[CRITIQUE] Crawl, d’Alexandre Aja

Alexandre Aja renoue avec la tension nerveuse qui l’a fait connaître à travers Crawl, un film estival qui propose un presque huis-clos mordant et palpitant. Un crocodile et une tempête, il n’en fallait pas plus pour que je me cramponne à mon siège devant ce cocktail jubilatoire qui, malgré des personnages humains aux actions parfois crétines, propose des effets spéciaux bluffants et une intrigue hyper efficace. Génial !

Le pitch : Quand un violent ouragan s’abat sur sa ville natale de Floride, Hayley ignore les ordres d’évacuation pour partir à la recherche de son père porté disparu. Elle le retrouve grièvement blessé dans le sous-sol de la maison familiale et réalise qu’ils sont tous les deux menacés par une inondation progressant à une vitesse inquiétante. Alors que s’enclenche une course contre la montre pour fuir l’ouragan en marche, Haley et son père comprennent que l’inondation est loin d’être la plus terrifiante des menaces qui les attend…

Après le requin géant (et finalement moyen) dans En Eaux Troubles l’année dernière, c’est au tour d’un crocodile de semer la terreur. Attention, ici il ne s’agit pas d’un simili-Sharknado tonitruance qui s’agite dans tous les sens pour créer du sensationnel instantané et sans cervelle, bien au contraire, le film d’Alexandre Aja réduit son curseur pour proposer un décor bien plus intimiste et plus crédible, avec, détail portant, un crocodile à taille réelle – néanmoins impressionnant.
Après Horns, le réalisateur Frenchy revient à ses premières amours avec un concept moins déjanté que celui de Piranha 3-D mais qui rappelle son excellent Haute Tension (2003), qui lui avait ouvert les portes d’Hollywood pour réaliser ensuite La Colline A Des Yeux (2006). D’ailleurs, petite anecdote, lors d’une rencontre avec Alexandre Aja, ce dernier nous a confié qu’il avait eu deux propositions après Haute Tension : une avec Wes Craven et l’autre avec Sam Raimi, ses deux idoles – la classe pour un jeune réalisateur français ! Certes, l’horreur n’est pas au rendez-vous, c’est plutôt dans son atmosphère stressante et haletante que Crawl se démarque alors que le piège referme ses crocs affamés pour ne rien lâcher jusqu’à la dernière minute.

L’histoire se déroule alors qu’un ouragan s’abat sur la Floride, une jeune femme part à la recherche de son père et se retrouve piégée avec lui au sous-sol… aux prises avec un énorme crocodile. Le concept est simple, efficace et, malgré une décision absolument idiote qui va permettre au danger d’exploser, prend au jeu avec une avidité contagieuse. Dans un espace restreint, Alexandre Aja ne se facilite pas la tâte et explore une menace imposante qui prend de plus en plus de terrain au fur et à mesure que les eaux montent. Le film joue avec nos nerfs, s’amuse avec ses personnages qui servent rapidement d’amuse-bouches, tandis que les chances de survie se réduisent à vue d’œil. Si l’histoire n’invente rien, elle crée tout de même la surprise à travers quelques rebondissements salutaires qui vont relancer une machine qui semblait déjà bien rodée. Grâce à ses cadres serrés et une tension permanente, Crawl maintient une immersion aux premières loges et redouble d’inventivité pour que le stress ne quitte jamais le film, quitte à parfois offrir des scènes improbables mais accrocheuses.

Certes, on ne peut pas échapper à des personnages qui prennent des décisions stupides – même s’il est compréhensible de réagir étrangement face à une telle menace, tandis que Crawl manque de se saborder avec certains détails improbables, comme le corps « bionique » de ses personnages qui se remettent trop rapidement de certaines morsures graves ou le fait que l’héroïne soit une nageuse de compétition pour nous faire croire qu’elle peut aller plus vite qu’un croco sous l’eau (bestiole qui, au passage, atteint en moyenne les 30 km/h vs un record humain à un poil plus de 8 km/h). Mais ces clichés et autres arrangements commodes sont largement rattrapés par une réalisation mordante qui m’a scotchée sur le rebords de mon siège. Visuellement, le crocodile est d’un réalisme frappant et il est difficile de croire que derrière le numérique n’y a qu’une large construction remplie d’eau et une flopée de ventilateurs pour donner les effets voulus ! Du coup, certains moments sont stupéfiants  et cela donne un véritable coup de fouet à la trame, qu’on y croit ou non (la scène de la douche avec ses portes faites en titane apparemment…), tandis que le frisson est garanti à chaque fois que les personnages bougent une oreille. Un réalisme qui est aussi mis en abîme par les conditions de tournage : Alexandre Aja a confié que le tournage avec été complexe, à cause de l’eau, du vent et des pluies mis en place pour donner l’impression d’une véritable inondation.
Bref, moins décalé que Piranha 3-D, plus sobre et réaliste qu’En Eaux Troubles, le nouveau film d’Alexandre Aja, produit par Sam Raimi, a sorti les crocs et livre un petit thriller horrifique frétillant et jubilatoire qui comblera les attentes des amateurs de blockbusters estivaux alliant spectacle accessible, tension nerveuse et récit palpitant. J’aime !

Au casting, on retrouve Kaya Scodelario (Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile, Le Labyrinthe, Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar…) qui va devoir essuyer quelques quolibets à cause de son personnage au comportement parfois discutable – vous êtes prévenus – et qui livre pourtant une performance solide bien qu’un peu froide, aux cotés d’un Barry Pepper (Le Labyrinthe, Lone Ranger, Les Kennedy…) en bon sidekick complémentaire.

En conclusion, si vous n’avez pas peur de vous mouiller et que vous aimez les films pop-corn quitte à en renverser partout à chaque moment stressant, Crawl est fait pour vous ! Alexandre Aja livre un divertissement estival, qui lorgne vers le huis-clos horrifique. Haletant, jubilatoire et bien fichu, j’ai retrouvé l’intensité saisissante d’un Haute Tension dans un film efficace et bien évidemment : mordant à souhait ! À voir !

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