[RATTRAPAGE 2017] Grave, de Julia Ducournau

Le pitch : Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur aînée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

Présenté et récompensé au Festival de Cannes en 2016 (Semaine de la Critique) avant de sortir en France en mars dernier, le film de Julia Ducournau a beaucoup fait parler de lui, après avoir été adoubé par Sundance et suscité des réactions extrêmes lors de sa projection au TIFF.

Grave soufflait un vent de révolution sur le cinéma de genre français : neuf, violent et sensuellement macabre, prêt à titiller l’excitation des amateurs de gore et de jeunes filles morbides sur grand écran. Si je ne peux pas nier les intentions attrayantes du film, j’ai été complètement refroidie par cette démonstration scolaire qui se contente de rebattre des sentiers déjà battus autour de la limite tentante entre le morbide et la sensualité, sous forme de découverte sensorielle et sexuelle vendu comme un drame horrifique plus intelligent qu’un slasher de base. Plus souvent absurde et ridicule que dérangeant, le film de Julia Ducournau m’a rebuté avec sa maladresse dans l’écriture et ses faiblesses narratives.

On m’avait vendu un film choc et une performance troublante, je me suis retrouvée avec un trop-plein d’attentes inassouvies, devant ce Grave gonflé à l’hélium et bien trop surestimé.
Cumuls inutiles de scènes sanguinolentes et trashouilles pour plaire au plus fragiles, sexualité borderline pour attirer les plus curieux, mais une fois assemblé, Grave se complaît dans la démonstration creuse et explicite au lieu d’étoffer un récit qui peine à aboutir dans une conclusion vaseuse.

Cronenberg du pauvre (Videodrome, Crash…) et wannabe Irréversible (Gaspar Noé, 2002), Grave reste en surface et ose à peine la provoc’ pour se cantonner à histoire relativement classique, autour d’une jeune femme bercée par des convictions naïves qui découvrent, à travers le cannibalisme, les plaisirs de la chair sur fond de secret de famille douteux et jamais réellement expliqué ni assumé. Alors que les premières minutes du film étaient alléchantes, Julia Ducournau se laisse séduire par ses images sanguinolents comme si, en 2017, cela suffisait encore pour faire frémir les amateurs de gore et de cinéma de genre, délaissant au passage un personnage à la sensibilité et à la profondeur qui s’affadissent de minutes en minutes pour laisser place à cette femme-enfant aux pulsions dangereuses et au regard de plus en plus vitreux. Le coté malsain du film vise à coté : au lieu de déranger, il déçoit par sa facilité aussi bien au niveau du récit que de sa mise en scène, tout aussi plate. Alors qu’on me vendait une lueur d’espoir dans le cinéma de genre français, Grave m’a (gravement, huhu) déçu en ne proposant rien d’autre qu’un film superficiel qui se réfugie dans des clichés incertains, entre érotisme malsains et fantasmes rouillés (la jeune fille en fleur pour les pervers, la fragile hétéro qui séduit le bad boy gay pour les ados…), dans un traitement relativement timide malgré un sujet en or massif.

Malgré tout, le pari est réussi pour Julia Ducournau qui prouve que la sur-médiatisation et les esprits trop facilement prompts à crier au chef d’œuvre dès qu’on s’écarte des sentiers classiques continuent de servir un cinéma qui se réfugie derrière un discours pseudo engagé et psychologique pour masquer un résultat à la facilité aberrante mais dopé par un « message ». Déjà propulsée au rang de chouchoute, Garance Marillier fait partie des révélations de l’année et touche du doigt une nomination aux César 2018.

Pour ma part, il me faut plus qu’un doigt grignoté et une métaphore paresseuse sur le parcours initiatique de l’adolescence à l’âge adulte pour me provoquer. Malgré une volonté graphique explicite, Grave fait l’effet d’un soufflé des plus réussis : gonflé à bloc, alléchant, mais vide et totalement anecdotique.

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