12 Years A Slave : un casting exceptionnel, un film bouleversant

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Fort et bouleversant, 12 Years A Slave relate l’histoire aussi étonnante que révoltante basée sur l’autobiographie de Solomon Northup. Avec son approche directe et mordante, Steve McQueen réussit à transmettre l’horreur de l’esclavage à travers un film humble et magnifique. Si la performance de Chiwetel Ejiofor prend aux tripes, c’est sans nul doute Michael Fassbender et Lupita Nyong’o qui rendent ce film aussi douloureux qu’incroyablement beau. Après avoir reçu le Golden Globe du Meilleur film dramatique, espérons que 12 Years A Slave sera récompensé aux Oscars 2014

Le pitch : Les États-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession. Solomon Northup, jeune homme noir originaire de l’État de New York, est enlevé et vendu comme esclave. Face à la cruauté d’un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité.

L’esclavage ou la condition des Afro-américains aux Etats-Unis a rarement été évoquée au cinéma. Ces dernières années, en dehors du film Django Unchained de Quentin Tarantino qui avait une approche particulière, les autres films récents (La Couleur des Sentiments, Le Majordome…) ont toujours eu cet aspect moralisateur, un tantinet larmoyant, en dramatisant le tout avec une dose poussive de pathos souvent inutile. Pourtant, selon mon souvenir, seule la série télé Racines, menée par son héros Kunta Kinte, avait osé mettre en scène l’inavouable et lever le voile sur une vérité beaucoup moins romancée. C’est dans cette voie que se glisse 12 Years A Slave… Brut, sans détour et implacable, 12 Years A Slave ne cède pas à la morale et ne dresse jamais son héros en tant que porte-parole, mais bien en tant que victime, forcée à survivre dans des conditions extrêmes du jour au lendemain. Le film dénonce une pratique abominable, le kidnapping d’hommes libres pour les revendre en tant qu’esclave, et érafle une fois de plus une partie de l’histoire américaine déjà bien amochée, un an après le très acclamé Lincoln, de Steven Spielberg. Plutôt ironique, non ?

Ici, il n’est pas question de faire pleurer dans les chaumières, au contraire 12 Years A Slave s’écarte rapidement de ce piège et se consacre uniquement à la survie de son héros, arraché de son cocon bienheureux et plongé dans un enfer où la liberté la plus élémentaire lui est retirée. Le plus dur dans 12 Years A Slave, c’est d’observer la lente décomposition du personnage principal, qui petit à petit perd espoir et se soumet à sa nouvelle condition. Chaque scène enfonce un peu plus le clou, non pas en essayant de choquer agressivement, mais en dépeignant une normalité sordide, où l’indifférence et la soumission des esclaves deviennent aussi révoltantes que l’inhumanité des esclavagistes. Le but n’est pas de marquer la différence entre le bien et le mal (c’est trop évident), Steve McQueen adapte une histoire poignante avec un recul glacé, brillant et observateur, ce qui ne fait qu’accentuer le sentiment d’indignation qui filtre à travers le film, car avant d’évoquer une quelconque liberté, il faut avant tout survivre. Le récit de Solomon Northup est parfois démoralisant car bien trop lucide, puisque le héros de l’histoire va tout faire pour sauver sa peau, devenant parfois complice malgré lui.
Asservissement, humiliation, cruauté… De minute en minute, 12 Years A Slave nous plonge dans une désespoir total et de plus en plus opaque, avec une honnêteté qui n’épargnera personne. Et pourtant, malgré un sujet aussi lourd, Steve McQueen réussit superbement à nous emmener jusqu’au bout, grâce notamment à un casting exceptionnel, mais surtout grâce à cette justesse subtile qui lui permet de trouver l’équilibre idéal entre l’horreur et le voyeurisme malsain. L’ensemble du film est incroyablement sobre comparé à la puissance de son message, on en oublierait presque la caméra tant 12 Years A Slave s’attarde sur chaque scène, sans jamais en perdre une miette. La mise en scène est puissante, on se laisse embarquer sans effort dans ce récit psychologiquement douloureux jusqu’au moment où le réalisateur assène le coup de grâce, lors d’une scène symbolique filmée en plan-séquence (sans interruption) dans laquelle chaque coup de fouet agit comme un électrochoc.

Après Hunger (2008) et Shame (2011), Steve McQueen relève un défi de taille en se penchant sur un sujet douloureux. Dans 12 Years A Slave, l’esclavage est abordé avec un angle incisif et un réalisme parfois insoutenable. La complexité de ces personnages chamboulent nos émotions, si bien que le plus cruel d’entre eux finit par inspirer de la pitié, tandis que notre héros a parfois tendance à taper sur les nerfs. Au fur et à mesure que le film avance, on pourrait finir par se demander qui est véritablement l’esclave : celui qui a les pleins pouvoirs mais qui est finalement prisonnier de sa conscience ou de ses pulsions… ou celui qui ne perd jamais espoir ?

Au casting : Chiwetel Ejiofor (2012, Salt…) tient probablement le plus beau rôle de sa carrière et livre une performance superbe. A ses cotés, Lupita Nyong’o fait une entrée fracassante dans le monde du cinéma et décroche, dès son premier rôle, une nomination aux Golden Globes (raflée par Jennifer Lawrence) et une autre aux Oscars 2014. A noter également, Benedict Cumberbatch (Star Trek Into Darkness, Le Hobbit : La Désolation de Smaug…) et Sarah Paulson (Mud – Sur les Rives du Mississipi), tous les deux excellents dans des rôles légèrement en retrait, ainsi qu’un Paul Dano (Prisoners) impeccable qui restera en mémoire avec sa comptine affreuse. Brad Pitt (World War Z, Cartel) et Paul Giamatti (prochainement Dans L’Ombre de Mary) sont également de la partie et il faudra être attentif pour remarquer la jeune Quvenzhané Wallis (Les bêtes du Sud Sauvage, la plus jeune nominée aux Oscars en 2013 dans la catégorie Meilleure Actrice – prix raflé par… Jennifer Lawrence !).
Pour sa troisième collaboration avec Steve McQueen après Hunger et Shame, Michael Fassbender (X-Men : First Class, Prometheus, Cartel…), quant à lui, est indéniablement le personnage le plus captivant du film grâce à son personnage monstrueux et une interprétation magistrale pour laquelle il a également été nominé aux Golden Globes (prix remis à Jared Leto) ainsi qu’au Oscars 2014.

En conclusion, 12 Years A Slave est définitivement une œuvre marquante, probablement l’un des films les plus poignants sur l’esclavage où la notion de survie prend tout son sens. L’œil scrutateur et la précision de Steve McQueen donne vie à des personnages captivants, souvent détestables mais malgré tout humains dans toutes leurs contradictions et leurs défauts. Il faut également saluer le casting phénoménal et la bande originale signée Hans Zimmer. Superbe.

And when I poke you there, does it hurt?

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