[CRITIQUE] Jurassic World : Le Monde d’Après, de Colin Trevorrow

Le pitch : Quatre ans après la destruction de Isla Nublar. Les dinosaures font désormais partie du quotidien de l’humanité entière. Un équilibre fragile qui va remettre en question la domination de l’espèce humaine maintenant qu’elle doit partager son espace avec les créatures les plus féroces que l’histoire ait jamais connues.

Il fallait s’y attendre : à force de trop se prendre au sérieux en délaissant l’ADN aventurier des premiers Jurassic Park et de prendre un malin plaisir à ne jamais raccrocher ses wagons, la franchise Jurassic World livre un troisième opus éparpillé, ampoulé par une intrigue aussi capillotractée qu’inintéressante, à peine sauvé par ses multiples références au film original et des scènes d’action foisonnantes. Autre bémol récurrent des films à bestioles XXL : alors que le spectateur est là pour le spectacle, il faut toujours composer avec des personnages humains qui cherchent à justifier leurs présences par tous les moyens. Alors que je me faisais une joie de retrouver les dinosaures de Jurassic World : Le Monde d’Après (Jurassic World 3), opus réunissant les nouveaux personnages mais aussi le trio culte du premier Jurassic Park, le film de Colin Trevorrow  m’a laissée perplexe, déchirée en mon fangirlisme débordant pour la franchise et mon regard plus critique sur ce film en demi-teinte. Résultat : je crois bien que le prix du pire film de cette franchise soit, comme pour beaucoup de trilogies (X-Men, Star Wars…), un duel entre les troisièmes volets : Jurassic Park 3 versus Jurassic World 3. 

En effet, si les haters détracteurs de ces reboots sonnaient déjà l’alerte à la sortie du premier Jurassic World, j’avais plutôt bien aimé ce premier volet qui fleurait bon les retrouvailles avec le film original, qui certes abusait un peu trop de son effet nostalgique pour conquérir. Mais que voulez-vous, mettez-moi un T-rex dans l’affrontement final, et ça me suffit presque !
Pour Jurassic World – Fallen Kindgom (Jurassic World 2), Colin Trevorrow avait passé le relais au réalisateur Juan Antonio Bayona, qui en avait profité pour ajouter un peu de frissons à la trame grâce au fameux Indoraptor. Adieu le parc, le second volet se focalise sur la militarisation illégale de ces créatures. C’est là que les choses ont vraiment commencé à se corser. Outre le fait que les protagonistes du premier Jurassic World ont construit leur parc sur une île volcanique sans le savoir (hum-hum), la saga commence déjà à s’éloigner de l’ADN des films originaux pour métaphoriser sur l’exploitation de ces animaux ressucités et le retour de l’ère jurassique où l’homme devra cohabiter avec les dinosaures. Jurassic World 2 laisse une porte béante vers un terrain de jeu miné pour la suite… Porte que Jurassic World 3 va s’empresser de fermer !

De retour à la réalisation, Colin Trevorrow tricote une nouvelle sous-intrigue vaguement empruntée à la Bible et les dix plaies d’Egypte pour justifier une nouvelle intervention de nos héros. Oubliez les portes sous-marines de Jurassic World ouvertes qui laissaient passer un Mosasaurus, les Ptérodactyles nichant à New York et encore plus le final de Fallen Kingdom où les dinosaures étaient libérés par la petite Maisie (pour une raison que Jurassic World 3 va également anéantir au passage) :  dès l’ouverture du film, on nous fait savoir que tout est bien qui finit bien (à quelques braconniers près) et qu’un nouveau sanctuaire pour dinosaures dangereux a été créé à l’écart de la civilisation. Bon, soit. Mais du coup, que faisons-nous là ? se demandons-nous-je !
Colin Trevorrow redéterre la menace de la manipulation génétique, qu’il va coupler avec des risques écologiques improbables et un bon gros projet de domination globale orchestré par un méchant qui n’expliquera jamais ses motivations. Raccrochez le tout à des dinosaures et à des sciences que le grand public ne comprend pas forcément (comme la paléonthologie et la paléoécologie, par exemple), secouez pendant environ 2h45 et vous obtenez… un film laborieux. C’est assez drôle (ou tristement ironique) de voir les Jurassic World se complexifier et tenter d’étoffer l’univers de la franchise, alors que le film original de Steven Spielberg reste une masterclass en termes de storytelling et d’effets spéciaux (merci les animatroniques).

Heureusement, il y a des choses à sauver dans ce Jurassic World : Le Monde d’Après (notons au passage le titre très post-covid). En plus des personnages centraux du reboot, l’événement c’est évidement le retour du trio cultes de Jurassic Park : quel plaisir de revoir les Drs Alan Grant, Ellie Statler et Ian Malcom reprendre du service vingt ans après Jurassic Park 3. Les références sont nombreuses et toujours réjouissantes, d’un retrait de lunettes à une bouteille aérosol carbonisée, en passant par des répliques, des boutons de chemises ou autres rappels plus ou moins discrets… Cette fois, le film ne cherche pas à se cacher et fourmillent de clins d’œil qui viennent directement activer notre empathie nostalgique.
Le film parvient également à se rattraper de justesse grâce à ses séquences d’actions et de frissons. Même si l’ensemble est ultra-prévisible et très safe, Jurassic World 3 est piqué par des scènes sympathiques, des jumpscares ou tout simplement des courses survivalistes où les personnages échappent souvent à la mort in extremis. C’est facile et l’ensemble ne prend pas de risque pour satisfaire le tout-public, mais c’est toujours efficace pour servir le divertissement d’un tel film. 

