Épouvante-horreur

[CRITIQUE] Le Réveil de la Momie, de Lee Cronin

Le pitch : Une petite fille disparue dans le désert égyptien réapparaît mystérieusement huit ans plus tard. Mais les retrouvailles tournent vite au cauchemar. Alors que son comportement devient de plus en plus inquiétant, sa famille se lance dans une course contre la montre pour comprendre l’origine du mal. Ce qu’ils vont découvrir dépasse tout ce qu’ils imaginaient.

Dans le registre des momies qui ne reposeront jamais en paix, celle issue du film original La Momie de Karl Freund sorti en 1932 n’a pas fini d’être réinventée. Après la triologie portée par Brendan Fraser, puis la tentative de résurrection du Monsters Universe des studios Universal avec Tom Cruise en 2017, vla-t’y pas que les studios BlumHouse propose leur propre reboot du film. Un reboot qui a connu quelques crises identitaires quand les studios Universal ont finalement décidé, eux aussi, de retenter le bordel en ajoutant un quatrième opus à leur franchise (celle avec Brendan Fraser, pas celle avec Tom Cruise… c’est compliqué). Bref, La Momie, puis The Resurrected, puis re-La Momie et en France c’est devenu Le Réveil de la Momie, bref on y est finalement arrivé. Pour le meilleur ou pour le pire.

Pour le pire, peut-être bien, car le réalisateur, Lee Cronin, n’est autre que le responsable du détestable Evil Dead Rise (2023) et autant vous dire que j’y suis allée à reculons, prête à quitter la séance s’il le fallait. La bande-annonce cochait absolument toutes les cases du film d’horreur paresseux : jumpscares en rafale, imagerie grossière, gamin possédé qui parle avec une voix sortie des enfers… bref, le bingo du déjà-vu sans âme.

Et pourtant… !
Peut-être parce que je n’en attendais rien, Le Réveil de la Momie réussit à surprendre. Pas à me terrifier, ni à me convaincre totalement non plus, mais à faire un peu mieux que le tout-venant horrifique actuel. Le scénario reste toujours le point faible : une succession de scènes qui avancent à marche forcée, sans vraie montée en tension ni installation de l’inconfort. Les fameux fusils de Tchekhov (le morse, les bandelettes…) sont posés puis déclenchés sans finesse, comme si le film déroulait un cahier des charges plutôt qu’une véritable narration. Résultat : le frisson reste désespérément hors-champ.

Mais contre toute attente, le film ne se résume pas qu’à ça. Lee Cronin prend malgré tout le temps de poser son intrigue, laissant émerger une forme de mystère progressif au lieu de tout balancer d’entrée. L’ambiance, elle, est plutôt bien travaillée : si la photographie tire vers quelque chose d’un peu terne, le sound design rattrape largement le coup, installant une atmosphère étrange, presque stressante, qui donne un peu de relief à l’ensemble. Le Réveil de la Momie profite du passage de Lee Cronin chez Sam Raimi, n’hésitant pas à plonger dans du gore bien cracra, à base de fluides douteux et/ou en décomposition. Ce n’est pas subtil, mais c’est efficace et surtout, ça marque.

Du coup, même sans vraie peur, Le Réveil de la Momie parvient à accrocher. Il y a suffisamment de petites idées visuelles et sensorielles pour maintenir l’attention, tandis que le dernier tiers a la bonne idée de ne pas être expédié en mode sprint final bâclé. Sur deux heures de film, c’est presque un exploit.
Évidemment, tout n’est pas pardonné pour autant. Le montage donne parfois l’impression que le film saute d’une scène à l’autre sans respirer, en zappant des conséquences pourtant importantes. Et au moment même où les personnages commencent à comprendre ce qui se joue, le récit accélère brusquement, révélant au passage que la menace aurait pu être bien plus active bien plus tôt. Frustrant… mais pas étonnant.

Finalement, contre toute attente, Le Réveil de la Momie s’en sort plutôt bien. L’ensemble n’est certainement par révolutionnaire et le déroulé fait l’effet d’une pâle ressucée de son Evil Dead Rise, mais ici, le style de Lee Cronin fonctionne un peu mieux. Peut-être parce que les films La Momie n’ont jamais vraiment été abordés sous l’angle horrifique (on était plus dans le registre action/aventure auparavant)… Toujours est-il que le film parvient à poser une ambiance sonore soignée et quelques partis pris gore qui pourraient bien vous faire poser votre pop-corn. Le Réveil de la Momie circa 2026 se distingue du flot de productions horrifiques interchangeables de ces dernières semaines. Et quand on part avec zéro attente… ça suffit presque à lui accorder un petit sursis !

Au casting : Jack Reynor (Un Couple Parfait, Midsommar, Mowgli : La Légende de la Jungle…) continue sa filmographie improbable et tire son épingle du jeu dans une performance peu demandeuse, aux côtés d’une Laia Costa (La Roue du Temps, Un Amor…) un poil plus paumée. La jeune Natalie Grace a la lourde tâche de porter la tension horrifique, tandis que May Calamawy (Gladiator 2, Moon Knight…), Verónica Falcón (Imaginary, Jungle Cruise…), Shylo Molina et Billie Roy complètent un ensemble relativement conquérant. À noter que Lily Sullivan (Evil Dead Rise…) participe brièvement à la fête.

En conclusion, Le Réveil de la Momie n’est ni la catastrophe annoncée, ni la résurrection tant espérée. Coincé entre un scénario moyen et quelques fulgurances sensorielles, le film de Lee Cronin avance en boitant mais refuse de s’écrouler totalement. Pas de quoi réveiller les morts… mais suffisamment pour éviter de sombrer avec eux. À voir.

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