[RATTRAPAGE 2017] Dalida, de Lisa Azuelos

Le pitch : De sa naissance au Caire en 1933 à son premier Olympia en 1956, de son mariage avec Lucien Morisse, patron de la jeune radio Europe n°1, aux soirées disco, de ses voyages initiatiques en Inde au succès mondial de Gigi l’Amoroso en 1974, le film Dalida est le portrait intime d’une femme absolue, complexe et solaire… Une femme moderne à une époque qui l’était moins … Malgré son suicide en 1987, Dalida continue de rayonner de sa présence éternelle.

Si Dalida n’avait pas existé, il aurait fallu l’inventer. Et encore, son histoire est tellement tragique qu’un personnage fictif calqué sur son histoire n’aurait jamais été crédible. De ses chansons emblématiques à sa voix grave à l’accent chantant, en passant par son allure et sa vie sentimentale tourmentée, Dalida est un personnage charismatique et souvent fantasmée qui possède l’aura intouchable des icônes. Autant dire que raconter son histoire aussi dense que tristement courte, c’est se lancer un défi colossal, surtout après d’excellents biopics comme La Môme d’Olivier Dahan (2007), Cloclo de Florent Emilio-Siri (2012) ou même Gainsbourg, Vie Héroïque de Lucien Ginsburg (2010).

Contre toute attente, après une filmographie bien plus orientée vers la romcom bleuette, c’est Lisa Azuelos (Comme T’y Es Belle, LOL, Une Rencontre…) qui s’attelle au projet qu’elle peaufine depuis 2011. Pas facile de résumer la vie et les amours de Dalida en un seul film, alors la réalisatrice préfère se concentrer sur les rencontres majeures qui ont façonné le parcours de la chanteuse, créant des souffrances qui l’ont malheureusement poussée au suicide. Un choix qui se ressent dans une première partie un peu précipitée, bousculée entre les souvenirs d’enfance au Caire et sa tentative de suicide. Et pourtant, Dalida saisit rapidement l’essence dramatique de son héroïne en suivant son évolution à travers les hommes de sa vie, marquée par des chansons à succès qui prennent tous leurs sens en images, oscillant entre la joie de vivre d’une femme amoureuse (Bambino, Come Prima, Je Me Sens Vivre, Paroles Paroles…) et l’émotion noire et palpable causée par l’omniprésence de la mort dans sa vie (Bang Bang, Je Suis Malade, Pour Ne Pas Vivre Seul…).

S’il s’agissait d’un personnage fictif, Dalida serait d’un pathos étouffant, mais dans ce biopic, la réalité certes romancée (et parfois survolée) donne un accent tragique et puissant au film. Porté par les tubes de Dalida, le film de Lisa Azuelos parvient à trouver son rythme en transposant la fragilité grandissante de son héroïne à sa carrière qui prend de plus en plus d’essor. Incroyablement triste et mû par une fatalité presque surréaliste, Dalida reste tout de même fascinant et poétique, cristallisant la beauté douloureuse de son existence semée de drames et de controverses, sans jamais prendre le risque d’entâcher l’image de cette femme qui a marqué son époque, quoi qu’on en dise.

Si les puristes regretteront le survol de certains passages de sa vie dans un film très (trop ?) concentré sur les raisons qui ont poussé Dalida au suicide, Lisa Azuelos livre une œuvre superbe qui permet aussi bien de la découvrir et qui donne envie d’en savoir plus sur son histoire (de son amitié avec Mike Brant jusqu’aux rumeurs d’une idylle avec François Mitterand…), tout en saisissant le caractère à la fois solaire et sensible de son héroïne. Oui, Dalida se repose peut-être un peu trop sur les traumas de son personnage jusqu’à l’influence de ces derniers dans ses choix de chansons, du coup le film frôle le clip vidéo en version longue, au lieu de réellement s’intéresser à sa carrière. Dalida chanteuse, oui, Dalida artiste complète… pas si sûr, vu que les performances scéniques de l’héroïne sont reléguées au second plan (notamment ses shows outre-atlantique et sa période plus festive). L’autre défaut du film c’est de renoncer à son identité internationale qui filtre à travers un doublage très bancal : en effet, le film a été tourné en français, en anglais mais surtout en italien, mais le voilà proposé en VF avec un calage plutôt approximatif. Dérangeant au début, mais on s’y fait plutôt bien.

Au casting, Dalida révèle un autre point fort : Sveva Alviti, mannequin et actrice balbutiante en Italie, elle incarne une Dalida magnifique à la ressemblance assez troublante, dans une performance habitée et remarquable au vu de sa carrière très jeune. À tel point d’ailleurs que des acteurs confirmés, tels que Riccardo Scamarcio (John Wick 2…), Jean-Paul Rouve (Le Sens de la Fête…), Nicolas Duvauchelle (Jour J…) et Niels Schneider (Polina…) l’accompagnent, restent dans son ombre de bout en bout.

En conclusion, Lisa Azuelos livre un biopic bouleversant, portée par une Sveva Alviti superbe. Dalida est un hommage vibrant à la femme et à l’artiste, qui parvient à capter l’essentiel sans porter de jugement. À voir absolument.

PS : Si on pourrait toutefois se demander s’il était nécessaire de proposer un film aussi triste, rappelons-nous qu’il s’agit d’une femme qui, objectivement, a vu les hommes de sa vie mourir les uns après les autres. Il ne faut pas s’attendre à l’effervescence d’un La La Land !

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