Lucy : Le grand n’importe quoi de Luc Besson

Lucy

Étant l’un des rares réalisateurs français à réussir outre-atlantique, Luc Besson ne se prive pas quand il s’agit d’en mettre plein les yeux. Pour son retour à la science-fiction, il choisit Lucy, l’histoire d’une femme qui, suite à un concours de circonstances, voit ses capacités cérébrales augmenter à toute vitesse. Si Luc Besson livre un film popcorn au caractère assumé en réutilisant des effets de style qui marchent à tous les coups, Lucy est complètement desservi par une seconde partie fantaisiste et décousue, qui manque beaucoup de crédibilité en noyant le poisson à grands renforts de laïus pseudo-scientifiques. Bien tenté, mais ça ne prend pas.

Le pitch : A la suite de circonstances indépendantes de sa volonté, une jeune étudiante voit ses capacités intellectuelles se développer à l’infini. Elle « colonise » son cerveau, et acquiert des pouvoirs illimités.

Alors qu’en 2006, Luc Besson avait annoncé prendre sa retraite en temps que réalisateur, ce dernier continue toujours de faire de nouveaux films. Il aurait finalement tord de s’en priver, vu le succès que remportent ses films aux États-Unis. Malheureusement, coté frenchy, ce n’est pas toujours le même son de cloche. Chauvinisme exacerbé, jalousie inavouée ou simple différence de point de vue… toujours est-il que les récents films de Luc Besson ne font pas l’unanimité. Pour ma part, j’ai tendance à penser que le réalisateur n’a plus rien à prouver et se contente d’assumer son cinéma rentable et bling-bling, sachant que grâce à ses connexions, il saura toujours bien s’entourer (comme le prouve le récent Malavita avec Robert De Niro et Michelle Pfeiffer). Malheureusement, cet excès de confiance l’empêche de voir les énormes failles scénaristiques de ses films et ce n’est certainement la sale manie qu’il a chopé de se réfugier dans la facilité et de livrer des films « clé-en-main » qui vont le faire remonter dans mon estime.

Avec Lucy, Luc Besson continue sur la même lancée. Au-delà du fait que la théorie avançant que l’homme n’utilise que 10% de son cerveau n’a jamais été prouvée, Lucy proposait une idée de départ intéressante et originale, laissant place à l’imagination – débordante, chez Besson. Dès les premières minutes, Lucy pose le décor en faisant un parallèle entre l’Australopithèque découverte il y a 1974 par des paléontologues et l’héroïne du film, qui sera également la première femme… a avoir la possibilité d’utiliser 100% de ses capacités cérébrales à cause (grâce à ?) une drogue aux origines un peu vaseuses. Un concept discutable au niveau de la mise en scène, que Besson va réutiliser à l’envi tout au long de la première partie du film, en entrecoupant des scènes avec des images issues de documentaires animaliers (!) pour retranscrire (de façon peu subtile d’ailleurs) l’évolution de son personnage – du piège dans lequel elle tombe jusqu’à sa « renaissance » en tant qu’être supérieur. En mettant de coté ces écarts plutôt farfelus, la première partie du film est plutôt sympathique et ne perd pas de temps à mettre son intrigue en place – tant mieux vu qu’elle a été pas mal dévoilée dans les bandes-annonces – tout en lançant son personnage dans une course contre la montre effrénée pour sauver sa peau. Afin d’étoffer son scénario, Luc Besson justifie lourdement ses choix scénaristiques avec des hypothèses (pseudo) scientifiques pour expliquer les nouveaux « pouvoirs » de Lucy, notamment grâce à sa rencontre avec le professeur Norman, un spécialiste du cerveau qui va éclaircir les quelques zones d’ombre. Malheureusement, c’est quand il s’agit d’extrapoler que le film perd rapidement pied.

Si, dans un premier temps, le film repose sur des hypothèses tangibles (le contrôle des ondes magnétiques, des personnes…), une fois passé un certain pourcentage, c’est à Luc Besson de prendre le relais pour imaginer l’évolution d’un être humain jusqu’au moment où il atteint les fameux 100%. Et… comment dire… ça devient rapidement n’importe quoi ! Plus le film part dans ses divagations hypothétiques, plus l’intérêt pour Lucy chute. Certes, il faut reconnaître que le film explore son concept jusqu’au bout et c’est une vision, pourquoi pas, possible et originale que je respecte volontiers. Mais c’est surtout dans le traitement du film que Lucy accumule de nombreux points négatifs. En effet, le personnage principal se déshumanise au fur et à mesure qu’il colonise son cerveau, ce qui rend Lucy de plus en plus froide et antipathique. De plus, grâce à ses nouveaux « pouvoirs », son personnage se contente de se déplacer d’un point A à un point B, tout en anéantissant ses ennemis sans aucun effort. Du coup, coté action, on repassera et on finit même par accuser quelques temps morts.

