Drame

Foxfire – Confessions d’un gang de filles : D’abord le feu, puis les cendres…

A la fois tumultueux et fascinant, le nouveau film de Laurent Cantet (Entre les murs, 2008) observe le parcours vertigineux d’un gang de filles féministes, qui franchissent la limite entre la justice et la criminalité. Alourdi par une réalisation éparpillée, Foxfire – Confessions d’un gang de filles, la deuxième adaptation du livre de Joyce Carole Oates, souffre de longueurs et de nombreux passages à vide… Le résultat n’en est pas moins intéressant mais aurait mérité quelques coupes salvatrices, afin de retranscrire et maintenir la vivacité et la fougue des Foxfire de bout en bout.

Le pitch : 1955, une bande d’adolescentes décident de former un gang afin de se venger des humiliations qu’elles subissent et dénoncer le système social dans lequel elles évoluent…

Foxfire – Confessions d’un gang de filles plante le décor d’entrée de jeu, en dépeignant une Amérique misogyne des années 50 où les femmes sont considérées comme de simples objets sans défense. Dans ce climat violent et injuste, l’arrivée des Foxfire agit comme une bouffée d’air frais et nous voilà pris d’une sympathie revancharde pour ces bouts de femmes effrontées et unies.
Petit à petit, Cantet affine son regard et se penche à nouveau sur les rapports humains. Entre illusions enfantines et prises de conscience douloureuses, les Foxfire évoluent selon les décisions de Legs, la leader et l’âme du gang. Charismatique et obstinée, elle dicte ses propres lois et le reste du gang suit aveuglément. Manipulées, volontaires et soumises, les Foxfire semble avoir les mêmes codes qu’une secte ou un mouvement autocratique, qui n’est pas sans rappeler le film La Vague (2008), qui, aussi logiquement, finit par dérailler. Ce ne sont plus les agissements des Foxfire qui sont au premier plan mais leurs désillusions et une lente exclusion du monde extérieur, qu’elles jugent inadapté. En effet, l’ambition première et idéaliste du gang finit par s’étioler et laisse place à des besoins plus médiocres et terre à terre. La magie disparaît tout comme leur solidarité sans faille. Cantet scrute ses personnages à la loupe et nous offre une vue de l’intérieur crédible, intimiste et captivante.

Cependant, malgré un développement prenant, Foxfire – Confessions d’un gang de filles est frustrant, car Cantet ne cherche pas à donner une explication et présente seulement les faits. Du coup, beaucoup de questions restent en suspens, notamment au sujet de son personnage principal : Legs, dont on ne connait ni les origines, ni les motivations. Le film s’étale à n’en plus finir : est-ce dû au fait que ce soit l’adaptation d’un roman ou Cantet a-t-il voulu trop en faire ? Toujours est-il que Foxfire – Confessions d’un gang de filles s’éternise et certains moments perdent de leurs attraits, souvent à cause d’une mise en scène trop démonstratrice et studieuse, alors que paradoxalement, certains aspects du film aurait pu être approfondis.

Coté acteurs, comme à son habitude, Cantet s’entoure d’une flopée de visages inconnus et souvent décalés, pour une ambiance chorale et un résultat plus franc. Si Katie Coseni (Maddy) et Raven Adamson (Legs) portent le film sur leurs épaules, le casting détonne par sa fraîcheur et son audace, ce qui compense quelques fois le manque de crédibilité de certaines.

En conclusion, Foxfire – Confessions d’un gang de filles est alléchant et démarre en force mais finit par s’essouffler assez rapidement. C’est assez dommage car globalement, l’idée fonctionne. Je ne peux m’empêcher de penser que ce film aurait fait un très bon téléfilm en plusieurs parties ou une excellente série télévisée…

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