Cogan : Le polar dépressif

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Une mise en scène originale et étonnante, une pelletée d’acteurs talentueux et pourtant Cogan se révèle être aussi passionnant que la salle d’attente d’un psychanalyste. Entre longueurs interminables et blablas inutiles, Andrew Dominik nous propose un film bancal aux trésors malheureusement inexploités.

Le pitch : Lorsqu’une partie de poker illégale est braquée, c’est tout le monde des bas-fonds de la pègre qui est menacé. Les caïds de la Mafia font appel à Jackie Cogan pour trouver les coupables. Mais entre des commanditaires indécis, des escrocs à la petite semaine, des assassins fatigués et ceux qui ont fomenté le coup, Cogan va avoir du mal à garder le contrôle d’une situation qui dégénère…

Sur fond de crise financière et de débats politiques plein d’espoir, Cogan dénote par la noirceur et la profonde mélancolie qui s’en dégage. Entre les petites frappes sans jugeote et les assassins névrosés, le film dépeint un monde incertain et sur le déclin où même les “vilains” ne sont finalement que des êtres humains avec leurs craintes et leurs doutes. Un angle troublant et inhabituel dans ce genre de film, mais qui aurait pu marcher.

Après un début plutôt intéressant mixant action, suspens et un peu d’émotions, le film plante un décor attractif en nous présentant différents personnages aussi détonants les uns que les autres et une situation pour le moins explosive, ce qui n’est pas sans rappeler l’univers délirant de Guy Ritchie (avant Sherlock Holmes) et autres Quentin Tarantino. La première partie du film ne manque pas de rythme, entre le braquage, l’arrivée de Cogan et tous les soupçons qui se tournent vers le propriétaire du tripot, Andrew Dominik nous tient à la gorge et nous enferme dans une intrigue à la tension palpable, entre poussées d’adrénaline, comique de situations et des dialogues écrits avec finesse et humour.

Malheureusement, cela ne va pas durer. Après une très bonne montée en puissance et des bases solidement posées, Cogan se perd soudainement au milieu de ses personnages et change constamment de point de vue, ce qui provoque un certain déséquilibre  De quel coté sommes-nous sensés aller ? Du coté de Cogan ? Des autres malfrats en danger ? Ou de ceux qui se sont fait braquer ?

En pensant bien faire et lier l’atmosphère, déjà bien lourde, du film aux personnages, Cogan s’enfonce dans une longue psychanalyse assommante et décide d’en allonger quelques-uns sur le divan pour les faire parler. Cela aurait pu fonctionner si ce déballage n’était qu’anecdotique et explicatif, mais nous nous retrouvons rapidement perdu au milieu de confessions totalement hors-sujet et qui ne seront pas exploitées par la suite. Du coup, où est l’intérêt ?

A force de trop vouloir en faire, Cogan perd le fil et le spectateur ne sait plus de quel pied danser. D’un coté, il y a un personnage magistral et cohérent (Cogan) et de l’autre, une ribambelle de malfrats désabusés, chacun traînant leurs casseroles. L’idée de réaliser un film presque choral n’était pas mauvaise, c’est simplement qu’ici, elle n’est pas maîtrisée.

Pourtant, à coté de tout cela, Cogan nous propose une mise en scène superbe et réfléchie qui colle finalement (et incroyablement) bien avec le ton indécis du film. Génie insoupçonné ou heureux hasard ? En effet, si Cogan n’arrive pas à se fixer sur un de ses personnages, la réalisation colle parfaitement à ce choix et nous offre des moments particulièrement originaux, notamment la première mise à mort de Cogan toute en slow-motion, incroyablement douce (comme l’indique le titre original du film, Killing them softly) et paradoxalement très violente et cruelle. D’ailleurs, cette scène semblait donner le ton du film, mais ce ne sera finalement qu’une exception, dommage. Le coté sombre du film renforce la noirceur du sujet mais aussi de l’époque incertaine pendant laquelle évoluent nos protagonistes, la photographie est impeccable, glacée et métallique. Autre point positif également, c’est la bande originale du film, lancinante et douce à la fois, reflétant aussi l’esprit du film.

Au final, Cogan n’est pas le thriller escompté : la plupart des personnages manquent d’envergure, la story-line ne cesse de changer, très (trop) peu de violence pour un film de ce genre déstabilise et surtout, l’intrigue tourne court pour devenir attendue et prévisible. Cogan perd tellement de temps à humaniser et à fragiliser ses personnages, que ce qui devait être un polar noir devient finalement un drame empreint de mélo et tristouille. La complexité et l’ambiguïté du personnage principal sont noyées parmi les petits bobos des autres. Aucun twist final ne viendra égayer le film qui se déroulera sans surprise, tout en jetant, par ailleurs, un voile sur ce qu’est devenu un des personnages. Autant de blablas et d’hésitations pour en arriver à un résultat aussi fade, c’est très décevant, d’autant plus qu’il y a avait tout pour faire de Cogan un film à la fois obscure, visqueux comme on les aime et haletant. L’image du gangster infaillible sans foi ni loi en prend un coup.

Cotés acteurs : Brad Pitt nous livre une prestation superbe, c’est vraiment LE point fort du film, car son personnage à la fois cohérent, classe et charismatique est renforcé par le talent de cet acteur qui ne cessera jamais de nous étonner. En face, Ray Liotta étonne dans un personnage secondaire qui deviendra soudainement très attachant. Ce qui n’est pas le cas de Scott McNairy (Argo, 2012) et Ben Mendelson (Animal Kingdom en 2010, The Dark Knight Rises en 2012 et prochainement dans The place beyond the pines en 2013), qui auraient du être, selon moi, les deux personnages à suivre du film. Au début sympathique, l’intérêt de leurs personnages s’effiloche petit à petit pour disparaître. De leurs cotés, si James Gandolfini et Richards Jenkins, deux habitués du genre également, sont excellents, on ne pourra pas en dire autant de leurs personnages, l’un dépressif et inutile, l’autre stoïque et… hmm… inutile.

En conclusion, Cogan brille par une réalisation magnifique et par sa volonté de vouloir revisiter un style déjà usé jusqu’à la corne mais échoue à nous entraîner dans son sillage, notamment à cause d’une gestion hasardeuse de ses personnages. Le résultat n’est donc pas mauvais, mais il n’est certainement à la hauteur de mes attentes (surtout quand il s’agit d’un film nominé au Festival de Cannes 2012).

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Synopsis : source allocine.fr

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