[CRITIQUE] Le Secret des Marrowbone, de Sergio G. Sánchez (+explications)

*** Spoilers et explications en fin d’article***

Le pitch : Pour ne pas être séparés, Jack, 20 ans, et ses frères et sœurs plus jeunes, décident de cacher à tout le monde le décès de leur mère qui les élevait seule. Ils se retrouvent livrés à eux-mêmes dans la ferme familiale isolée, mais bientôt, d’étranges phénomènes indiqueraient qu’une présence malveillante hante leur unique refuge…

Après avoir fait ses armes en tant que scénariste, notamment auprès de Juan Antonio Bayona pour L’Orphelinat (2007) et The Impossible (2012), Sergio G. Sánchez passe derrière la caméra pour son premier film. À travers un secret de famille trouble qui maintient en haleine, Le Secret des Marrowbone propose un film d’ambiance noir et hors du temps, en cultivant un mystère épais et captivant. Parfois un poil lent et peu subtil dans son traitement, le film de Sergio G. Sánchez tisse un thriller haletant qui prend racine dans cette cellule familiale où chaque membre est plus qu’énigmatique et l’atmosphère de plus en plus inquiétante. Entre les non-dits, la superposition des secrets et un gap temporel en ouverture du film, Le Secret des Marrowbone parvient à maintenir l’intérêt jusqu’au bout, en nous faisant saliver le temps de découvrir le twist final.

Pourtant, il y a comme un couac. Si Sergio G. Sánchez a bien travaillé avec Bayona et ça se voit, car ce dernier a bien inspiré l’esthétisme du film, qui cohabite avec quelques références au cinéma d’Alejandro Amenábar. La photographie austère et blanche, la mise en scène et certains aspects déjà vus chez d’autres mettent la puce à l’oreille concernant l’intrigue principale trop tôt. En effet, les plus avertis risquent de deviner très rapidement le mystère qui entoure cette famille étrange, notamment si vous avez l’habitude de voir ce genre de film – ce qui est mon cas. Du coup, Le Secret des Marrowbone ne m’a pas vraiment emballée dès le départ, puisque j’avais compris l’un de ses twists principaux, mais heureusement Sergio G. Sánchez ne déçoit pas à travers une conclusion aboutie. En effet, même en ayant compris le principal, certaines questions primordiales restent en suspens, et c’est lentement mais sûrement que Le Secret des Marrowbone finit par y répondre, avec un dernier rebondissement à la fois choquant et inattendu qui intensifie le malaise ambiant et l’aspect mélancolique du film, tout en satisfaisant largement la curiosité du spectateur avec une issue solide, compréhensible et crédible.

Au casting, beaucoup de « jeunes pousses » connues qui, étonnamment, reprennent des rôles assez similaires à ceux qui les ont fait connaitre récemment. En effet, George MacKay (Pride…) retrouve un rôle de grand frère dévoué à sa famille, comme dans Captain Fantastic ; Mia Goth (Nymphomaniac : Volume 2, Everest…) conserve une présence gothique, fragile et évanescente, comme dans A Cure For Life ; Charlie Heaton (Oppression…) reste un adolescent nerveux et impulsif qui colle peut-être plus avec son look (il rappelle un jeune Dane Dehaan, d’ailleurs) qu’à son personnage dans Stranger Things et enfin Ana Taylor-Joy (Morgane, Split, The Witch…), au risque de trop en dévoiler, semble avoir trouver sa spécialité (attention, c’est également un des points qui m’a mis la puce à l’oreille concernant ce film). Autour d’eux, j’ai découvert le jeune Matthew Stagg et Kyle Soller (Fury…).

En conclusion, Sergio G. Sánchez livre un film oscillant entre le thriller psychologique et le drame familial – plutôt que l’horreur. Le Secret des Marrowbone est une découverte en demi-teinte : les plus chanceux qui n’auront pas deviner le fameux secret passeront un moment probablement angoissant grâce à une trame affûtée, lente mais efficace, tandis que les plus observateurs devront attendre le dernier tiers pour saluer la globalité du film. À voir.

