De Guerre Lasse : Nerveux et captivant

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Dur et explosif, De Guerre Lasse est une virée éprouvante au cœur d’une Marseille transfigurée et violente. Olivier Panchot livre un drame familial noir et nerveux, dont les secrets déchirent un univers fébrile et prêt à basculer. Même si quelques longueurs viennent souvent affaiblir le rythme, De Guerre Lasse n’épargne rien ni personne, grâce à son scénario dense et ses personnages constamment sur la brèche et à vif, à travers une course contre la montre tragique et captivante.

Le pitch : Alex, fils d’un caïd pied-noir marseillais, s’est engagé dans la Légion pour échapper à un règlement de compte avec la mafia Corse… 4 ans plus tard, Alex déserte et revient sur Marseille pour retrouver Katia, son amour de jeunesse. Mais en ville les rapports de force ont changé : son père s’est retiré des affaires, laissant les Corses et les gangs des Quartiers Nord se partager le contrôle de la ville. La détermination d’Alex va bouleverser cet équilibre fragile au risque de mettre sa famille en danger…

Parmi les genres cinématographiques dans lesquels le cinéma français réussit toujours à créer la surprise, le drame est, selon moi, en tête de liste et Olivier Panchot le confirme avec De Guerre Lasse.
Pour son nouveau film, Olivier Panchot se penche sur un sombre secret de famille tentaculaire, débouchant sur de nombreuses intrigues dépendantes et entremêlées. Ainsi, dès les premières minutes, De Guerre Lasse nous happe dans une trame haletante et enragée, qui révèle ses enjeux au compte-goutte et à coup de règlements de comptes. Tel un circuit de dominos, chaque rencontre entraîne une réaction en chaîne, révélant une nouvelle partie du mystère qui entoure le personnage d’Alex, bousculé entre un mental traumatisé par la guerre et sa quête déterminée, solitaire et dangereuse.
Dans les quartiers corrompus d’une Marseille omniprésente, à la fois réaliste et fantasmée, De Guerre Lasse prend aux tripes et s’enfonce dans une spirale infernale, dont la tension s’épaissit de scène en scène. Entre divertissement pur et film personnel, Olivier Panchot explore chaque intrigue avec précision, quitte à franchir la limite du raisonnable. Souvent excessif, De Guerre Lasse trouve néanmoins une certaine logique au cœur de cette violence extrême, fidèle au polar poisseux, surtout grâce aux relations tendues entre ces personnages marqués par des non-dits destructeurs. Le film parvient à nous entraîner dans son univers propre, grâce à une trame légèrement inspirée par l’actualité, sans jamais virer à la parodie désagréable.

Cependant, Olivier Panchot a du mal à maîtriser son ambition, notamment au niveau du scénario. De Guerre Lasse souffre d’une intrigue trop chargée et maladroite, car à travers le drame familial intimement lié à des affaires douteuses, le film tente de développer plusieurs choses en parallèle, sans vraiment oser se lancer. En effet, Olivier Panchot inscrit ses personnages dans un cadre encore meurtri par la guerre entre la France et l’Algérie, tout en dénonçant, à travers le personnage d’Alex, l’implication de la France en Afghanistan. Cela fait beaucoup et finit par peser sur le rythme du film, puis qu’il s’attarde trop souvent sur des aspects de l’histoire qui aurait pu (et dû) être effleuré ou approché différemment, créant ainsi une ambiance parfois déprimante qui risque de laisser son public sur le carreau.

Coté acteurs, Jalil Lespert (Des Vents Contraires, Yves Saint Laurent…) est surprenant dans ce rôle très difficile, tant il réussit à faire passer ses émotions, une fragilité très fébrile à travers un personnage quasiment neurasthénique et pourtant fascinant. À ses cotés, on retrouve Tchéky Karyo (Taking Lives, Les Lyonnais…), impeccable dans un rôle intéressant de gangster retraité, rappelant parfois un Bob (Nikita) ou un de ces flics ripoux qu’il a pu incarner auparavant (Dobermann, Le Baiser Mortel du Dragon…). Mhamed Arezki (Mohammed Dubois, Cheba Louisa…) est un peu en retrait mais reste juste dans son rôle de caïd et Sabrina Ouazani (La Source des Femmes, Le Passé…) apporte une touche de douceur bien mérité dans cet univers de brut, tandis que Hiam Abbass (Rock The Casbah…) est malheureusement transparente.

En conclusion, De Guerre Lasse est un de ces films noirs et à fleur de peau dont on ne ressort pas indemnes. Olivier Panchot réalise une œuvre percutante qui, malgré ses quelques longueurs, réussit à nous immerger du début à la fin sans aucun effort. À voir.

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