Bien décidé à piétiner l’image de la gentille famille américaine bon chic bon genre, Les Miller, Une famille en herbe est une comédie efficace, anti-conventionnelle et à l’humour parfois potache qui réussit à souvent surprendre sous ses airs de road trip farfelu. Cependant, en explorant les travers des comédies familiales, le dernier film de Rawson Marshall Thurber (Dodgeball : Même pas mal ! en 2004) finit par souffrir des mêmes symptômes lorsqu’il tente de lisser son image limite vulgos avec des bons sentiments positifs et une romance fabriquée. Trash, oui, mais pas trop… Malgré un traitement paradoxal et hésitant, Les Miller, Une famille en herbe reste une comédie divertissante, légère et gentiment rebelle. Sauf que le bêtisier diffusé au début du générique de fin est bien plus fun que le film en lui-même…
Le pitch : David Burke est un dealer à la petite semaine et il a la belle vie : des clients fidèles et aucune responsabilité. Jusqu’au jour où il se fait voler tout son butin par trois agresseurs et qu’il se voit contraint de rembourser sa dette. Son fournisseur lui impose une cargaison à aller récupérer au Mexique. David, n’ayant pas le choix, décide de s’inventer une famille parfaite pour passer la frontière sans problème. Mais quand on est entouré d’une strip-teaseuse, d’une fugueuse et d’un garçon pas très dégourdi, le voyage se révèle bien plus difficile que prévu…
Dans une introduction plutôt scolaire, le film démarre avec les présentations, en passant en revue les anti-héros de son film. Véritable pied de nez aux comédies familiales ordinaires, Les Miller (…) prend un malin plaisir à s’attarder sur les défauts de ses personnages caricaturaux, ou plutôt de leurs étiquettes, du dealer opportuniste et lâche à la jeune adolescente rebelle, en passant par la strip-teaseuse un poil paumée. Si le film ne va à aucun moment chercher à approfondir le parcours de chaque protagoniste, à mon plus grand regret, c’est l’écriture à quatre mains des scénaristes de Serial Noceurs, entre autres, et la verve de Jason Sudekis qui feront vivre le film en s’amusant autant des clichés que des situations improbables que notre famille créée de toutes pièces va devoir surmonter. Alors que la mission était sensée être simple, Les Miller multiplie les rebondissements et nous embarque dans une aventure extravagante, pas vraiment crédible certes, mais suffisamment divertissante et rythmée pour nous accrocher. Pas le temps de s’ennuyer avec Les Miller qui, entre les rencontres excentriques et leurs mésaventures avec la faune « locale », doivent également échapper à de vrais criminels et convoyer deux tonnes de drogue jusqu’à un infâme revendeur. Truffés de gags à la minute et de dialogues inspirés, Les Miller met en scène les relations tendues de cette famille détonante, aussi drôle en roue libre et brute de décoffrage, que lorsqu’elle tente d’imiter la famille parfaite et, accessoirement, de sauver leur peau. Cependant, pour quelques scènes réellement hilarantes, il faudra faire avec beaucoup de moments téléphonés et prévisibles qui gâchent un peu le plaisir.
En effet, dans sa volonté de plaire à un large public et malgré le ton trashouille du film, Les Millers oscille entre le politiquement correct et la vulgarité en permanence, mais ne peut toutefois s’empêcher de faire passer la pilule avec un soupçon de romance attendue et un semblant de solidarité qui ont tendance à sonner faux. En effet, si le film tente vaguement de se dévergonder en usant des gros mots, des blagues potaches et des allusions sexuelles, bref tous les ingrédients de la teen-comédie depuis American Pie, le manque d’assurance ou trop plein de frilosité empêche Rawson Marshall Thurber d’exploiter ses idées jusqu’au bout. Quitte à tirer de temps en temps sur la corde sensible, en savoir un peu plus sur Casey, l’adolescente clocharde, et Kenny, le gamin peu dégourdi cordialement surnommé « le puceau » (comme si cela suffisait à décrire une personnalité…), aurait peut-être pu faire fonctionner le semblant de mécanique familiale auquel on essaie vainement de nous faire croire petit à petit. Au lieu de ça, le film se contente ne nous servir de l’émotion aseptisée en reprenant des stratagèmes basiques pour coller les morceaux à la hâte (l’entente père/fils d’un coté, mère/fille de l’autre), tout rappelant constamment les étiquettes de chaque personnage à tour de bras (dealer, strip-teaseuse, puceau et fugueuse) sans jamais creuser plus loin. De plus en plus paradoxal, le film continuera d’hésiter jusqu’au bout (« on est une famille », « oui mais c’est nul une famille… »). Finalement, en s’inspirant largement des teen-comédie, Les Miller semble être une véritable ode à la crise d’adolescence !
Le personnage de Jennifer Aniston en est finalement le parfait exemple, sur-vendu en tant que strip-teaseuse ultra sexy, le résultat est à l’image du film car on se retrouve avec une actrice qui se dandine en sous-vêtements et qui joue à la mauvaise fille, mais finalement avec zéro crédibilité car bien trop proprette. Même les gamines de Spring-Breakers ont plus d’allure, c’est dire…
Le résultat est donc très superficiel et peu ambitieux, mais réussit finalement à sauver les apparences en offrant de rares séquences d’exception et en se donnant des airs de comédie délurée, ce qui réussira peut-être à faire illusion.
Coté casting, justement, Jason Sudekis (Saturday Night Live, 30 Rock et second rôle dans quelques comédies romantiques comme Bon à tirer et Trop loin pour toi) assure en grande partie le show en incarnant un personnage pourtant égoïste et détestable avec beaucoup de second degré. Jennifer Aniston qui, depuis quelques temps, a tendance à montrer la marchandise dans ses derniers films (Comment tuer son boss ?, Le mytho – Just go with it) ce qui, d’une part, ne lui ressemblait pas trop jusqu’à présent et, d’autre part, a plus l’air d’air un message à peine voilé (« dans ta face, Brad »). En dehors de sa plastique de rêve, Aniston ne parvient pas vraiment à se lâcher (première scène coupée brutalement) et surjoue beaucoup, notamment lors de scènes en commun avec Jason Sudekis.
A leurs cotés, Emma Roberts (Scream 4, American Horror Story…) et Will Poulter (Monde de Narnia : l’odyssée du passeur d’Aurore) interprètent les enfants de cette famille hors-normes sans vraiment se démarquer – sauf peut-être pour Will Poulter dont le personnage morfle un peu… beaucoup !
Ed Helms (Very Bad Trip) est, comme à l’accoutumée, hilarant dans un rôle étonnant, tandis que Tomer Sisley fait une apparition rapide et oubliable.
En conclusion, Les Miller, Une famille en herbe fait passer un bon moment, drôle et divertissant, mais à cause de son manque d’ambition, le film perd un peu de son originalité et de sa fraîcheur. Drôle, certes, mais ce n’est certainement pas l’éclate de l’année… Ni même de l’été d’ailleurs.