Lucy

Mais là où le film se fourvoie complètement, c’est en cherchant encore et toujours à justifier son scénario grâce à la fameuse science made in Hollywood. Malgré un laïus bien rôdé et souligné par des effets spéciaux bien numériques, il devient rapidement évident que Lucy n’a rien d’autre à proposer qu’un dépoussiérage en règle de théories infondées (l’Homme n’utilise que 10% de son cerveau) ou vieilles comme le monde (la division des cellules, la loi des mathématiques, la mesure du temps…) que le film déballe comme étant des découvertes avant-gardistes avec beaucoup d’aplomb (alors qu’il suffit d’avoir été à l’école pour savoir tout ça…) ! Admettre que Lucy repose entièrement sur du vent aurait été plus acceptable que cette tentative maladroite (et légèrement insultante dans le fond) de chercher à enrober le film dans une explication soi-disant scientifique pour impressionner la galerie et les benêts qui siègent à coté des issues de secours.
Pour masquer ses défauts, Lucy sort l’artillerie lourde en exploitant inutilement le sex-appeal de Scarlett Johansson et surtout en en mettant plein la vue à travers l’accumulation de scènes qui n’apportent rien à la choucroute, en plus d’être souvent bâclées. Si Luc Besson n’avait pas fait de (vrais) films de science-fiction depuis Le Cinquième Élément (1997), il ne se prive pas de pomper puiser dans ses réussites d’antan (Léon, Le Baiser Mortel du Dragon…) et des succès récents chez la concurrence (les films de super héros, Inception) pour combler le manque de crédibilité de son scénario. Dans l’ensemble, malgré un ensemble tape-à-l’œil qui fera sûrement des adeptes, Lucy est un film assez déconcertant, entre la mise en scène étonnante et maladroite dans la première partie du film et la fin très WTF qui laisse sur le carreau, comme si Luc Besson cherchait à démontrer qu’il pouvait se renouveler… avant d’abandonner tout son travail à la dernière minute.
Finalement, à force de vouloir gérer la production, la réalisation ET le scénario de son film, Luc Besson se tire gentiment une balle dans pied en allant beaucoup trop loin dans son délire, sans jamais remettre en question la cohérence de son film. Ce qui ne l’empêche pas dans rajouter des tonnes pour s’assurer que le public ait bien compris où il voulait en venir avec des raccourcis finalement très gênants (les images de documentaires animaliers).

Au casting, Scarlett Johansson (Captain America – The Winter Soldier, Her, Don Jon…) interprète une pâle copie de la Veuve Noire, sans charisme ni d’effort d’interprétation. À ses cotés, Morgan Freeman (Insaisissables, La Grande Aventure Lego, Transcendance…) fait le minimum syndical tant il est secondaire dans le film, tandis qu’Amr Waked (Des Saumons Dans Le Désert…) et Choi Min-sik (Old Boy, Lady Vengeance, New World…) se débattent visiblement pour exister devant la caméra.

En conclusion, Lucy n’est pas entièrement mauvais. Si le divertissement est au rendez-vous, Luc Besson livre un film plutôt moyen, complètement décrédibilisé par une trame décousue et fantaisiste, dont la justification permanente à travers la « science » (du dimanche) a tendance à nous prendre pour des cons agacer. Malgré tout, Luc Besson a la niaque et propose un film à l’américaine aux apparences alléchantes. Si l’impression de regarder un film grandiose se dissipe rapidement, Lucy est le fruit d’une expérience indiscutable et d’une ambition pécuniaire assumée, qui réussit à être suffisamment dynamique pour se regarder avec un œil curieux. À vous d’en juger.

Best moment of the movie: spotting a friend in it!

Best moment of the movie: spotting a friend in it!

Et puis maintenant que je sais qu’on ne meurt pas vraiment, je me sens mieux. Merci m’sieur Besson !

2 réflexions sur “Lucy : Le grand n’importe quoi de Luc Besson

    • Salut,
      Non, au contraire, je suis nulle en science et j’ai justement pour ça que j’ai trouvé les explications abusées.
      Nous expliquer la loi des mathématiques ou l’existence de la mesure du temps comme si c’était la découverte de l’année, c’est imite du foutage de g****e, je trouve.
      C’est comme elle avait démontré son génie en expliquant la dérive des continents, c’est de l’info partagée et accessible par tout le monde.
      À bientôt

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