[CRITIQUE] Greta, de Neil Jordan

Le pitch : Quand Frances trouve un sac à main égaré dans le métro de New York, elle trouve naturel de le rapporter à sa propriétaire. C’est ainsi qu’elle rencontre Greta, veuve esseulée aussi excentrique que mystérieuse. L’une ne demandant qu’à se faire une amie et l’autre fragilisée par la mort récente de sa mère, les deux femmes vont vite se lier d’amitié comblant ainsi les manques de leurs existences. Mais Frances n’aurait-elle pas mordu trop vite à l’hameçon ?

Potentiellement occupé sur la série The Borgias qu’il a réalisé depuis 2011 et pendant trois saison, Neil Jordan s’est fait discret sur grand écran ces dernières années. Oscarisé pour le scénario du film The Crying Game en 1992, le réalisateur américain est surtout connu pour l’adaptation du roman d’Anne Rice, Entretien avec un vampire (1994) ou le plus récent et percutant À Vif (2007) avec Jodie Foster – à ne pas confondre avec le film avec Bradley Cooper.
Neil Jordan revient donc avec un thriller psychologique, Greta, dans lequel une jeune femme récemment orpheline de mère se retrouve aux prises avec une femme, isolée, qui finit par la harceler. Ce qui démarre par une bonne action se transforme en une amitié atypique, jouant la carte de la mère et de la fille de substitution l’une pour l’autre. Mais rapidement, la situation devient inquiétante quand la supercherie se dévoile au grand jour et commence alors une traque qui se voulait angoissante.

« Qui se voulait » oui, car Greta ne parvient que mollement à maintenir une tension intéressante. Le problème de Neil Jordan c’est qu’il s’acharne sur une intrigue déjà vue dont on devine les rebondissements à l’avance tant cette recette a déjà été éprouvée maintes fois. Entre la folie de l’une et la naïveté quasi-pathologique de l’autre, Greta observe un jeu du chat et de la souris perdu d’avance, sans parvenir à innover le concept. En effet, au-delà du piège transparent, j’aurai aimé en savoir plus sur cette Greta et ce qui l’amène finalement à perdre autant pied jusqu’au point de commettre l’irréparable parfois, au-delà de la simple excuse de la bonne femme esseulée à New York. Le film se nourrit du danger froid que représente son personnage titre mais ignore pourtant d’aller plus loin dès qu’on approche de peu l’aspect sordide et calculé de sa méthode pour le moins insensible (la surprise dans la cave, par exemple). De même, les motivations des personnages et le choix de montrer un New-York nocturne restent obscures, ressemblant surtout à des prétextes bas-de-gammes pour faire un appel du pied désespéré à la vague de teen horror movie qui pullulent sur nos écrans – comme le récent Ma, de Tate Taylor.

Si seulement Neil Jordan avait osé aller jusqu’au bout de son sujet en concoctant cette sous-Misery grisâtre, alors le film aurait pu pour le moins être dérangeant. Au lieu de cela, Greta s’éparpille dans une narration bancale, se réfugiant dans des prétextes illogiques (pourquoi faire appel à un détective privé quand la police est au courant du problème ?) et des ressorts tout simplement peu crédibles (une perruque peut-elle réellement bluffé un stalker) qui ne laissent aucune marque pour la surprise aussi bien pour le spectateur que pour l’intrigue.
Pour qui aura vu la bande-annonce, il n’y a malheureusement rien de plus à se mettre sous la dent, tandis que pour ceux qui ont espéré se préserver du trop plein d’infos, Greta ne propose qu’un thriller scolaire, qui donne l’impression d’avoir été le premier projet d’un cinéaste fraîchement moulu de ses études et qui aurait tenté de s’inspirer d’un Hitchcock avec une naïveté amateure. Dérangeant, oui, mais surtout pour la crédibilité de Neil Jordan.

Au casting : Isabelle Huppert (Blanche comme neige, L’Île aux Chiens, Eva…) ne s’arrête jamais de tourner et cabotine ici dans un film sans saveur dans lequel elle récite doctement son texte sans rien donner de plus. Face à elle, Chloé Grace Moretz (Suspiria, Come As You Are, La Cinquième Vague…) compense beaucoup et affiche sa marque de fabrique : l’œil exorbité et la mine effarée à l’envi. Autour d’elles, Maika Monroe (It Follows…) fait acte de présence, tandis que Colm Feore (Umbrella Academy…), Stephen Rea (Utopia…) et Zawe Ashton (Velvet Buzzsaw...) complètent un ensemble secondaire.

En conclusion, Greta est d’un ennui pesant qui ne parvient jamais à étoffer son postulat de base ni à faire vivre ses personnages caricaturaux et plats. Neil Jordan recycle une intrigue datée et transparente qui ne surprend plus personne depuis longtemps. À éviter.

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