Comédie, Romance

[CRITIQUE] La Poupée, de Sophie Beaulieu

Le pitch : Rémi ne s’est jamais remis de sa dernière séparation. Depuis, il s’est mis en couple avec une poupée, c’est plus simple. Elle s’appelle Audrey. Le jour où Patricia, une nouvelle collègue, arrive dans l’entreprise de Rémi, Audrey va mystérieusement prendre vie.

Des histoires de relations homme-poupée, le cinéma en a déjà vu passer quelques-unes, de Monique de Valérie Guignabodet en 2002 à Une Fiancée Pas Comme les Autres de Craig Gillespie en 2007. Derrière ce concept un peu perché, il est toujours question de solitude, de relations amoureuses et du sentiment d’inadéquation du personnage principal face au monde qui l’entoure.

Le premier long-métrage de Sophie Beaulieu s’inscrit clairement dans cette lignée, alors qu’une poupée sexuelle prend vie au moment où le héros rencontre une femme qui lui plait en chair et en os. Une fois passée la surprise, puis le rêve éveillé de voir son fantasme prendre vie, La Poupée va rapidement bousculer son personnage principal en le confrontant aux attentes sexistes qui pèsent sur les femmes dans une relation hétéronormée. Initalement conçue pour être la petite amie idéale, l’objet de fantasme va devenir une observatrice consciente qui vient perturber un équilibre factice, au moment où le héros aura l’occasion de redonner une chance à une véritable relation amoureuse.

Là où le film fonctionne bien, c’est dans sa capacité à suggérer plutôt qu’à démontrer. Sans jamais forcer le trait, l’écriture et les dialogues laissent entrevoir des choses plus profondes : la peur de l’échec amoureux, le besoin de contrôle et surtout l’influence d’un modèle parental bancal. Le personnage de la sœur, en opposition totale avec ces schémas, apporte un contrepoint intéressant, même si Sophie Beaulieu en fait parfois une caricature. Et c’est un peu là que La Poupée coince. Parce qu’à force de rester en surface, le film n’exploite jamais vraiment les thèmes qu’il soulève. Le féminisme qui traverse le récit reste timide, parfois même tourné en dérision à travers certaines touches d’ironie un peu faciles. Du coup, on ne sait jamais vraiment si le film critique ces dynamiques… ou s’il les contourne.

Avec sa durée courte (1h20), le récit avance vite, parfois trop, et finit par perdre en cohérence. La bascule vers la romance classique se fait de manière assez maladroite, comme si le film abandonnait en route son ton décalé pour rentrer dans quelque chose de plus balisé. Le dernier acte accentue ce sentiment, alors que les  (faibles) enjeux se simplifient et que certains choix de conclusion (notamment une certaine « transmission ») deviennent plus gênants que pertinents. J’aurai aimé que La Poupée assume son coté fantasque jusqu’au bout, plutôt que de céder à la facilité. C’est d’autant plus frustrant qu’on sent qu’il y avait matière à creuser, en mettant le personnage face à ses contradictions ou en explorant plus frontalement ce que cette relation artificielle dit de lui… mais non. Tout se résout un peu trop facilement, sans véritable remise en question.

Au casting : Vincent Macaigne (Maria, L’Origine du Monde, Le Sens de la Fête…) est, comme souvent, à l’aise dans ce type de personnage un peu ballot mais relativement attachant – si on omet le fait qu’il couchait avec une poupée grandeur nature, n’est-ce pas 😬
Autour de lui, Zoé Marchal (Les Lionnes, Coka Chicas…) délaisse un temps ses rôles un peu racaillous pour un personnage un peu plus nuancé, tandis que Cécile de France (Dalloway, La Passagère, Salade Grecque…) livre une performance sympathique mais nous a déjà habitué à mieux. À l’affiche également, on retrouve Gilbert Melki (Cat’s Eyes, Vendeur…) et Marianne Basler (Jeanne du Barry, Amanda…) en parents toxiques, tandis qu’Adèle Journeaux (Les Bracelets Rouges…), Souleymane Sylla (Je Te Promets…) ou encore Victor Bonnel (L’Épreuve du Feu…) complètent l’ensemble.

En conclusion, La Poupée reste une comédie romantique atypique, avec de bonnes intentions et quelques jolis moments d’écriture. Mais le film de Sophie Beaulieu donne surtout l’impression de passer à côté de son propre sujet à travers un récit un poil scolaire et finalement superficiel. À tenter.

Laisser un commentaire