Boyhood : Douze ans d’émotions et de subtilité

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Au cours d’une tranche de vie attendrissante et pleine d’émotions, Richard Linklater offre un film touchant et vrai sur l’adolescence et le passage à l’âge adulte. Filmé chaque été pendant douze ans, Boyhood saisit pleinement les questionnements et les incertitudes qui traversent une période de la vie pleine de contradictions et de mini-bouleversements. Façonné, modelé, bousculé par les événements qui traversent le film et les personnages qui l’entoure, Boyhood éclot lentement sous nos yeux, laissant une empreinte nostalgique, un poil mélancolique, sur ces années qui filent à toute allure et qui ont pourtant une si grande importance lorsqu’on devient adulte. Superbe.

Le pitch : Chaque année, durant 12 ans, le réalisateur Richard Linklater a réuni les mêmes comédiens pour un film unique sur la famille et le temps qui passe. On y suit le jeune Mason de l’âge de six ans jusqu’ à sa majorité, vivant avec sa sœur et sa mère, séparée de son père. Les déménagements, les amis, les rentrées des classes, les premiers émois, les petits riens et les grandes décisions qui rythment sa jeunesse et le préparent à devenir adulte…

La filmographie de Richard Linklater ne ressemble à aucune autre, grâce à son originalité, sa créativité et une touche personnelle qui donne l’impression d’entrer dans sa sphère intime et unique. On pourrait éventuellement comparer son style à celui de Sofia Coppola, elle aussi habituée à capter la magie naturelle du quotidien, avant de lui donner tout son sens dans les dernières minutes. Les films de Richard Linklater sont un peu pareils, contrairement au cinéma actuel, il faut savoir être patient pour admirer et ainsi apprécier Boyhood dans son ensemble. Après sa trilogie étalée sur presque vingt ans (Before Sunrise en 1995, Before Sunset en 2005 et Before Midnight en 2013), entrecoupée par des films curieux et intéressants aussi bien sur le fond que sur la forme (Fast Food Nation, A Scanner Darkly…), le réalisateur dévoile son dernier film, Boyhood, qu’il a mis douze ans à tourner. Tous les étés, pendant douze ans, Richard Linklater réunissait ses acteurs pour continuer à tourner cette jolie pépite. Une idée originale et finalement sensée, car au lieu de tout tourner d’une traite et changer les acteurs en cours de route, Boyhood saisit bien mieux le temps qui passe et l’évolution de ses personnages, de leurs transformations physiques au monde qui les entoure. Ainsi, tout comme la trilogie Before, Boyhood brille d’une justesse inégalable et attendrissante.

Ayant pour décor le Texas natal de Linklater, Boyhood se découvre au fur à mesure que le film avance. De sa tendre enfance jusqu’à ses dix-huit ans, le film suit le parcours à l’apparence anodine de nos héros. Sans forcément avoir vécu la même enfance (ni même être un garçon), Boyhood parvient à susciter une certaine nostalgie, un peu mélancolique, de ces années où l’on oscille entre l’insouciance et les doutes. Au cours des années, le personnage se construit à travers les différents bouleversements qu’il subit, entre les divorces de sa mère, la présence aléatoire de son père et les adultes qui jalonnent son parcours chaque année et façonnent sa perception de la vie. Boyhood donne l’occasion d’assister à l’éclosion, presque, d’un homme, sans pour autant en faire une créature parfaite. En effet, le caractère légèrement apathique du jeune garçon crée un décalage intéressant comparé à la constante évolution générale du film. Mais il y a pourtant quelque chose de fascinant à le voir se construire et s’interroger, de ses questions enfantines faussement anodines (est-ce que la magie existe ?) à des questions plus matures. Ces changements presque imperceptibles détonnent avec les bouleversements récurrents que vivent ses parents, eux-même en pleine reconstruction.
Finalement, au-delà de l’adolescence, Boyhood image différentes étapes importante de la vie, de la toute première (celle où on se construit à travers le modèle transmis par les parents/adultes qui nous entourent) et les différentes crises existentielles qui suivent. Dans ce film assez personnel, Richard Linklater parvient sans peine à capter tous ces petits riens qui forment l’expérience d’une vie, sans forcément miser sur des drames lourds pour justifier ses personnages. Du coup, on s’identifie de façons différentes aux personnages, car Boyhood expose deux parcours parallèles, l’un ne faisant que commencer, l’autre atteignant la fin d’un cycle notamment à travers le rôle subtil des parents. En effet, bien que les adultes du films soient en retrait – notamment la mère, chacun laisse une trace indélébile lors de son passage, qu’il soit positif ou négatif. Profondément empreint de nostalgie, Boyhood est un film agréable, captivant et attendrissant, qui retrace avec beaucoup de justesse et de simplicité une période complexe, là où des films plus récents ayant pour thème l’adolescence n’arrivaient qu’à ne percevoir du vide (hello, Palo Alto).

Au casting : Ellar Coltrane (Fast Food Nation…) grandit sous la caméra et réussit brillamment à rendre son personnage attendrissant et intelligent, malgré son coté faussement indifférent. À ses côtés, Ethan Hawke (trilogie Before, Sinister, American Nightmare…) électrise le film à chacune de ses apparitions, même si son personnage a le rôle le plus facile aux yeux de ses enfants et Patricia Arquette (la série Médium, Dans la tête de Charles Swan III…) est imparfaite et touchante dans un rôle difficile où son personnage cherche à concilier ses différentes responsabilités et son rôle de femme. Lorelei Linklater, la fille du réalisateur, est probablement la plus décevante, car elle traîne un air prétentieux et froid tout au long du film (et ce, dès le début !).

En conclusion, grâce à sa subtilité et la simplicité accessible de l’histoire, Richard Linklater livre un film criant de vérité et émouvant. Malgré quelques longueurs, Boyhood agit comme un charme et s’inscrit parmi les petites pépites inattendues et originales de l’année. À voir, rapidement.

C'mon, let me take a picture. I promise you that we'll laugh at your hair in 20 years!

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