***SPOILERS (mettre le texte en surbrillance pour le lire)***

[SPOILERS] Voici les indices qui m’ont fait comprendre que le personnage George MacKay, Jack, était le seul être vivant parmi la fratrie (sauf que je pensais que les autres étaient des fantômes) :
D’abord, il y a la ressemblance esthétique avec le film L’Orphelinat, que Sergio G. Sánchez a écrit, dans lequel on découvre que la vérité est à l’intérieur de la maison. Ensuite, le deuxième indice, c’était le fait de couvrir les miroirs : forcément, cela fait penser au film Les Autres d’Alejandro Amenábar, ou encore au film La Porte des Secrets de Iain Softley. Généralement, dans un film d’épouvante/horreur : quand les miroirs d’une maison sont couverts, cela signifie que leur reflet ou l’absence de reflet pose problème (et ce sont soit des vampires, soit des fantômes).
Le moment où j’ai été sûre que les 3 autres frères et sœur étaient en fait morts, c’est quand le personnage de Kyle Soller (Tom) vient réclamer la signature de la mère sur des papiers. Avant qu’il arrive, la fratrie s’agite et manigance un stratagème allant jusqu’à l’empoisonner au cas où, pourtant, quand Jack retourne dans la maison et laisse Tom seul, ce dernier entre et… la maison semble vide. Où est passé le gamin ? Et l’autre frère qui avait préparé le poison ? Si la sœur était entrain de signer les papiers, son absence à l’image est compréhensible, mais celle des deux autres frères est étrange.
Au final, quand le personnage de Charlie Heaton, Billy, est blessé par le monstre dans le grenier, on voit bien que Jack est mal en point de la même façon mais la caméra se garde bien de le filmer entièrement (même si on remarque tout de même sa blessure furtivement). Quand Jack s’effondre, Billy est encore plus mal. La coïncidence était trop énorme.

Voici donc l’explication du film : la famille a fui le père, un criminel endurci qui les a terrorisé quand ils vivaient en Angleterre, pour venir se cacher dans cette maison et oublié leur passé. Au passage, ils ont volé une partie du butin du père que la mère a caché à ses enfants, jusqu’au moment où elle va mourir et qu’elle confesse ce qu’elle a fait à Jack. Plus tard, alors que les enfants sont tranquilles, un coup de feu retentit : c’est le père qui les a retrouvé. Jack se précipite avec l’argent pour tenter de repousser son père et le calmer, mais cela tourne mal et ils se battent. Jack lui plante un couteau dans la gorge et tente de s’enfuir, son père le rattrape et Jack tombe, se cogne la tête et s’évanouit. Pendant ce temps, le père arrive à la maison où les 3 autres enfants sont cachés dans le grenier. Sa blessure au cou rend sa respiration sifflante (c’est le bruit flippant qui hante le film tout du long). Le film ne le montre pas, mais le père tue les enfants et se retrouve coincé dans le grenier (probablement affaibli par sa blessure). Quand Jack se réveille, il est trop tard. En entrant dans la maison, il appelle ses frères et sœur, en vain, et comprend qu’ils sont morts et que son père est à l’intérieur. Complètement choqué et traumatisé, il tente de se suicider mais son esprit choisit de dériver et de sombrer dans la folie. Jack développe alors un dédoublement de personnalité pour maintenir ses frères et sœur en vie dans sa tête, puis emmure son père dans le grenier qui va y rester en se nourrissant des animaux qui s’y aventurent… jusqu’au twist final 6 mois plus tard.
Évidemment, le personnage d’Ana Taylor-Joy, Allie, découvre la vérité en même temps que le spectateur et ne se doutait de rien puisqu’elle les avait tous rencontré au début du film. Ce qui est marrant, c’est que l’actrice était dans Split, de M. Night Shyamalan, l’année dernière. Forcément, c’était louche 😀 [/SPOILERS]

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