[CRITIQUE] Milf, d’Axelle Laffont

Le pitch : Trois amies d’enfance partent dans le Sud vider la maison de l’une d’entre elles, afin de la vendre. Pendant ces quelques jours, elles vont devenir les cibles privilégiées de trois jeunes garçons, pour qui ces femmes seules, approchant la quarantaine, sont bien plus séduisantes que les filles de leur âge… Cécile, Sonia et Elise découvrent avec bonheur,qu’elles sont des MILF !

De Miss Météo au début des années 2000 à réalisatrice, il y a plusieurs pas qu’Axelle Laffont a franchi avec beaucoup d’essais, de connexions et de succès mitigés sur petits et grands écrans, mais également sur les planches. Après deux ans derrière le programme court Addict, sur Canal+, sur lequel elle est multitâche, Axelle Laffont se lance dans son premier long-métrage, un film sensé (je cite) « redorer l’image des femmes de 40 ans et + ». Et bien mesdames, même si je ne suis pas dans encore dans cette tranche d’âge,… admirons le désastre !

Dès le départ, ce genre de postulat à tendance à m’agacer : qu’on ait 20, 30, 40 ans ou plus, ce serait bien qu’on arrête de nous mettre des étiquettes pour « redorer » ou d’expliquer quoique ce soit sur la « femme d’aujourd’hui », surtout quand on réduit ce vaste sujet à sa sexualité. En effet, en voulant donner dans le féminisme light, les films comme Milf contribue à l’objectification constante des femmes, ici à travers trois personnages dont toutes les fonctions cérébrales vont geler à l’arrivée de trois Apollon plus jeunes qu’elles. Si « redorer » l’image des femmes sert simplement de justification (à qui ? pourquoi ?) pour nous autoriser (?) à batifoler comme bon nous semble, quelque soit l’âge… c’est toujours dérangeant, surtout lorsque derrière cette pseudo-liberté de corps et d’esprit assumée se dissimule une vérité plus fleur bleue qu’on pourrait facilement nous renvoyer au visage (libérée, oui, mais quand même à la recherche de son prince charmant). Comme les films d’Audrey Dana (Sous les jupes des filles en tête de liste) ou des versions plus fêtardes américaines (# Pire Soirée), Milf stigmatise gentiment une tranche d’âge et la gente féminine dans un film de vacances sans relief et ni véritable propos, finalement.
L’autre problème également, c’est qu’avec un titre tel que Milf , Axelle Laffont est presque dans l’obligation d’explorer son sujet, en l’assumant ou non, à travers son film (Mother I’d Like To Fuck, aka « mamans baisables » – appelons un chat un chat, vu qu’apparemment quand une femme devient mère, bah elle perd son éligibilité aux plaisirs de la chair hin… on rigole, mais c’est clairement ce que cette expression sous-entend, donc la réutiliser pour la revendiquer, cela revient à s’afficher bêtement avec une étiquette en réalité bien misogyne et réductrice. Qui a inventé cette expression ? Je doute que ce soit une femme, au passage… Bref, revenons à nos moutons). Mais la réalisatrice se contente finalement d’expliquer vaguement la différence floue entre les milfs et les « cougars » au détour d’une conversation pour mieux se concentrer sur son objectif : exposer son égo sur-dimensionné dans une comédie plate, légère et d’une médiocrité lamentable.

À travers les retrouvailles de trois amies, Milf entre rapidement dans le vif du sujet en introduisant la rencontre entre ces femmes et trois prétendants qui vont rythmer leurs vacances entre flirts, sensualité et micro-péripéties superficielles ou prévisibles. Le premier souci, c’est qu’Axelle Laffont met en avant des personnages qu’elle ne creuse jamais et se contente en dernier recours à une allégorie fumeuse avec un pélican coincé dans la maison (*soupir*). L’une est une jeune veuve qui a du mal à s’en remettre, l’autre est aux prises avec un homme marié qui la balade et la dernière est une mère célibataire qui… bah… euh, c’est tout. Au contraire d’un chick-flick classique, Milf survole entièrement l’histoire de ses femmes dont l’esprit sera totalement accaparé par l’arrivée de trois jeunes hommes qui vont débarquer dans leurs parenthèses vacancières. Dès lors, entre séduction, flatteries et bronzage intensif, Milf se transforme en un récit creux nourrit uniquement par l’apparition de ces jeunes mâles et l’attirance qu’ils suscitent chez nos héroïnes. Il n’est plus question de les faire évoluer ou de creuser les liens d’amitié ni même les sujets qui ont amené les personnages à choisir ce lieu de vacances… Milf passe une bonne partie du film à contempler les romances croisées, de celle qui fonce les yeux fermés à celle(s) qui hésite(nt), avant de boucher ses bouts d’histoire avec des conclusions fastoches (oops, l’homme marié est un salaud… surprise !).
En fait, c’est assez rare de voir des personnages qui ont aussi peu de matière: Axelle Laffont pose ces femmes creuses devant la caméra et se contente de les animer sans avoir réellement réfléchi à ce qu’elles étaient (ou plutôt qui). Là où les comédies girly (n’ayons pas peur des mots) puisent dans les faiblesses de ses personnages pour les aider à se relever ou se réaliser (comme le récent et mignonnet Larguées, tout aussi facile mais bien plus fun), Milf est d’une platitude effarante à peine relevée par son ton décomplexé et ensoleillé.

