
Le pitch : Animatrice d’un podcast consacré aux phénomènes paranormaux, Evy retourne dans la maison de son enfance pour veiller sa mère mourante. Un jour, elle reçoit d’étranges enregistrements. En les diffusant dans son émission, Evy réalise que les événements décrits semblent déteindre sur la réalité. Les sons deviennent de plus en plus troublants, comme si quelque chose cherchait à lui parler. Et plus elle écoute, plus la menace se rapproche.
À l’heure où le format podcast s’est largement démocratisé, entre true crime, témoignages, creepypastas et autres séries audio, le cinéma avait forcément matière à s’emparer du phénomène. La série française Calls en est un exemple évident, avec ses histoires troublantes racontées presque exclusivement à travers des enregistrements sonores. Plus récemment, des films comme Noise ou Chime ont également placé le son au cœur de leur dispositif horrifique, utilisant les perturbations sonores pour installer le malaise et brouiller progressivement la perception de leurs personnages.

C’est dans cette veine que s’inscrit Undertone, premier long-métrage de Ian Tuason, qui fait également écho à un drame personnel vécu par le réalisateur. Initialement imaginé comme un projet radiophonique, le film transpose son concept à l’écran avec une promesse plutôt alléchante : deux podcasteurs amateurs d’histoires bizarres enquêtent sur une série d’enregistrements étranges. Peu à peu, tandis que le récit adopte le point de vue de son héroïne Evy, des phénomènes inquiétants viennent grignoter l’ambiance déjà morose de son intérieur, hanté par la présence de sa mère mourante. Le huis clos semble alors idéal pour enfermer personnage et spectateur dans un environnement familier susceptible de devenir menaçant.
Oui mais voilà : si Ian Tuason est apparemment connu pour ses travaux sonores et ses courts-métrages sur Youtube, le passage au format long vient cruellement mettre en évidence son inexpérience de cinéaste. À commencer par ses choix de cadrage.

Dans un film d’horreur, les plans décentrés peuvent créer un formidable sentiment d’inconfort : l’action principale se déroule dans un coin tandis que l’arrière-plan obscur envahit l’image et laisse imaginer qu’une ombre pourrait surgir à tout moment. Ça marche quand c’est bien dosé… beaucoup moins quand ça devient le principe de mise en scène imposé pendant tout le film. Au début, on scrute donc consciencieusement chaque recoin de l’image en se demandant ce qui va apparaître derrière Evy. Vingt minutes plus tard, Undertone devient surtout agaçant tant il abuse de son effet pour ne finalement jamais rien montrer… ou si, une tache blanche dans les dernières minutes. Coté photographie, là encore c’est très scolaire : sombre, oscillant entre les oppositions rouges et bleues… Bref, le guide « Comment devenir réalisateur pour les nuls » a bien été mis à profit.
Le film présente ainsi tous les stigmates du youtuber devenu cinéaste débutant qui régurgite des effets de style piochés dans ses films d’horreur préférés (et oui, tout le monde ne peut pas être Curry Barker du premier coup). Et c’est d’autant plus flagrant qu’Undertone avait initialement été pensé comme un objet radiophonique : sans surprise, son mixage sonore est nettement plus travaillé que sa mise en scène.

Et là encore, ce n’est pas génial. J’ai été beaucoup plus bluffée par le coup des oreilles bouchées dans L’Odyssée, qui dure cinq minutes à tout casser, que par une heure et demie d’indications sonores reposant essentiellement sur des jumpscares ou des paroles incompréhensibles diffusées à l’envers. Pire : sans une salle équipée en Dolby Atmos, format sur lequel repose une bonne partie du dispositif, Undertone perd encore davantage de son intérêt. Et honnêtement, je doute que même en Dolby Atmos, ce film vaille le détour.
Et que vaut le film, me direz-vous ? Une héroïne sceptique au regard vide, des enregistrements au mystère aussi épais qu’un Sopalin mouillé, une maman mourante qui pionce quasiment tout du long (la veinarde), la voix sans relief d’un comparse invisible et la supposée présence d’un démon dont on entend décidément beaucoup trop parler dans des films souvent médiocres (ouep, c’est le même démon dans L’Emprise du Mal et dans Possédée par exemple). Pas franchement de quoi s’extasier.

Au casting, comme dit plus haut, rien de notable : Nina Kiri (La Servante Écarlate, See…) essaie de donner le change, mais n’est pas aidé par une intrigue peu folichonne. La voix d’Adam DiMarco (The White Lotus, Surcompensation…) n’aide pas non plus à nous embarquer. Finalement, la seule qui s’en sort bien reste Michèle Duquet qui tient le rôle de la mère et gagne sa vie en faisant dodo. Sur l’échelle d’une Jane Doe Identity, ça se pose là.
En conclusion, à force de nous faire tendre l’oreille et scruter chaque recoin de l’image dans l’attente de quelque chose qui ne vient jamais, Undertone finit surtout par produire un ennui abyssal. Une heure et demie à écouter du bruit et à regarder dans le vide… littéralement. À éviter.

