Thriller

[archive] Blindness (2008)

(Critique publiée sur le site nord-cinema.com où j’officiais à l’époque)

Un anthrologue (Hobbes) a dit un jour “L’homme est un loup pour l’homme”. Blindness nous montre qu’il avait bien raison. C’est en situation de détresse que l’Homme peut commettre des actes dont il ne se serait jamais cru capable. Après La Cité de Dieu (2003) et The Constant Gardener (2004), le réalisateur Fernando Mereilles se penche à nouveau sur la condition humaine à travers Blindness, un thriller troublant où les protagonistes vont peu à peu toucher le fond.

Le pitch : A un feu rouge, un homme se retrouve soudainement frappé de cécité. Peu de temps après, une mystérieuse épidémie se propage et les premières victimes sont mises en quarantaine dans un lieu désaffecté. Une femme décide de suivre son mari, alors que sa vue est intacte. Seule voyante, parmi les aveugles, elle tente de les aider et sera notre seul guide dans cette descente aux Enfers…

Horrible, brutal, violent, immoral mais aussi touchant et même beau sont les adjectifs qui pourraient qualifier ce film. Blindness est une expérience incroyable et pourtant très réaliste, malheureusement. Comment un groupe de personnes survit dans la misère la plus totale, comparable à un pays en guerre, où même la nourriture est rationnée ? C’est un véritable retour à la vie sauvage, le plus fort règne en maître et les plus faibles s’effaceront. La peur, le dénuement et la faim pousseront certains à se ranger du coté des plus forts, d’autres à se soumettre à leur volonté. Et au milieu resteront ceux qui refuseront de baisser les bras. Et c’est ainsi que Blindness va osciller entre des moments de pure générosité, de sentiments à l’état brut et des moments de cruauté choquante, froide et perverse.

L’ironie du film c’est que ces aveugles ne voient pas tout en noir (sans faire de jeu de mot), mais tout en blanc et cela n’est pas anodin. Car si dans les ténèbres l’espoir est désigné par la présence de lumière, que faire si tout n’est que lumière et que pourtant le chaos règne ?

Derrière une douce morale bienveillante, Blindness nous offre une nouvelle réflexion anthropologique, revisitant la nature humaine dans ces aspects les plus sombres. En privant ses personnages d’un de leurs sens, Blindness les prive de repère. Et sans repères, il n’y a plus de limites.

Coté acteurs, malgré un début inquiétant, le duo Moore/Ruffalo tire son épingle du jeu. Mais notons que dans le film, les personnages n’ont pas de noms. En effet, chaque acteur (Danny Glover, Gael Garcia Bernal ou encore Alice Braga) est une pièce importante du puzzle.

Pour conclure, malgré le fait que ce film est été froidement accueilli au Festival de Cannes et que le twist final est un peu trop facile, Blindness choque, provoque et touche celui qui voit. Et il faut le voir pour le croire, n’est-ce pas ?

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