
Le pitch : Lorsqu’un mystérieux vaisseau spatial s’écrase sur la Terre, une jeune femme et un groupe de militaires font une incroyable découverte sur place qui les confronte à la plus grande menace que la planète n’ait jamais connue…
Prequel dont l’action se déroule deux ans avant les événements du film de Ridley Scott « Alien » (1979).
Créée par Noah Hawley
Disponible sur Disney+
Avec Sydney Chandler, Alex Lawther, Essie Davis…
Franchement, j’avais peur. Peur qu’Alien: Earth soit ce pseudo-long film Alien étiré façon série, qui s’écoute respirer, avec trois couloirs sombres, deux jumpscares et zéro xénomorphe digne de ce nom.
À l’arrivée, j’ai été plutôt soulagée : la série n’est pas un simple recyclage, mais une vraie tentative d’explorer l’univers de la saga, avec ce mélange d’humains, de synthétiques et d’hybrides, ainsi que la question instaurée par la saga de “Papa Scott” sur la quête dangereuse de l’Homme pour l’immortalité. Entre technologie de pointe et émotions frustrées, la série raconte surtout une guerre de pouvoir : entre ceux qui l’ont et en profitent vs ceux qui subissent et cherchent à se libérer de leurs entraves. Au milieu, une bande de gamins en décalage avec leurs corps d’adultes et pas une mais plusieurs bestioles menaçantes entretiennent une tension sourde tout au long des épisodes. Et il faut saluer quelques vraies prises de risque : des scènes en plein jour, des passages visuellement osés, et une volonté d’aller au-delà du simple survival spatial.
Malheureusement, ce n’est pas un sans faute. La série commence très fort mais peine à retrouver l’intensité réjouissante du deuxième épisode. Résultat, Alien: Earth traîne la patte vers un final hésitant, proposant des épisodes de remplissage au lieu de faire avancer le plot, jusqu’à une révélation bien trop tardive pour réussir à faire son effet.
En bref : ce n’est pas le naufrage que je craignais, mais pas une réussite non plus.
3 bonnes raisons de mater Alien: Earth
Un vrai prolongement de la saga, pas un sous-film
Ici, pas de copier-coller des films ni de nostalgie paresseuse. Alien: Earth prend le risque d’explorer l’univers sous un autre angle : celui d’un futur où humains, synthétiques et hybrides cohabitent dans un monde à la fois technologique, fragile et profondément conflictuel. L’ambition SF est bien là et la série tire parti de la modernité visuelle sans trahir la patte esthétique des premiers Alien (+ un petit clin d’œil à Blade Runner 1er du nom).
Là où Prometheus s’était éloigné du mythe originel, Alien: Earth parvient à marier nostalgie et futurisme, sans verser dans le contemplatif à la Dune.

En réinventant la conquête spatiale à travers la récupération d’espèces extraterrestres, la série enrichit la diégèse de nouvelles créatures étranges, dangereuses et parfois fascinantes.
Ici, on parle de pouvoir, d’exploitation, de science tordue… bref, d’humanité. Et quelque part, ça fait du bien.
Résultat : un monde familier mais renouvelé, qui évite la redite (et le syndrome du “projet Blomkamp” jamais né).
Des thèmes sombres et fascinants
Monétiser la vie humaine, tester les limites du vivant, manipuler les monstres comme des cobayes… Alien: Earth retrouve un parfum de curiosité scientifique malsaine, dans la lignée des expérimentations de Prometheus.
Ça dérange, mais c’est justement pour ça qu’on reste scotché car la série soulève pas mal de questions et y répond au fur et à mesure des épisodes, notamment dans le dernier épisode. On retrouve cette fascination morbide pour la manipulation du vivant, cette envie de voir jusqu’où on peut aller avant que tout parte en vrille.

Aux abords des personnages, le caractère désolé et narcissique du futur est cristallisé par le fameux Boy Genius qui agace autant qu’il intrigue, pour finalement revenir à quelque chose de profondément humain : notre besoin de créer, de dépasser la nature, quitte à engendrer notre propre perte. On retrouve cette obsession : qui sont les vrais monstres ? Les xénomorphes ? Les hommes ? Ou les créations de l’homme lui-même ?
Résultat : une SF sombre, presque philosophique, où la frontière entre créateur et créature devient de plus en plus floue.
Des fulgurances visuelles et une tension oldschool
Les deux premiers épisodes sont presque une masterclass pour les fans d’Alien, proposant une tension viscérale et jubilatoires tout droit issue de l’ADN de la saga. Des scènes d’Alien en plein jour (sacrilège réussi), des décors industriels crédibles, une tension qui retrouve un petit goût de 70s… on sent l’amour du matériau d’origine. Si le reste de la série n’est pas aussi puissante, les épisodes regorgent de trouvailles et de pics d’excitation qui entretiennent la machine. Alien: Earth surprend, fascine, intrigue… et parvient même à imposer un nouveau souvenir marquant (oui, ce fichu mouton !).
Quand elle se lâche, la série fait honneur à son héritage tout en affirmant sa personnalité.

