Dallas Buyers Club : Impressionnant, touchant et inattendu

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Grand favori aux Oscars 2014, Dallas Buyers Club sort du lot. De la performance époustouflante des acteurs principaux à son sujet dénonciateur qui égratigne sérieusement l’industrie pharmaceutique américaine, le film de Jean-Marc Vallée surprend aussi bien par son ton sarcastique et désabusé, que par son récit incroyable et touchant. Dallas Buyers Club réussit à éviter le mélodrame classique malgré un sujet sinistre et pointe du doigt une époque et un système dépassés par les événements, à travers le parcours captivant d’un personnage charismatique et déterminé.

Le pitch : En 1986, à Dallas, un cowboy homophobe (Ron Woodroof) est diagnostiqué séropositif, il ne lui reste plus que 30 jours à vivre. Face à l’inefficacité de l’AZT (seul médicament antirétroviral autorisé sur le sol américain), il se lance dans la contrebande de médicaments alternatifs avec l’aide d’un séropositif transgenre (Rayon) et de leur médecin (Eve Saks). Ensemble, ils fondent le Dallas Buyers Club, premier des douze clubs qui permettront aux séropositifs américains de se fournir en médicaments antirétroviraux étrangers. Mais cela attire très vite l’attention des compagnies pharmaceutiques, qui vont alors tout faire pour stopper leurs activités.

Il en aura fallu du temps avant que Dallas Buyers Club ne voit le jour et, 20 ans plus tard, après de nombreux désistements, c’est finalement Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y., Café de Flore…) qui a su tirer son épingle du jeu.
Dès le début, Dallas Buyers Club nous scotche avec ce personnage détestable, arrogant et homophobe, avec sa panoplie parfaite du Texan le plus kitsch. En quelques minutes, le film dresse un tableau précis d’une époque pleine de préjugés, alors que le nombre des victimes du SIDA ne cesse de grandir, si bien que lorsque le couperet tombe, c’est la douche froide. Et derrière le décor, c’est l’incertitude la plus totale. Pourtant, au lieu de sombrer et de se laisser dépérir, Ron Woodroof va tout faire pour rester en vie. Démarre ainsi le parcours impressionnant d’un homme qui ne va jamais cesser de nous surprendre.

Dallas Buyers Club naît surtout d’une démarche purement égoïste qui va rapidement se transformer en une véritable cause : donner l’accès à un traitement efficace à toutes les personnes séropositives. En effet, le film dresse un constat terrible en dépeignant une époque où le SIDA était encore une maladie méconnue et « honteuse », que l’on assimilait à des pratiques « douteuses ». Le film dénonce l’impuissance des hôpitaux, souvent en désaccord avec un système défaillant dominé par une industrie pharmaceutique cherchant plus à souvent à rentabiliser ses médicaments qu’à les rendre utiles. Autant de facteurs qui vont pousser Ron Woodroof à se dépasser et, petit à petit, s’ouvrir aux autres presque inconsciemment.
En effet, au delà de cette critique ouverte envers une société mal-à-l’aise face à cette maladie, la force du film réside surtout dans l’évolution du personnage de Ron Woodroof, aussi subtile qu’extraordinaire. Dallas Buyers Club ne cherche pas à faire de son héros un saint, au contraire, car même atteint d’une maladie incurable il ne perd jamais le nord quand il s’agit de se faire de l’argent. Et pourtant, dès sa rencontre avec l’irrésistible Rayon, il va mettre instantanément ses a-priori de coté, d’abord par profit avant de devenir de plus en plus tolérant. Et c’est peut-être le message le plus important du film, finalement, et l’aspect le plus touchant de Dallas Buyers Club, qui réussit à aborder ce drame peu commun, en évitant de forcer le trait, malgré un sujet difficile et une issue inévitable, tout en respectant la personnalité fière et déterminée de cet homme qui, atteint d’une maladie incurable, se révèle être une véritable force de la nature.

Jean-Marc Vallée réalise un film riche et abouti, grâce à un scénario bien écrit et très crédible, basé sur des recherches en amont avec notamment une rencontre avec le véritable Ron Woodroof avant son décès. L’aspect technique (description et effets des médicaments) ne vient jamais empiéter sur les rapports humains qui sont mis en avant dans le film, Dallas Buyers Club n’est pas un film procédurier mais un drame humain, brillant et bouleversant. Une belle réussite qui est surtout due à deux acteurs stupéfiants.
Matthew McConaughey (Killer Joe, Mud : Sur Les Rives du Mississipi…) est incroyablement charismatique et stupéfiant, portant le film sur ses épaules. Après un parcours en dents de scie et plusieurs films romantiques décevants, depuis 2011 Matthew McConaughey démontre qu’il est bien plus qu’un simple toy-boy bodybuildé, comme le prouve son implication dans ce film pour lequel il n’a pas hésité à piocher dans sa propre poche et à perdre du poids de façon extrême ! A ses cotés, Jared Leto (Requiem For A Dream, Lord of War, Mr Nobody…), également amaigri, est tout aussi génial et complètement habité par son personnage complexe dont la discrétion et la sensibilité détonne avec la personnalité extravagante de Woodroof. Tout deux forment un duo époustouflant, dont le travail a déjà été récompensé par de nombreux prix – dont les Golden Globes, les Critic’s Choice Movie Awards et les SAG Awards – et éclipse totalement le reste du casting.

En conclusion, sur la route des Oscars et face à l’immense 12 Years A Slave de Steve McQueen, Dallas Buyers Club se révèle être un très sérieux concurrent. Loin des films attendus aux traitements emphatiques, Dallas Buyers Club bouscule grâce à son histoire forte et captivante, menée par un duo extraordinaire, qui au lieu de simplement accuser ou critiquer, porte un message de tolérance et un regard admirateur sur un homme pas forcément bon, mais qui a su aller au-delà de ses préjugés pour aider les autres… en se servant au passage. Une véritable leçon de vie, aussi atypique soit-elle.

Christian Bale could be my diet buddy.

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