Épouvante-horreur

[CRITIQUE] The Ugly Stepsister, d’Emilie Blichfeldt

Le pitch : Dans un royaume où la beauté règne en maître, la jeune Elvira doit faire face à une redoutable concurrence pour espérer conquérir le cœur du prince. Parmi les nombreuses prétendantes, se trouve notamment sa demi-sœur, à l’insolente beauté. Pour parvenir à ses fins dans cette impitoyable course au physique parfait, Elvira devra recourir aux méthodes les plus extrêmes…

Une des raisons pour lesquelles j’aime le cinéma d’horreur nordique, c’est qu’il propose des explorations différentes du genre, avec un goût certain pour les ambiances mâtinées dans un malaise glacial et une imagerie troublante. Pour son premier film, Emilie Blichfelt revisite le conte de Cendrillon, mais délaisse la figure lumineuse de la princesse au profit d’un personnage secondaire trop longtemps cantonné à la caricature : la demi-sœur.

The Ugly Stepsister revisite les fondations cruelles du récit originel, loin des douceurs aseptisées de Disney. On se souvient que dans les versions primitives, les demi-sœurs mutilaient leurs pieds pour enfiler la fameuse pantoufle, avant d’être punies par des oiseaux vengeurs qui leur bouffent les yeux. Emilie Blichfeldt reprend cette veine tragique pour livrer une relecture à la fois grinçante et viscérale, où l’obsession de la beauté devient moteur de l’horreur.

Le film ancre son propos dans une esthétique à la fois raffinée et putrescente. Les décors semblent hantés par la splendeur passée d’un royaume jadis fastueux, aujourd’hui gangrené par un culte tyrannique de la perfection physique. Les costumes, les tableaux, les textures : tout évoque une élégance baroque rongée par l’angoisse. Derrière les soies et les dentelles, le corps devient un terrain de torture, un support malléable que l’on charcute pour coller à des normes inaccessibles.

Dans cette spirale infernale, la demi-sœur, plus victime que méchante, s’enfonce dans une série de transformations de plus en plus atroces, d’abord subies silencieusement puis volontairement infligées, transpirant du body horror à la Cronenberg ou plus récemment, rappelant The Substance. Comme dans un cauchemar éveillé, la métamorphose se fait à la fois spectacle et supplice, avec une lucidité mordante sur le rapport entre image et identité.

Mais sous l’effroi, Emilie Blichfeldt injecte de l’humour noir, décalé et salvateur. Jamais gratuit, il agit comme une prise de recul, un clin d’œil narquois aux versions romantiques proposées par Disney ou Charles Perrault, mais aussi à l’absurdité des diktats esthétiques qui traversent les époques. Car c’est bien de ça qu’il s’agit : pointer du doigt l’héritage délétère des normes de beauté infligées aux femmes, des bandages des pieds en Chine impériale aux pratiques contemporaines de chirurgie esthétique.

Sans jamais tomber dans la leçon ou le manifeste féministe, The Ugly Stepsister incarne une révolte douce et stylisée contre la violence insidieuse du regard social. Un conte pour adultes, où le miroir ne ment plus : il saigne, tranche, sculpte, tend et recoud. C’est rafraîchissant, fascinant et malin, surtout dans un paysage horrifique dominé par des reboots ou des jumpscares souvent fainéants.

Au casting, peu de visages connus du grand public, mais peu importe : Lea Myren porte le film sur les épaules à travers son personnage qui mute sous nos yeux. A ses cotés, Thea Sofie Loch Naess (Evil, Rhe Last Kingdom…), Ane Dahl Torp (Occupied, La Trilogie d’Oslo : Rêves…) et Flo Fagerli (Numéro 24…) complètent un ensemble accrocheur.

En conclusion, Emilie Blichfeldt signe une relecture acide et troublante du conte, où l’horreur naît d’une quête de perfection déshumanisante. The Ugly Stepsister est un premier film audacieux, cruel et maîtrisé. Une belle découverte ! À voir.

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