3 points faibles à encaisser
Des longueurs et un rythme en dents de scie
Comme beaucoup de séries issues de licences cultes, Alien: Earth veut trop en faire.
Ça commence tambour battant, puis ça s’essouffle. Certains épisodes ne servent qu’à meubler et l’épisode 5, soyons honnêtes, est un naufrage narratif. Une redite lourde et inutile du film original, ampoulée par une kyrielle de seconds couteaux agaçants (et une poignée de mauvais acteurs), alors que la série prétend justement s’en émanciper. J’aurai préféré qu’on s’attarde un peu plus sur les autres Corporations (Weyland-Yutani, Lynch, Dynamic et Threshold), par exemple. Quelles sont leurs rôles, leurs limites et la raison de leurs rivalités (en dehors du pouvoir) ?
De plus, le final déçoit également : pas de vrai climax, pas de montée en puissance et pas même une conclusion qui donne envie d’attendre la suite.
Alien: Earth : le rejeton mort né ?

Des aliens cosplay et/ou sous-exploités
Alors oui, on les aime, nos xénomorphes. Mais là, ils perdent un peu de superbe. Bien trop souvent, on distingue clairement le gars dans le costume (oui, comme dans le premier film de Ridley Scott, je sais) : proportions bancales, démarche humaine, tête disproportionnée… la magie se fissure. Difficile d’y croire quand la créature censée mesurer trois mètres ressemble à un stagiaire en latex ! C’est dommage, car quand le hors-champ reprend le dessus, la peur revient aussitôt.

La déception vient aussi des autres créatures qu’on ne voit pas assez : l’oeil poulpe, la sangsue bizarre, la plante chelou et un dernier dont je ne me souvient plus trop… passent à la trappe tant la série est concentrée sur ces “Enfants Perdus”. Pourquoi nous avoir agiter sous le nez, si c’est pour aussi mal s’en servir jusqu’à la dernière minute ?
Espérons que, si saison 2 il y a, une Reine viendra rappeler tout le monde à l’ordre.

L’ASMR xénomorphe et le poids Disney
Il fallait s’y attendre. Après des années de films où une entreprise (Weyland, Weyland-Yutani…) cherche à contrôler les xénomorphes, cela devait arriver un jour que quelqu’un parviennent à communiquer avec eux. Alors oui, pourquoi pas… mais avouons que cela ne colle pas vraiment avec l’ADN d’un Alien. On est censé avoir affaire à des bêtes de pur instinct, pas à des créatures domptables façon Jurassic World.
C’est un des éléments qui poussent à lorgner du coté de Disney. Alors qu’on (nous, les fans) craignait l’adoucissement de la franchise lors de son passage de la 20th Century Fox à l’ogre Disney, Alien: Romulus était rassurant tant le film de Fede Alvarez conservait l’ambition viscéral, flippante et chaotique de la saga.

Avec Alien: Earth, Disney entend bien nous rappeler qui paye les factures et figurez-vous qu’en l’an 2100, leur Peter Pan semble toujours inspirer les grands de ce monde ! Si ce n’est pas le seul rappel à la maison-mère, l’ombre de la souris aux grandes oreilles s’infiltre dans de nombreux aspects de la série, notamment à travers la relation entre les personnages et, bien sûr, le fait que l’héroïne parvienne à dompter un xénomorphe. Heureusement, tout n’est pas lisse, mais on flirte parfois dangereusement avec le politiquement correct cosmique.

Bilan
Comme je le disais plus haut : pas de désastre, pas de miracle non plus.
Alien: Earth n’est ni le renouveau qu’on espérait, ni le ratage qu’on redoutait. C’est une série bancale mais attachante, qui ose, trébuche, puis se relève avec une vraie envie de raconter quelque chose. Mais entre les questions restées en suspens et le récit trop inégal, il en faudra beaucoup pour la série puisse se rattraper.
Si deuxième saison il y a, j’espère que l’intrigue sera un poil plus démonstrative et plus prête à en découdre. À voir.

