Camille Redouble – Intéressant mais pas suffisant

Depuis sa sortie, je n’entends que du bien au sujet de Camille Redouble : « rafraichissant, léger, “un plaisir de revoir les années 80” », etc, etc… Donc je me suis naturellement dit : je ne peux pas passer à coté. L’histoire avait l’air sympa et j’aime bien Noémie Lvovski. Après avoir vu le film, à vrai dire je ne sais pas trop quoi en penser. Tout démarre comme une banale tranche de vie où on découvre Camille adulte, alcoolique, plaquée par son mari et peu de temps après, elle se réveille dans le passé et elle a 16 ans. Une chance pour elle de ne pas répéter les mêmes erreurs…

Autant j’aime l’idée d’avoir uniquement relooké les acteurs pour qu’ils reprennent leurs rôles en version adolescente (plutôt que d’avoir casté de véritables ados), ce qui permet de conserver le lien avec les personnages. Et pourtant, même si cette idée parait plutôt logique et intéressante, je trouve que cela affecte également le film de façon négative. On était supposé retrouver Camille et Eric adolescents, au tout début de leur histoire, mais nous voilà face à deux adultes déguisés qui JOUENT les adolescents. Là est la nuance qui, selon moi, dessert beaucoup le réalisme du le film. D’un coté, on retrouve la nostalgie des années lycée (+ celle des années 80 pour les plus “âgés” d’entre nous), on peut tous se retrouver parfaitement dans le sujet traités (ou plutôt effleurer, voire survoler) dans le film : l’adolescence, l’obsession et la curiosité autour de la sexualité, les amours naissantes… De l’autre, il est difficile de pouvoir s’attacher franchement aux personnages principaux car… tout simplement… ce sont des adultes, avec un physique d’adulte et une gueule d’adulte. Ce qui donne lieu à des scènes plutôt étranges (embarrassantes) comme la scène où Noémie Lvovsky se retrouve au lit avec un adolescent !

Au delà de tout cela, j’ai trouvé l’histoire plutôt sympathique, tout juste marrante, mais bancale. Beaucoup de situations potentiellement intéressantes n’ont pas été exploitées, c’est le risque quand on se focalise sur la relation des deux héros, à tel point qu’on en oublie le but initial de ce retour en arrière. Notre héroïne apprécie tellement ses 16 ans retrouvés, qu’au final elle en oublie d’agir en adulte. Tout cela ressemble à un épisode de série télé où les deux amoureux se tournent autour, ne cessent de se croiser alors qu’on sait pertinemment ce qu’ils ressentent l’un pour l’autre. Du coup, les perpétuelles hésitations de Camille peuvent devenir irritantes. Il manque ce moment où, après avoir profiter les joies de l’insouciance, l’héroïne devrait se ressaisir et prendre les bonnes décisions. Au lieu de cela, l’aventure se termine avec une pirouette facile. Ce qui est aussi dommage, c’est que d’autres relations annexes ont été mises de coté, comme celle que Camille entretient avec sa mère, des moments touchants et délicats qui disparaissent trop brusquement comme s’ils n’avaient jamais existé, ou la relation entre Camille et son professeur de physique (Podalydès), étrange, un peu déplacée mais cocasse. On saute d’un sujet à l’autre sans sans créer de liens entre les différents morceaux, si bien qu’au final, on ne connait pas trop la conclusion ni les leçons tirées au cours de cette promenade dans le passé : Camille et Eric vont-ils se retrouver ou bien vivre séparément ? Va-t-elle retrouver la sérénité et cesser de boire du Ice Tea -pardon, du whisky- comme un trou ?

Coté acteurs : Noémie Lvovsky, également réalisatrice et scénariste du film, s’amuse comme une petite folle à l’écran et nous le fait bien partager. Malheureusement, c’est aussi la seule à s’éclater. De plus, elle a tendance à trop souvent recourir à la parlotte analytique dans son écriture et finit par se perdre assez souvent dans des monologues barbants sensés nous dépeindre le moindre de sentiments (personnellement je la pense plus à l’aise dans des seconds rôles). Samir Guesmi est plus crédible quand il joue un personnage de son âge plutôt qu’un adolescent effervescent. Parmi les personnages secondaires, certains se dénotent plus que d’autres pour leurs cotés attachant (Yolande Moreau, Denis Podalydès), surprenant (Judith Chemla) ou irritant (l’horloger, Jean-Pierre Léaud, ou le prof de théâtre, Micha Lescot).

En résumé, Camille Redouble ne m’a pas convaincu. Je m’attendais à un véritable retour à l’adolescence, à la fois complexe et fascinante, confronté à la maturité du personnage interprété par Noémie Lvovsky, ainsi qu’à une certaine morale dans tout cela. Au final, j’ai une l’impression d’assister à une mascarade où des « vieux » se déguisaient en « djeunz » pour passer le temps et se faire des bisous sur la bouche.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s