[CRITIQUE] Saint Maud, de Rose Glass

Le pitch : Maud, infirmière à domicile, s’installe chez Amanda, une célèbre danseuse fragilisée par la maladie qui la maintient cloîtrée dans son immense maison. Amanda est d’abord intriguée par cette étrange jeune femme très croyante, qui la distrait. Maud, elle, est fascinée par sa patiente. Mais les apparences sont trompeuses. Maud, tourmentée par un terrible secret et par les messages qu’elle pense recevoir directement de Dieu, se persuade qu’elle doit accomplir une mission : sauver l’âme d’Amanda.

Présenté pour la première fois en septembre 2019 au Festival International du Film de Toronto (TIFF), le film de Rose Glass a rapidement conquis son public amateur de films fantastiques. Le film « truste » les festivals indépendants, du BFI de Londres jusqu’à Gerardmer en début d’année, où Saint Maud rafle la mise avec 4 prix (dont le Grand Prix et le Prix de la Critique).
J’ai eu l’occasion de découvrir Saint Maud lors de la reprise de Gerardmer 2020 à Paris et j’ai été assez surprise de découvrir l’aspect thriller psychologique qui domine le film de Rose Glass.

Saint Maud démarre avec la simplicité d’exécution des films sans faste et accessibles : une scène cryptique en guise d’ouverture avant d’apaiser la suite avec une narration linéaire pour introduire le personnage principal. Une méthode risquée si la réalisation ne suit pas, ce qui est le cas dans un premier temps puisque le film de Rose Glass, porté par son succès à Gerardmer et une bande-annonce frissonnante, donnait l’impression d’être bien plus mouvementé qu’il ne l’est en réalité. L’histoire s’attarde sur la relation qui se noue entre Maud, infirmière à domicile et très pieuse, et sa patiente, atteinte d’un cancer en phase terminale et au mode de vie plus ouvert. Malgré la tendresse affichée, le film est nourri par une nervosité palpable en filigrane par le caractère instable de son personnage principal qui semble porter ses croyances à fleur de peau.

Pour ma part, j’ai surtout accroché au film en étant maintenu en haleine par la promesse sous-entendue par l’aura de Gerardmer, attendant donc la bascule, le moment où la part de fantastique allait enfin prendre le dessus… et j’ai attendu longtemps !
Globalement, Rose Glass ficelle un drame noir, effleurant les dérives des croyances religieuses extrêmes et s’amuse à laisser un flou artistique planer au-dessus de ses personnages pour ajouter du mystère (notamment sur le passé de Maud, que l’on devine perturbé). Ce n’est pas vraiment gênant, car l’intrigue avance tête baissée et avec détermination, dans un cadre à la fois contemplatif et intriguant. Rapidement, le passé ignoré n’a plus d’importance, tant le film donne envie de savoir jusqu’où le personnage de Maud va aller.

Oui mais voilà, malgré un ensemble soigné, Saint Maud laisse une empreinte mitigée. En tant que drame psychologique, j’ai aimé l’approche à la fois pieuse et malsaine de la religion, jusqu’au dernier twist final qui marque au fer rouge un retour à la réalité puissant. Une fin qui vaudrait presque la peine d’avoir patienter pendant une heure devant un film trop souvent contemplatif, malgré un quart d’heure de folie soudain en plein milieu du film. Si le film illustre le flirt constant entre l’extase et la douleur, j’ai trouvé que l’écriture de Rose Glass ne va pas assez loin dans ses idées : la relation entre l’infirmière et sa patiente reste en surface, tandis que les écarts de conduites soufflés ne sont jamais creusés – nous laissant donc dans le noir complet. Résultat, même si le film joue la carte de l’implicite, il ne donne pas suffisamment de cartouche pour être abouti et, justement, l’ensemble aurait pu se passer de cette vraie-fausse sortie de route en plein milieu qui fait l’effet d’une parenthèse inutile et orpheline. Je pense que Saint Maud aurait dû se consacrer à la « mission divine » que poursuit son personnage et aller plus loin à travers la rencontre, le rejet et la poursuite de son objectif, au lieu de s’éparpiller dans une storyline en pointillé autour de son comportement passé.

Enfin, l’aspect fantastique reste discutable dans le film. Rose Glass joue avec les codes pour soigner une mise en scène inspirée, la photographie est sobre et le coté observateur du film parvient à semer le doute quant à la santé mentale du personnage… mais concrètement, Saint Maud fait l’effet d’un OVNI dans un le paysage fantastique, car le film tourne autour du pot pour réserver son coup de grâce pour la fin, ce qui laisse une bonne partie du film trop amorphe. Malgré un appel du pied évident au personnage Carrie (et sa mère), créé par Stephen King et adapté au cinéma par, entre autre, Brian de Palma, le film de Rose Glass ne parvient qu’à imiter ses inspirations – suffisamment pour troubler et faire l’effet d’un renouveau dans le cinéma horrifique actuel – mais une fois le soufflé retombé, Saint Maud aurait nettement pu mieux faire.

Au casting : si Jennifer Ehle (Cinquante Nuances Plus Claires, Come As You Are…) joue les malades caractérielles à merveille, c’est évidemment Morfydd Clark (Dracula, Crawl, His Dark Materials…) qui cristallise l’ensemble du film, dans une performance évidemment possédée mais surtout amenée intelligemment. En effet, son personnage détonne entre la douceur de son approche et la tenacité avec laquelle ses croyances sont profondément enracinés. Le résultat est glaçant et hypnotique.

En conclusion, Saint Maud est un objet étrange, mi-fascinant mi-inachevé. Si la montée en pression soulignée par la réalisation de Rose Glass est perceptible, le coté lent et contemplatif du film est parfois frustrant, surtout à une époque où les films sont nettement plus démonstratifs. À voir (surtout pour les toutes dernières minutes qui sont véritablement glaçantes).

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