
Le pitch : Lorsqu’un nouveau Ghostface surgit dans la paisible ville où Sidney Prescott a reconstruit sa vie, ses pires cauchemars refont surface. Quand sa fille devient la prochaine cible, Sidney n’a d’autre choix que de reprendre le combat. Déterminée à protéger les siens, elle devra affronter les démons de son passé pour tenter de mettre fin une bonne fois pour toutes au bain de sang.
À l’instar de Scream 3, Scream 7 est un film cabossé dont la sortie ne présageait franchement rien de bon. Le duo Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett (Wedding Nightmare, Abigail…) devait poursuivre sa revisite après un sixième opus qui avait rassuré les fans… et puis tout a déraillé. Grèves SAG-AFTRA et WGA, production ralentie, mais surtout départs fracassants : Melissa Barrera licenciée pour ses prises de position sur Gaza, Jenna Ortega qui quitte le navire, les réalisateurs qui s’en vont, Hayden Panettiere évoquée puis écartée et des appels au boycott en prime. Les studios Spyglass Media Group tentent de sauver les meubles, approchent Christopher Landon (qui finit par abandonner, sûrement pour aller pondre Drop Game, lol), puis finissent par sortir le chéquier pour faire revenir Neve Campbell (absente du VI pour raisons salariales) et Courteney Cox. À la réalisation ? Kevin Williamson, créateur de la franchise et scénariste des opus 1, 3, 4 et 7 (ainsi que de Souviens-Toi… L’Été Dernier et The Faculty). Rassurant sur le papier… sauf que derrière la caméra, son unique référence restait Mrs Tingle (1999).
Avec un tel chaos en coulisses, des bandes-annonces tièdes et les rumeurs d’un certain retour qui rappellent le scénario initial mais avorté de Scream 3*, difficile d’aborder ce septième volet avec sérénité.
M’enfin bon, je me suis sacrifiée, alors allons-y.

Centré sur la relation entre Sidney Prescott, devenue Evans, et sa fille Tatum (wink wink), le film tente de jouer la carte de l’héritage traumatique. Sauf qu’au lieu d’embrasser frontalement cette transmission morbide comme l’avaient fait Halloween (2018) ou même le récent Destination Finale : Bloodlines, ce chapitre botte en touche. On nous sert une relation mère-fille classique, blindée de non-dits artificiels alors que, rappelons-le, dans leur propre univers il existe des films et des livres racontant toute l’histoire de Sidney. Donc bon. Le trauma secret, on repassera.

Là où Scream VI avait eu l’audace de quitter le confort de Woodsboro pour confronter ses personnages à l’anonymat oppressant d’une grande ville, ce septième chapitre replonge dans un décor Woodsboro-like aux faux airs de soft reboot mal assumé. Quelques meurtres graphiques (et une scène d’ouverture que je veux bien sauver), mais sinon ? Une succession de séquences mécaniques là pour cocher des cases, un groupe de potes interchangeable façon « chair à pâté », du whodunnit qui n’affole plus personne et les faux suspects posés comme des plots de chantier. On devine le ou les tueur(s) beaucoup trop vite, les twists sont prévisibles et l’effet de surprise s’évapore dès la fin de l’intro.

Le plus frustrant, c’est cette tentative un peu gênée de surfer sur l’IA et les deepfakes (on passera sur le fait que la technologie pense également à vieillir les gens au passage, apparemment… why not). Sur le papier, c’était une piste méta parfaite pour une saga qui a toujours su commenter son époque. Sauf qu’ici, l’exploitation est superficielle, presque scolaire. On dirait le fantasme flippé d’un boomer dépassé par la techno qu’il évoque. Là où la patte de Wes Craven (pourtant déjà âgé à l’époque) avait su injecter dans chaque film un regard acéré sur la société et sur l’évolution du cinéma d’horreur, notamment dans Scream 4. Cela donnait aux scénarii de Kevin Williamson une dimension méta jubilatoire, mais une fois seul à la barre, voilà qu’il nous pond un Scream 7 qui a les ambitions d’un slasher lambda, cochant doctement les cases attendues et espérant que revoir des visages phares de la franchise suffira à émoustiller le chaland.

Et puis il y a toutes ces incohérences qui s’accumulent : la police hyper mobilisée une scène, totalement absente la suivante au moment où les victimes auraient bien besoin d’eux ; un couvre-feu censé transformer la ville en zone fantôme… mais personne n’a l’air particulièrement inquiet (et surtout après qu’un probable coupable ait été… « immobilisé »). Les règles internes du film changent selon les besoins du scénario. On navigue à vue dans ce montage bricolé à la va-vite pour « boucler la boucle », avec quelques clins d’oeil balancés comme un best-of de fin de saga. Sauf qu’on n’y croit jamais. En fait, on dirait que Scream 7 a entamé une mue à la Fast and Furious, avec des personnages qui font leur retour en mode « c’est nous que v’la ! » et une sorte d’hommage aussi honteux que le montage temporel dans The Flash.

