[CRITIQUE] Buzz l’Éclair, d’Angus MacLane

Le pitch : La véritable histoire du légendaire Ranger de l’espace qui, depuis, a inspiré le jouet que nous connaissons tous. Après s’être échoué avec sa commandante et son équipage sur une planète hostile située à 4,2 millions d’années-lumière de la Terre, Buzz l’Eclair tente de ramener tout ce petit monde sain et sauf à la maison. Pour cela, il peut compter sur le soutien d’un groupe de jeunes recrues ambitieuses et sur son adorable chat robot, Sox. Mais l’arrivée du terrible Zurg et de son armée de robots impitoyables ne va pas leur faciliter la tâche, d’autant que ce dernier a un plan bien précis en tête…

27 ans se sont écoulés depuis la sortie du premier film Toy Story, réalisé par John Lasseter. À l’époque, c’était déjà un pari énorme puisqu’il s’agissait du premier long métrage d’animation entièrement numérique des Studios Pixar (qui fait un peu flippé aujourd’hui, avouons-le). Presque trente ans, une quadrilogie au cinéma et une série télévisée plus tard, Toy Story est devenue une référence en matière de films d’animation capable d’émerveiller aussi bien les plus petits que les grands, dans un savant mélange de nostalgie, d’aventures et d’imaginaire. 

Pour ce nouvel opus (ou plutôt spin-off) piloté par Angus MacLane (co-réalisateur du Monde de Dory…), les studios s’intéressent à l’histoire de Buzz l’Éclair, le jouet Ranger de l’espace qui a démarré l’aventure Toy Story avec son arrivée parmi les nouveaux jouets du petit garçon Andy. Là où je craignais un simple prétexte mercantile pour vendre toujours plus de jouets, j’ai eu l’agréable surprise de découvrir une histoire solide au prétexte ingénieux (à découvrir dès les premières minutes du film) pour faire revivre l’astronaute sur grand écran.

Plus mature et visuellement bluffant, Buzz l’Éclair s’émancipe de la bulle colorée et juvénile des Toy Story pour s’épanouir dans un format plus adulte aux allures d’origin story. Visiblement inspiré par les succès cultes qui ont marqué le cinéma SF de ces dernières années, le film nous embarque aux confins de l’espace pour une mission de tous les dangers, qui vont permettre d’explorer les différentes facettes du héros. Dépeint ici comme un pur produit américain nourri par la conquête de l’espace, le personnage principal sera confronté à ses propres limites et forcés à s’adapter sur un terrain inconnu, à l’aide, heureusement, de comparses conçus pour alléger l’ensemble presque survivaliste. Comme souvent, Pixar nous embarque dans un récit conquérant, truffé de rebondissements et d’énigmes qui maintiennent en haleine, sans jamais oublier de distiller sa morale bienpensante sur fond d’altruisme et de lâcher-prise. Évidemment, Disney oblige, vous n’échapperez pas aux personnages utilitaires qui vous donneront envie d’acheter des peluches de chats dès la sortie de la séance – oui je parle de Sox, le chat-bot. 

Les studios Pixar livrent un film exigeant en matière de réalisme et d’évasion, l’animation n’a rien à envier aux plus grands films de SF actuels tant l’imagerie transporte aux cotés des personnages. De la luminosité aux effets de textures, Buzz L’Éclair s’applique jusqu’aux moindres détails et contribue à rendre la diégèse de Toy Story alors qu’on se retrouve à la place du jeune Andy entrain de découvrir le film. Même si le style des personnages restent assez simples, tout l’univers et les décors autour du film sont superbes.

Cependant, le film d’Angus MacLane a de quoi dérouter : là où Toy Story proposait un imaginaire plus accessible reposant sur la nostalgie enfantine du spectateur, Buzz L’Éclair fait un choix de genre cinématographique plus pointu, à savoir la science-fiction, en mêlant à son histoire des références à des films d’anticipation comme Interstellar ou du space opera à la Star Wars (reconnaissable, même pour une noob comme moi), tout en passant par des clins d’œil variés à des films comme Sunshine, Alien et même Wall-e. Le résultat pourrait en laisser quelques uns sur le carreau, puisqu’il semble surtout s’adresser à ceux qui ont découvert Toy Story : nous ne sommes plus qu’un simple spectateur devant le film, mais les yeux d’Andy qui découvrait Buzz L’Éclair enfant, de la même manière que certains ont découvert un Indiana Jones (ou autre héros solitaire culte), par exemple. L’ambition est périlleuse, d’autant plus que la science-fiction est rarement le terrain de jeu idéal pour laisser libre court à ses émotions. Du coup, l’ensemble du film se révèle bien plus froid que nos joyeux Toy Story et si d’un coté je félicite le réalisateur et les scénaristes de ne pas être tombés dans le piège du spin-off fastoche, de l’autre je me demande si tous les fans de la saga originale se retrouveront dans cette aventure un poil solitaire.

Pour ma part, j’ai trouvé le film un poil long pour un public trop jeune, Buzz L’Éclair s’adresse à une audience plus avertie  en proposant un film plus mature et qui laisse beaucoup moins de place à la légèreté. Malgré une justification plutôt bien trouvée et annoncée à l’ouverture du film, Buzz L’Éclair n’est pas aussi conquérant que la franchise dont il est issu, même si la découverte du personnage reste intéressante et prometteuse d’une suite. Néanmoins, on est loin des films enthousiasmants et inventifs que les Studios Pixar ont pu proposer ces dernières années (Alerte Rouge, Coco, Vice-Versa…). 

Au casting vocal, une fois n’est pas coutume j’ai vu le film en version française : François Civil (En Corps, BAC Nord, Deux Moi…) fait honneur au célèbre Ranger de l’espace en trouvant le bon mix entre sa tonalité parfois robotique et l’humanité du personnage. À ses cotés, Michaël Gregorio m’a fait sourire en prêtant sa voix à Sox, tandis que Lyna Khoudri (The French Dispatch…), Tomer Sisley et Jean Barney complètent l’ensemble. 

En conclusion, Buzz l’Éclair est surprenant car le film ose s’émanciper de la tonalité gaie des Toy Story en proposant une aventure originale plus mature sur fond de science-fiction. Si le Ranger de l’espace était déjà votre jouet favori, vous allez adorer le découvrir dans son film À voir. 

PS : Ne partez pas trop vite, il y a 3 scènes bonus cachées pendant et après le générique

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