Comédie musicale, Romance

[CRITIQUE] Partir Un Jour, d’Amelie Bonnin

Le pitch : Alors que Cécile s’apprête à réaliser son rêve, ouvrir son propre restaurant gastronomique, elle doit rentrer dans le village de son enfance à la suite de l’infarctus de son père. Loin de l’agitation parisienne, elle recroise son amour de jeunesse. Ses souvenirs ressurgissent et ses certitudes vacillent…
Ce film a été présenté en hors-compétition au Festival de Cannes 2025 et en a fait l’ouverture.

Couronnée par un César du Meilleur Court-Métrage de Fiction en 2023, Amélie Bonnet transforme Partir Un Jour en long-métrage et le présente en ouverture du Festival de Cannes 2025 (hors compétition). Exit l’écrivain qui revient au bercail, le film inverse les rôles mais gardent ses acteurs, puis transpose le tout dans un cadre culinaire. L’héroïne devient donc une ex-participante de l’émission Top Chef qui ouvre son premier restaurant, au même moment où la santé de son père – cuistot également (bien qu’incapable d’éplucher une pomme de terre) – la pousse à retourner sur ses terres natales et retrouver son crush du collège. OK, bon pourquoi pas.

Derrière ce pitch aux allures de films de Noël sans le décor hivernal, Partir Un Jour peine à justifier son passage en format long, tant il égrène tous les clichés d’un plat réchauffé : la Parisienne overbookée qui retourne dans son bled natal pour gérer les soucis familiaux… et qui tombe nez à nez avec son ex de lycée. Classique. Archi-classique. Trop même, surtout pour un film présenté à Cannes. Mais soit, pourquoi pas (encore une fois, on est indulgent) : c’est léger, mignon et aux accents bucoliques, cela aurait pu être le feel-good romantique attendu, alors que le film d’Amélie Bonnet explore le choc des cultures à travers l’émancipation de son personnage principale, face au cadre désuet et figé de son environnement natal. Oui mais voilà, comme trop souvent avec ce genre de point de vue, le dédain et le mépris de classe ne sont jamais loin. De la citadine snob qui a renié ses racines contre ses 15 minutes de gloires aux bons copains beaufs, Partir Un Jour abandonne vite les fourneaux pour nous servir une romance adultérine plan-plan, baignée de lieux communs.

Le plus grand défaut de Partir Un Jour réside dans son ambition mal cernée. Entre tentatives de romance et explorations superficielles des tensions générationnelles, la prévisibilité des retournements de l’intrigue et la résolution simpliste des conflits n’aident pas à renforcer l’impact émotionnel attendu d’un tel récit. Le film s’éparpille entre faux drame et tentatives de comédie musicale. Les scènes chantées tombent à plat : les reprises douces de tubes des années 90-2000 (et plus) donnent une impression de second degré involontaire et peu assumés, comme une vague excuse pour attirer des trentenaires et quadras (et plus) nostalgiques. Ajoutons à cela que la plupart des acteurs ne sont pas des chanteurs : si parler de massacre serait exagéré, disons que ce n’est pas toujours agréable à entendre.

Partir Un Jour cherche à donner l’illusion d’un film plus profond qu’il n’y parait, mais peine à dépasser son allure de téléfilm bobo. La mise de côté rapide de l’ambiance culinaire au profit d’une intrigue sentimentale est décevante, d’autant plus que les personnages, malgré leurs efforts, manquent de profondeur – quand ils ne disparaissent pas abruptement par commodité scénaristique. La tromperie est traitée avec une légèreté déconcertante, histoire de faire perdurer ce pseudo flirt adolescent qui a bien du mal à mûrir.
Je suis ressortie de Partir Un Jour avec l’impression qu’Amélie Bonnin avait peut-être quelque chose dans son court-métrage d’origine, mais que le passage au long n’a fait qu’étirer un concept déjà fragile, déjà laaaargement épuisés par tous les films de Noël qui se suivent d’années en années. Le tout pour 1h38 qui semblent bien plus longues qu’elles ne le sont.Le film d’Amélie Bonnet joue la carte de la tranche de vie, mais au lieux d’élever son personnage, force est de constater que son échappée dans le Loir-et-Cher n’a eu quasiment aucune incidence sur son évolution.

Au casting : Juliette Armanet (Rosalie, Noureev…) tient son premier grand rôle au cinéma et doit beaucoup à ses talents de chanteuse pour porter son personnage. Autour d’elle, Bastien Bouillon (Le Comte de Monte-Cristo, Monsieur Aznavour, La Nuit du 12…) reste l’atout charme du film, même s’il pourrait figurer sur la couverture de Beauf Magazine aux cotés de Mhamed Areski (La Passion de Dodin Bouffant, L’Outsider…) et Pierre-Antoine Billon (Baron Noir…). On retrouve également Tewfik Jallab (Coeurs Noirs, Lola Pater, Paradise Beach…), abandonné en toile de fond, loin derrière Amandine Dewarsmes (Profession du Père…), tandis que les personnages de Dominique Blanc (L’Origine du Mal, La Plus Précieuse des Marchandises…) et François Rollin (Tapie, Simone, Le Voyage du Siècle…) auraient mérité plus de place dans ce récit fané.

En conclusion, si c’était autrefois un court-métrage prometteur, Partir Un Jour est devenu un long-métrage étiré et plat, qui noie sa promesse culinaire dans une soupe tiède de clichés romantiques. Cannes méritait mieux pour ouvrir le bal. À éviter.

PS : Perso je trouve que les reprises toutes douces de chansons pop 90-2000 ont un pendant méprisant, à l’instar des Brigitte quand elles ont repris Ma Benz de NTM. Juliette Armanet qui fredonne Partir Un Jour des 2be3 avec un air mélancolique, c’est plus agaçant que nostalgique : ça n’a aucun intérêt. Pire, ça affadit la volonté pop et remuante du tube original. Un peu comme ce film, finalement…

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