[CRITIQUE] La Nuée, de Just Philippot

Le pitch : Difficile pour Virginie de concilier sa vie d’agricultrice avec celle de mère célibataire. Pour sauver sa ferme de la faillite, elle se lance à corps perdu dans le business des sauterelles comestibles. Mais peu à peu, ses enfants ne la reconnaissent plus : Virginie semble développer un étrange lien obsessionnel avec ses sauterelles…

Pour son premier long-métrage, Just Philippot s’aventure dans un genre souvent boudé en France, à savoir le thriller fantastique. La Nuée ose même aller plus loin en conjuguant le frisson à des prémices alarmistes, entre la survie d’une mère célibataire et un postulat écolo-fataliste à travers l’élevage de sauterelles. Pari réussi pour un film intrigant qui s’est offert, au passage, une sélection pour la Semaine de la Critique à Cannes 2020 et un doublé au Festival de Gerardmer 2021 (pris de la critique et prix du public).

Ce qui commence comme un drame lambda prend un virage étrange, alors que l’héroïne se consacre de façon étrange à son élevage. La forme est plus inattendue que le fond, c’est ce qui attise la curiosité dès le début : d’un coté, La Nuée adresse un message écologique sur le manque de nourriture imminent et la nécessité de se tourner vers de nouvelles ressources, le tout en contemplant le quotidien d’une mère célibataire qui évolue dans un univers masculin.
De l’autre, le tension et le frisson se dessinent en filigrane avant d’envahir le récit. Just Philippot joue avec le son et suggère plus qu’il ne montre, résultat j’ai souvent été happée par le coté crispant et dérangeant du film, ayant souvent céder à la tentation de me gratter machinalement. Sans être forcément rebuté par les insectes, La Nuée joue sur le coté répulsif commun des sauterelles, en se reposant sur des craintes fédératrices et l’implicite avant de forcer le trait avec une imagerie plus glauque.

Entre crise d’adolescence, difficultés financières et cœurs solitaires, la survie de l’élevage va rapidement parasiter un quotidien déjà fragile, alors que  l’obsession de l’héroïne pour son travail devient de plus en plus inquiétante. Just Philippot signe un film de genre crédible qui parvient à intelligemment contourner l’utilisation des effets spéciaux en utilisant d’autres ressorts plus terre-à-terre et, par conséquent, plus flippants. Entre le son entêtant des sauterelles et ce que le film ne montre pas, La Nuée captive et prend au piège dans une toile joliment anxiogène.

Léger bémol cependant, malgré cette intéressante prise de risque, La Nuée a tendance à trop ralentir la cadence, ce qui rend la première partie incertaine tant on se demande dans quoi Just Philippot nous embarque. De plus, malgré la cellule familiale, l’intrigue principale semble avoir son propre cours alors que la fille de l’héroïne porte son évolution parallèle qui ne colle pas toujours au reste.

Au casting : Suliane Brahim (Hors Normes, Mouche, Zone Blanche…) porte le film sur ses épaules, son personnage empressé et un poil fanatique accentue le caractère inquiétant et crispant du film – résultat on y adhère ou non. Autour d’elle, Sofiane Khammes (Poissonsexe…), Marie Narbonne (Mandibules…) et le jeune Raphaël Romand complète un ensemble souvent désaccordé.

En conclusion, sous ses airs anodins, La Nuée de Just Philippot pourrait réveiller des angoisses insoupçonnées chez les spectateurs ou, a minima, des démangeaisons irrépressibles. Une bonne surprise, à voir.

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