[CRITIQUE] Patti Cake$, de Geremy Jasper

Le pitch : Patricia Dombrowski, alias Patti Cake$, a 23 ans. Elle rêve de devenir la star du hip-hop, rencontrer O-Z, son Dieu du rap et surtout fuir sa petite ville du New Jersey et son job de serveuse dans un bar miteux. Elle doit cependant s’occuper de Nana, sa grand-mère qu’elle adore, et de Barb, sa mère, une chanteuse ratée et totalement instable. Un soir, au cours d’une battle sur un parking, elle révèle tout son talent de slammeuse. Elle s’embarque alors dans une aventure musicale avec Jheri, son meilleur ami et Basterd, un musicien mutique et asocial.

Présenté en clôture à la Quinzaine des réalisateurs du dernier Festival de Cannes 2017, Patti Cake$ se veut porte-parole des marginaux et des rêveurs face à un moule résistant qui les confrontent trop brutalement à leurs différences, qu’elles soient sociales ou physiques. Dès le pitch, difficile de ne pas penser à une version féminine de 8 Mile (le biopic romancé sur Eminem) à travers l’histoire de cette jeune femme à la vie modeste, en fort surpoids mais battante et douée d’un sens du rythme et d’une capacité à rapper/slammer décapante. S’il ne s’agit pas d’un biopic, le film de Geremy Jasper est engagé, bien décidé à secouer une société superficielle et une industrie musicale qui mise bien plus sur le physique que sur le talent véritable. Patti Cake$ accroche rapidement en ancrant son histoire loin des paillettes hollywoodiennes, avec un portrait certes un peu criard mais accessible : milieu défavorisé, difficulté à joindre les deux bouts mais des rêves plein la tête, Patti Cake$ dénote dans ce tableau grisâtre avec son caractère punchy et sa verve très salée.

Cependant, si le film est plein de bonnes volontés, il est tout de même freiner par certains aspects. Malgré le caractère attachant de l’ensemble, l’histoire met pas mal de temps à démarrer, voire même se réveille seulement pendant la seconde partie du film, tant le film réserve visiblement ses meilleures billes pour la fin. Les séquences musicales viennent bousculer une facture hyper classique : en fait, si le pitch fait penser à 8 Mile, le traitement est bien plus proche d’un Save The Last Dance ou autre film basique où un personnage veut croire en ses rêves et au succès malgré ses origines modestes et/ou différentes – remplacez les rêves de danse par le rap, et vous y êtes. Geremy Jasper ne lésine pas sur la tartine quand il s’agit de confronter son héroïne à son physique, à sa mère instable et à son besoin d’argent pour subvenir aux besoins de sa grand-mère, etc (sortez les violons), tout en égrainant une romance timide qui n’apporte pas grand chose à la choucroute. La force du film a beau résider dans son personnage principal, Patti Cake$ a bien du mal à sortir des sentiers battus et même quand il se veut original ne fait que prendre un cliché dans son opposé le plus fastoche (le Black gotho-émo-rockeur, le final prévisible à pile ou face…). À la mise en scène, même constat, les moments de rap sont glorieux et portés par une bande-originale absolument géniale, mais le reste deumeure très brouillon, tant les mouvements de caméra (à l’épaule) atroces et les effets de style un poil amateurs flirtent avec les clips vidéos d’un MTVBase à l’ancienne. La narration ultra classique n’a rien à envier aux autres films de ce genre, on retrouve le même traitement mi-guimauve, mi-volontaire, ponctué par des séquences de répètes trop courtes pour être appréciés avant un grand final prévisible. 

Certes, Patti Cake$ se raccroche à l’émotion avec un personnage en difficulté, qui se réalise aussi bien artistiquement qu’en tant que personne, en cours de route. Seulement voilà, une fois qu’on est pris d’empathie pour cette nana surnommée « Dumbo » par un entourage anecdotique, il ne reste pas grand chose à dire. Le film de Geremy Jasper se repose trop sur son ingrédient principal sans parvenir à maîtriser le reste et frôle le téléfilm à peine épicé par son langage fleuri, tandis que certains personnages disparaissent de façon impromptu (ou un cut malheureux ?). C’est dommage, car j’attendais beaucoup de ce film indépendant qui s’annonçait effronté, un peu subversif et prêt à décoincer les mentalités. À l’arrivée, si Patti Cake$ se démarque grâce à son ambition solaire et une bande-originale enthousiasmante, le traitement narratif et la réalisation globale manquent de maturité et de modernisme pour vraiment captiver de bout en bout.

Au casting, beaucoup de visages peu connus mais on retiendra surtout celui de l’actrice australienne Danielle Macdonald, ultra convaincante en rappeuse de talent, aux cotés de son suave acolyte Siddharth Dhananjay, l’autre moitié du duo bien-nommé Thick’n’Thin, ainsi qu’un Mamoudou Athie à la présence discrète.

En conclusion, on est loin de la pépite féroce qui était promise, néanmoins Patti Cake$ tient quelques promesses et se découvre agréablement, grâce à ses personnages attachants et une bande-originale excellente (que je recommande vivement). À voir.

 

En attendant, un petit extrait qui ne fait pas de mal 😀 

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