Ça poignarde, oui. Mais ça ne provoque plus rien. Peut-être que les deux derniers opus m’ont désensibilisée avec leur générosité gore et le tour de bras sadique de Sam Carpenter (Melissa Barrera). Les morts sont expédiées sans mise en scène marquante, sans cruauté ludique, sans cette méchanceté fun qui faisait le sel des précédents films. Même les victimes secondaires, autrefois mémorables (coucou Sarah Michelle Gellar dans Scream 2, l’intro en cascade de Scream 4 qui transforme des actrices de série en brochettes, Samara Weaving dans Scream VI…) deviennent ici anecdotiques et pire, ne font aucun remous sur l’ensemble de l’histoire ! Il y a toute une scène où plusieurs personnages meurent en plein milieu du film, qui ne sera jamais évoquée par la suite ! Les copinous de Tatum ? Interchangeables, creux, dispensables. Les motivations du ou des tueurs ? Sans intérêt.

Scream 7 tente péniblement de raccrocher les wagons avec les opus précédents (les jumeaux, toujours aussi hermétiques aux poignards, reviennent faire coucou) et aligne quelques clin d’œil poussifs (le cinéma qui projette Massacre à la Tronçonneuse, les premières notes de “Red Right Hand” de Nick Cave…). Sauf qu’on n’y croit jamais. L’ADN méta de la franchise est laissé au placard ou ressorti comme un rappel de dernière minute ajouté à la hâte avant le montage final. On est loin de l’énergie teen horror un peu méchante qui définissait la saga depuis 1996. Scream 7 se prend trop au sérieux, au point d’en devenir long, lourd, sans humour ni mordant. Même Scream 5, pourtant trop frontal, avait su recréer une vibe nostalgique. Le film de Kevin Williamson, lui, ressemble à un puzzle impersonnel, sans âme, qui navigue à vue et finit par se prendre pour un polar horrifique… sans jamais l’être.
Moral de l’histoire ? Fallait pas virer Melissa Barrera.

Au casting : si Neve Campbell (La Défense Lincoln, Skyscraper…) ne fait plus que jouer Sidney Prescott, ou presque, il faut reconnaître qu’elle le fait avec une efficacité tranquille. Courteney Cox (Scream VI, Scream 5…), elle, continue d’empiler les apparitions au point de frôler le record de l’actrice ayant incarné le même rôle le plus de fois dans une saga horrifique, talonnant Jamie Lee Curtis dans la même catégorie (quitte à remâcher au passage une énième vanne sur sa carrière has-been). De retour également, Jasmin Savoy Brown (Yellowjackets, For The People…) et Mason Gooding (Love, Victor…) qui, visiblement, n’ont pas pu se payer le luxe de tailler la tangente comme Jenna Ortega, alors les voilà qui reviennent jouer les rigolos de service, prêt à servir de passoire à volonté.

Coté petits nouveaux, j’avais quelques espoirs sur Isabel May (1883, 1923…) qui avait la lourde responsabilité d’incarner la fille ainée de Sidney, mais l’écriture du personnage se limite à des geignardises d’adolescente ingrates. On découvre également quelques nouveaux visages, comme Joel McHale (The Bear, Assassination Nation…) ou encore Anna Camp (You, Pitch Perfect…) – et disons qu’on ne se fait pas avoir une deuxième fois quand des acteurs plutôt connus viennent rejoindre la franchise, n’est-ce pas…
Parmi la chair à pâté se bouscule Celeste O’Connor (SOS Fantômes : La Menace de Glace, Madame Web…), Sam Rechner, Asa Germann (The Boys, Monstre : L’Histoire de Jeffrey Dahmer…) ou encore Mckenna Grace (Five Nights at Freddy’s 2, Malignant…), tandis que l’ombre de Matthew Lillard… n’en est plus une. Quelques “surprises” ponctuent le récit, mais soyons honnêtes : ce sont surtout celles dont le cachet devait rester raisonnable.
En conclusion, Scream 7 voulait boucler la boucle, il ne fait que tourner en rond. Kevin Williamson enterre sa propre franchise avec une suite sans âme qui ne fait que cocher des cases attendues, sans réussir à renouer avec l’ADN insolent de la saga. Dommage. À éviter.

* Qu’entend-je par scénario initial mais avorté de Scream 3 ? Et oui, Scream 3, sorti en 2000, aurait dû avoir une toute autre histoire. En effet, le film devait renouer avec Stu Macher toujours en vie mais en prison, qui aurait réussi à jouer de son influence à l’exterieur en manipulant des jeunes esprits impressionnables façon Charles Manson. Ses disciples devaient alors endosser le masque et exercer la vengeance de Stu afin de transformer la vie de Sidney en cauchemar sur son campus universitaire. Oui mais voilà, en avril 1999 a eu lieu la fusillade au lycée Columbine. Résultat, les studios ont décidé que ce serait mal venu de faire un film d’horreur teinté comédie noire dans un décor similaire (d’autant plus que les films d’horreur étaient pointés du doigt comme étant l’influence principale des tueurs). Il a donc fallu réécrire une nouvelle histoire à la hâte, sauf qu’entre temps Neve Campbell est partie sur un autre tournage et le scénariste attitré, Kevin Williamson, était occupé à écrire et réaliser son film Mrs Tingle. Ce qui explique donc le désastre de Scream 3, inspiré par les frasques de Weinstein (sans que personne fasse le lien, à l’époque) et déterminé à adopter un ton plus léger, ce qui explique la surdose d’humour maladroite et presque clownesque du film, la quasi-absence de Sidney et l’omniprésence du duo Gale-Dewey. Erk.