Décomplexé, mmoui. Au-delà de l’écart d’âge des couples – dont on se fiche royalement puisqu’Axelle Lafont l’évoque à peine en cours de route, comme si elle se rappelait soudainement du titre de son film ! – Milf tente la sensualité affirmée de ses personnages avec beaucoup de nudité, d’effeuillage et des scènes d’amour (certes digne une série pour ados…), Axelle Laffont affiche ses personnages sous toute les coutures et sans pudeur, ce qui est parfois rafraîchissant. Maintenant, ceci étant dit, c’est plus facile à faire quand on choisit des actrices de plus de 40 ans ayant un corps de naïade (ou proche des standards de beauté reconnus par la société) et des acteurs qui ont visiblement plus l’habitude de suivre un programme de muscu intensifs que de fréquenter les cours de théâtre… J’aurai aimé voir la même affirmation avec des acteurs plus ronds, par exemple… Axelle Laffont cherche-t-elle à redorer l’image des femmes ou à célébrer le culte du jeunisme et du corps « parfait » ? C’est vraiment dommage de voir le potentiel pétillant de cette histoire, et surtout de ce trio d’actrices, complètement desservie par la platitude et la médiocrité d’un film qui a beaucoup de choses à montrer mais finalement rien à raconter… même pas la plus simple des storylines. Et pourtant, il y en avait plein à creuser… au lieu de filmer la course à cheval la plus improbable possible !
Ce qui m’amène d’ailleurs au problème principal du film. En plus de son manque d’inspiration et de la vacuité de son scénario, Milf est confronté à un problème de taille : l’égo d’Axelle Laffont. Au risque de passer pour une aigrie jalouse, bien que ce ne soit pas le cas, je vais tailler dans le vif. Déjà visible dans son mini-programme sans intérêt sur Canal+ (Addict), Milf c’est 1h36min d’Axelle Laffont qui joue les bombasses sous toutes les coutures. Alors oui, elle est jolie et bien fichue… mais elle se réserve surtout la part belle de l’histoire, si bien qu’elle ne réalise même pas la transparence de son personnages, ignorant malheureusement ses insécurités flagrantes qui auraient permis de lui donner plus de corps. Le corps d’Axelle Laffont, le bronzage d’Axelle Laffont, la frange d’Axelle Laffont, Axelle Laffont les cheveux au vent sur un cheval… Le narcissisme d’Axelle Laffont ? La preuve qu’il est difficile d’être au four et au moulin, surtout la première fois et malgré toutes les connexions du monde : la réalisation n’a aucune personnalité, le scénario surfe sur du vent… Seule l’expérience des actrices sauvent l’ensemble de la cata.
Au moins, le bon coté, c’est que j’ai réussi à passer le temps en me rinçant l’œil sur la plastique des mecs du film. Après tout, si Milf se contente d’être superficiel, pourquoi m’en priver ?

Au casting : vous l’aurez compris, Axelle Laffont s’offre le premier rôle et se contente de déambuler devant la caméra pour animer son personnage sans relief, celui de Marie-Josée Croze (Au Nom de Ma Fille, Un Illustre Inconnu, Every Thing Will Be Fine…) est plus consistant bien qu’attendu, mais heureusement, Virginie Ledoyen (Enragé, Une autre Vie, Tout Ce Qui Brille...), malheureusement rare au ciné, est là pour relever le niveau : pas étonnant car elle obtient le seul personnage un minimum écrit du film et son charme naturel fait le reste. En face, quelques toy-boys triés sur le volet (allez savoir sur quels critères…) : Waël Sersoub (Iris…) joue bien le Casanova des plages, tandis que Matthias Dandois (un cycliste BMX qui nous fait une démo impromptue en cours de route… et c’est son premier film, n’est-ce pas…) et Victor Meutelet (Le Voyage de Fanny…) rivalisent dans une version similaire du mec plus sensible.
La grande inconnue reste Florence Thomassin (Arrête Ton Cinéma, La Fille du Patron…) : qu’est-ce qui lui a pris d’accepter un tel rôle ? Mystère…

En conclusion, si l’envie vous prend de vouloir mater un film de vacances creux qui utilise le terme déjà ultra daté de Milf (et pas dans le bon sens en plus) pour l’estampiller sur un scénario sans charme dans lequel des couples croisés batifolent sur la plage, le film d’Axelle Laffont vous conviendra peut-être. Par contre, pour une vraie comédie sympathique, girly et qui propose un minimum de fond… on repassera. À éviter.

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