La Traversée : Un thriller audacieux mais fade

Pour son dernier film, Jérôme Cornuau (Les Brigades du Tigre) nous propose un thriller sinueux et éprouvant, adapté du roman “Parce que je t’aime” de Guillaume Musso. La Traversée se révèle être un film plutôt envoûtant avec une idée de départ originale, mais malheureusement le manque de rythme et les longueurs du film finissent par affadir l’ensemble.

Le pitch : Lola, la fille de Martin, disparaît mystérieusement alors qu’elle est en vacances avec sa mère sur une île écossaise. Deux ans plus tard, Lola est retrouvée mais semble traumatisée. Sur le chemin du retour, Martin fera tout pour découvrir la vérité…

Dès le départ, La Traversée nous entraîne dans un tourbillon émotionnel chavirant vertigineusement de la joie de vivre à l’angoisse en quelques minutes. Une telle entrée en matière était prometteuse, et la première partie ne démérite pas. Le film se met en place lentement, prenant le soin de développer son intrigue et de creuser ses personnages si différents et pour le moins mystérieux, à l’exception de Martin qui sera finalement le miroir du spectateur en nous faisant partager sa détresse et ses interrogations. C’est à travers ses yeux que nous découvrons le film, dans une atmosphère de plus en plus glaciale, brumeuse et parfois oppressante, forcés naviguer à vue dans cet univers remplis de secrets. Le scénario n’impose et ne privilégie aucune piste et laisse libre court à notre imaginaire cherchant à anticiper les évènements et à prédire le dénouement. C’est un choix intéressant et risqué car, vu le thème du film, nous sommes déjà préparés au pire. Chaque scène est disséquée afin de percevoir le moindre indice et le film joue joyeusement avec nos nerfs et notre patience en laissant son personnage principal poursuivre son petit bonhomme de chemin dans le flou le plus total. La Traversée crée une tension omniprésente en intégrant un nouvel élément trompeur à chaque étape du film et tente de s’intensifier jusqu’au dénouement final…

Mais voilà, à force d’errer dans un scénario volontairement évasif et peut-être trop ambitieux, les rebondissements se font rares et finissent par passer presque inaperçus. Beaucoup (trop) de longueurs, trop de silences voulus énigmatiques et des bouts de réponses qui restent en suspens… Si au début du film, ce suspens alambiqué amuse, on finit par être lassés. Cela aurait pu marcher si le film donnait l’impression d’avancer, mais au contraire, La Traversée stagne sérieusement en eaux troubles. Malgré une mise en scène intéressante et un superbe travail sur les couleurs qui s’harmonisent avec le ton de l’histoire, Jérôme Cornuau nous déstabilise en cours de route en lorgnant parfois du coté de l’épouvante de très près sans pour autant aller jusqu’au bout.

Finalement, de manière assez inattendue, le dénouement intervient, sans prévenir (fini de jouer, voilà la vérité !), complexe et surprenant, mais malheureusement trop tardif pour être captivant et provoquer l’effet de surprise et de soulagement tant espéré. L’effet du pétard mouillé, donc…

D’ailleurs, pendant que le film s’éternise, les détails négatifs finissent par sauter aux yeux, comme les réactions des personnages qui manquent de naturelles (comment Lola arrive-t-elle à constamment échapper à la surveillance de son père, qui, rappelons le, ne savait pas où elle était pendant deux ans ?) et le stoïcisme du couple en découvrant la vérité.

La Traversée aurait largement gagné à couper quelques scènes inutiles et à rythmer un peu plus son scénario, bien écrit mais malheureusement trop plat et inerte, comme si on cherchait maladroitement à combler les trous pour faire durer le film le plus longtemps possible. Résultat, sur 97 minutes de film, il n’y en a que 60, à tout casser, de réellement séduisantes.

Coté acteurs : Michaël Youn, la star du film et choyé par la caméra, incarne Martin sobrement et dans la retenue. Il devient de plus en plus agréable à suivre une fois qu’on se débarrasse de l’impression qu’il va sortir une blague en plein milieu. Un genre intéressant pour ce personnage habitué aux clowneries et qui, à mon avis, est attendu au tournant. Dommage qu’il est l’air déguisé en adulte pendant tout le film… A ses cotés, Fanny Valette dans le rôle de Norah, mystérieuse et provocatrice, un rôle compliqué et fantasque qu’elle a su rendre crédible. Emilie Dequenne est également à l’affiche, mais reste au second plan tant son personnage n’est pas mis en valeur.

En conclusion, La Traversée est finalement loin d’être un thriller réussi mais à tout de même le mérite d’être un film à la fois franc, appliqué (peut-être trop du coup) et authentique.

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