Carrie, incarnée par l’excessive AnnSophia Robb (Jumper, 2008), affrontant son premier jour au lycée et ayant récemment perdu sa mère. Si la série montre d’entrée de jeu son intention de marcher sur les traces de son aînée en affichant un fort penchant pour la mode (version 80s) et c’est ici que s’arrête toute ressemblance. La suite n’est qu’élucubrations naïves d’une jeune adolescente pleine d’hormones sur sa rencontre avec le “beau gosse” du lycée, sa déception d’être toujours vierge sera mentionnée une fois alors que ses copines lui avoueront avoir couché avec leurs petits copains respectifs (dont l’un d’eux ne le sait pas encore, mais est probablement gay) et ses disputes sur fond de bons sentiments mielleux avec sa sœur cadette.
Au moment où on se demande ce qu’est devenu l’univers sulfureux, piquant et citadin de SATC qui avait fait couler tant d’encre (et surtout qui est donc cette Carrie Bradshaw, qui des années plus tard, avouera nonchalamment avoir perdu sa virginité sur une table de ping-pong, dans le gymnase de son lycée, en haussant les épaules ??), c’est là que la jeune Carrie se voit proposer un stage à New York, parce que (apparemment) aller à l’école est devenu bien trop dur pour elle, et ça, son papounet l’a bien compris. Si c’est pas choubidou ça (et tellement réaliste !).
Une fois arrivée dans la City, c’est à grand renfort d’yeux écarquillés et de sourires ébahis que l’innocente Carrie s’efforcera de partager sa joie enfantine avec nous, comme une gamine découvrant ses jouets préférés au pied du sapin un matin de Noël, et au détour d’une virée shopping elle rencontrera Larissa Loughton, interprétée par Freema Agyeman (Doctor Who), une photographe pour un magasine huppé – clairement incapable de distinguer une adolescente d’une jeune adulte.
Se liant d’amitié autour d’un sympathique vol à l’étalage (encore un bel exemple), Larissa initiera donc Carrie au monde de la nuit, au cours d’une soirée où l’univers de Sex And The City sera résumé en 5 minutes, en accentuant son coté superficiel pour mieux dénaturer la légende et la réduire à des éléments “bling-bling” afin d’attirer l’attention. La jeune Carrie, galvanisée par les bulles de champagne, le dira elle-même, admirative : “Je n’ai vu personne payer pour quoi que ce soit !” et d’un coup, tout s’éclaire. On en voudrait presque à Candace Bushnell qui, tellement obnubilée par ses rêves de gloire d’artiste frustré, a dû pousser la plume un peu trop loin en dépeignant un New York débordant d’un luxe faussement accessible et réservé aux névrosés égocentriques du monde hyper sélectif de l’art. New York, ce haut lieu de masturbation intellectuelle, n’appartiendrait donc qu’aux écrivains et à tous ceux ayant un ou deux pieds dans la mode, les autres n’étant que des bureaucrates insipides osant s’afficher avec des tenues en polyester.
Alors oui, peut-être (certainement, même) que Sex And The City prônait les mêmes valeurs (il s’agit tout de même du même auteur), mais dans SATC nous avions affaire à des adultes ayant déjà une carrière sur les rails et un minimum de crédibilité (SATC aborde parfois des sujets sérieux, comme les problèmes d’argent, les déboires professionnels, la place de la femme dans la société… et puis Miranda est avocate, voyons !)… Et surtout, la série s’adressait à un public du même ordre et conscient du fait que la série n’était que du pur divertissement (du moins je l’espère) et une vision embellie d’un monde un poil féministe sur les bords. Et si quelques ados s’étaient égaré(e)s pendant quelques minutes sur M6 le vendredi soir, il était clair que SATC représentait alors un monde de rêve où elles (ils) pourraient y avoir éventuellement accès plus tard.
Dans The Carrie Diaries, la série vend un rêve démesuré, fumeux et irréaliste à des adolescent(e)s influençables et contribuent (tout comme Gossip Girl, auparavant, et 90210 aujourd’hui) à faire croire que dans la vie réelle n’est faite que de fêtes, de paillettes et où la bonne marraine la fée se cache probablement autour d’un podium.
Enfin, sur un aspect plus généraliste, The Carrie Diaries traîne et ennuie profondément. Il faut attendre les 2/3 de l’épisode avant qu’un semblant de fil conducteur ne se mette en place, tout en observant le monde de Oui-Oui, pardon, Carrie prendre place saupoudré de bons sentiments cucul-la-praline et de naïveté absurde. Le pilot de la série ressemble bien plus à un téléfilm où Lindsay Lohan aurait pu jouer (à son époque Disney) et je ne suis pas vraiment convaincue par l’avenir de la série si Amy Harris, la créatrice de la série, et les producteurs ne décident pas rapidement de donner un bon coup de fouet aux personnages. Quand on est le préquel d’une série sulfureuse et culte, il y a une réputation à tenir et l’univers bonbon candy de The Carrie Diaries n’a absolument rien à voir avec celui de Sex And The City. Si les producteurs de la série souhaitait se démarquer, c’est réussi, mais ils sembleraient qu’ils aient choisi un bien mauvais chemin et assez éloigné de ce que l’on propose généralement aux adolescents aujourd’hui…
Mon pronostic : après une audience désastreuse de 1,6 million de téléspectateurs lors de la diffusion du premier épisode, l’avenir de The Carrie Diaries se jouera dès la semaine prochaine, car la série devra affronter le retour de 90210, diffusé juste avant sur la même chaîne, tout en étant en compétition avec d’autres séries déjà bien installées et diffusées en même temps sur des chaînes concurrentes. En effet, CBS cartonne en réunissant plus de 10 millions de téléspectateurs aux mêmes horaires (How I Met Your Mother, The Big Bang Theory (rediffusion), suivi par 2 Broke Girls et Mike and Molly – décalage horaire oblige), tandis que Bones (FOX) fait un score très honorable de 8 millions en début de soirée, suivi de près par deux monstres de télé-réalité très prisés tels que The Bachelor (ABC) et The Biggest Loser (NBC) qui oscillent entre 7 et 6 millions de téléspectateurs.
Certes CW n’a pas la même médiatisation ni le même public que les networks suscités, mais la chaîne n’est pas en reste quand il s’agit de faire des scores satisfaisants lors de lancements de nouvelles séries (5 millions pour le lancement de The Vampire Diaries en 2009, 4 millions pour celui d’Arrow).
Autant dire que l’avenir est plutôt obscure pour The Carrie Diaries qui, à mon avis, à très peu de chances de dépasser les 13 épisodes commandés par la chaîne CW ou même d’être renouvelé pour une seconde saison. Affaire à suivre…
Mise à jour du 10 mai 2013 : la série est renouvelée pour une nouvelle saison (alors que d’autres plus intéressantes sont annulées…) !