Oui mais voilà, les récompenses se font rares dans ce film. En plus d’une intrigue complotiste où le clonage et l’agriculture forment une toile de fond aux prétextes tirés par les cheveux, la première partie de Jurassic World 3 s’éternise, en plus de se focaliser sur un personnage qui, pour ma part, m’avait plutôt agacée dans Jurassic World 2. De l’exposition à la surexplication, la limite est fine et le film de Colin Trevorrow s’empêtre des deux cotés et rajoute des couches d’actions inutiles comme si le simple fait d’avoir des dinosaures ne suffisaient pas !
Et ces dinosaures, parlons-en : la phrase culte « la vie trouve toujours un chemin » a toujours été l’excuse idéale pour justifier la reproduction des dinosaures femelles et en expliquer la population grandissante, avant même que Jurassic World évoque les croisements génétiques. De la dizaine d’espèces réchappées de Jurassic World 2, Jurassic World 3 n’en finit plus d’ajouter de nouvelles espèces jamais vues dans la saga, allant même jusqu’à se vanter d’avoir des modèles « purs ». Alors si j’apprécie le fait qu’on admette que les dinos seraient finalement plus proche de « grosses dindes » (*wink wink*) que de gros lézards, la science et la science-fiction ont des limites de crédibilité que Colin Trevorrow explosent sans se retourner. Résultat, malgré la multiplication des menaces et la tenacité des personnages bien trop cools face à un Giganotosaure ou autres créatures pleine de dents, difficile d’y croire et d’être embarqué dans cette histoire à couches multiples, tant on ne sait plus où donner de la tête… Jusqu’au dernier tiers qui revient, enfin, à ce qui a fait le succès des premiers Jurassic Park : l’affrontement XXL et pop-corn-esque de dinosaures pour sauver les personnages du film, ici dans une bouillie numérique informe (ceci dit, voir l’affiche originale prendre vie fait quelque chose quand même).

Oui, le film a le mérite de vouloir proposer autre chose, était-ce vraiment ce dont on a vie ? Jurassic World : Le Monde d’Après est si éloigné des périples aventuriers de Jurassic Park que la franchise perdue sa fibre enchanteresse, celle qui faisait que j’étais aussi enthousiasmée que terrifiée à l’idée de me retrouver à la place des protagonistes du film. Dans ce dernier chapitre où l’ère jurassique semble encore bien contenue, Colin Trevorrow cherche à réinventer une machine pourtant déjà bien huilée et se loupe en délaissant finalement l’intérêt principal des films pour transformer les dinos en accessoires au lieu de les mettre au centre. En réalité, le plus décevant c’est que ces films Jurassic World auraient pu réellement explorer la cohabitation entre l’homme et le dinosaure, à l’instar de la nouvelle trilogie La Planète des Singes et notamment le dernier opus Suprématie qui a embrassé à fond l’idée d’une nouvelle espèce dominante. 

Au casting : si Chris Pratt (The Tomorow War, En Avant, Avengers – Endgame…) avait entamé l’aventure en tant que superstar, il faut dire que son aura entachée par certaines de ces déclarations publiques rend son personnage (à la ville comme à la scène) un poil moins attachant. De plus, lui et sa partenaire Bryce Dallas Howard (Rocketman, Peter et Elliott Le Dragon…) sont rapidement supplantés par le retour de Sam Neill, Laura Dern et Jeff Goldblum, si bien que la petite cellule familiale qu’ils forment avec la jeune Isabella Sermon manque de chaleur, d’accessibilité et d’intérêt. Autour d’eux, Daniella Pineda (What/If…), Justice Smith (Pokémon : Détective Pikachu, The Voyeurs…) et Omar Sy (Soul, Police…) reprennent vaguement du service le temps de quelques scènes, tout comme B.D. Wong, l’inépuisable Dr Wu.
Coté nouveaux venus : Campbell Scott (House of Cards…) peine à faire croire au retour de l’oublié Dodgson grimé en pseudo Tim Cook maléfique et j’aurai aimé voir plus de Mamadou Athie (Underwater, Archive 81…), tandis que Scott Haze (Affamés…), DeWanda Wise (Nola Darling…) et Dichen Lachman (Severance, Altered Carbon…) complètent un ensemble éparpillé. 

En conclusion, si vous aimez les grosses bestioles et voir des humains courir pour leurs vies, Jurassic World – Le Monde d’Après a certainement de quoi satisfaire vos attentes. Cependant, le film de Colin Trevorrow s’éparpille autour d’intrigues fabriquées, sans jamais revenir sur la promesse faîte à la fin du deuxième film. Les retrouvailles font leurs petits effets, mais la nostalgie pour les films Jurassic Park ne suffit plus à pardonner les erreurs de ces nouveaux films. Entre Jurassic Park 3 et Jurassic World – Le Monde d’Après, mon cœur balance pour élire le bonnet d’âne de la franchise. A voir. 

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