
Le pitch : Mabel, une adolescente passionnée par les animaux, saute (littéralement !) sur l’occasion d’essayer une nouvelle technologie révolutionnaire permettant de communiquer avec eux d’une manière totalement inédite… en se glissant dans la peau d’une adorable femelle castor. Conçu par des scientifiques visionnaires, ce dispositif permet de transférer la conscience humaine dans le corps de robots-animaux plus vrais que nature. Mabel se lance alors dans une aventure unique et riche en découvertes au cœur du règne animal.
Après plusieurs années passées au sein de l’équipe créative de Pixar sur des films comme Cars 2, Vice-Versa et sa suite, Buzz l’Éclair, Alerte Rouge ou encore Élémentaire, Daniel Chong passe derrière la caméra pour signer son premier long-métrage solo avec Jumpers. Trentième film des studios, le long-métrage raconte l’histoire de Mabel, adolescente à qui sa grand-mère a transmis sa passion pour la faune et la flore. Lorsque son lieu favori est menacé par la construction d’une rocade, la jeune fille se lance dans une aventure inattendue : grâce à une technologie expérimentale, elle parvient à communiquer avec les animaux en prenant l’apparence d’un castor (robot).

Comme souvent chez Pixar, la tonalité joviale, colorée et bon enfant séduit immédiatement. Dès les premières scènes – la rencontre avec l’héroïne, puis son immersion dans le monde animal – le film installe un univers énergique et foisonnant. Le caractère impétueux de Mabel déclenche une réaction en chaîne qui permet au récit d’explorer la cohabitation et l’organisation presque politique entre les animaux de la forêt.

Sorti en France en plein cœur des vacances scolaires, Jumpers vise clairement l’efficacité drolatique et le divertissement familial. Le film coche ainsi toutes les cases attendues : rythme soutenu, humour accessible, galerie de créatures attachantes. Mais derrière cette mécanique bien huilée se cache un sentiment de déjà-vu. Quelque part entre Les Rebelles de la Forêt et Frère des Ours, Pixar livre un film bruyant, parfois drôle et très dynamique, mais globalement assez peu inspiré.

Et pourtant, le sous-texte du film se révèle plus intéressant que son intrigue principale. Jumpers aborde en filigrane les ravages de l’urbanisation et l’expansion des villes qui grignotent peu à peu les espaces naturels, mettant ainsi en danger la faune locale. L’histoire évoque notamment ces faux arbres (en réalité des antennes relais 5G) dont l’impact sur l’écosystème animal devient un enjeu narratif. Le sujet est pertinent, actuel et accessible pour un jeune public. Mais le film semble hésiter à pousser son propos jusqu’au bout : remettre frontalement en question certaines infrastructures technologiques serait sans doute trop frontal pour une production familiale de cette ampleur. Le récit préfère donc contourner le problème et se rabattre sur des antagonistes plus classiques et plus faciles à combattre.

Ce choix scénaristique ramène finalement le film vers des raccourcis très enfantins, là où Pixar nous a souvent habitués à des récits capables de parler simultanément aux enfants et aux adultes, en abordant parfois des thématiques complexes. Même visuellement, Jumpers reste sur une esthétique propre et soignée, mais moins impressionnante et surtout moins novatrice que ce que le studio a pu proposer par le passé. On appréciera néanmoins certains choix de représentation : Mabel est un personnage asiatique, mais contrairement à un Alerte Rouge, par exemple, l’histoire n’a pas de racine ni de résolution à travers des clichés culturels. De plus le design androgyne de l’héroïne tranche agréablement avec les standards généralement plus genrés dans l’animation familiale.

Au casting vocal, j’ai dû voir le film en français et comme en France on s’en fiche de la représentation c’est Mallory Wanecque (Le Gang des Amazones, Rapace, L’Amour Ouf…) qui donne de la voix pour Mabel. Autour d’elle l’accompagnent Artus (La Pampa, Un P’tit Truc En Plus…), Melha Bedia (Miskina, Le Mélange des Genres…) ou encore Alison Wheeler (Avignon, Kung Fu Panda 3…) pour les voix les plus connus, tandis qu’Eilias Changuel tient le rôle de l’antagoniste.
En conclusion, Jumpers ressemble à un bonbon coloré : agréable, énergique et ponctuellement amusant, mais qui manque de la fameuse touche Pixar, celle qui permet d’offrir une double lecture et de captiver autant les adultes que les enfants. À moins que ce soit la VF forcée à quasiment toutes les séances en région parisienne (sauf à 22h !) qui ait un peu trop lissé et affadi l’ensemble 🤷🏾♀️ À voir.

