Comédie

[CRITIQUE] Les Barbares, de Julie Delpy

Le pitch : À Paimpont, en Bretagne, on prépare l’accueil d’une famille de réfugiés ukrainiens. Toutefois la personne à l’origine de ce projet doit bientôt expliquer au maire qu’en raison de la « pénurie » d’Ukrainiens parmi les réfugiés, la préfecture a pris sur elle de leur envoyer une famille originaire de Syrie.

Après une brève incursion sur le petit écran avec la série On The Verge, Julie Delpy (Two Days In Paris, Le Skylab, La Comtesse, Lolo…) est de retour sur la grande toile avec la comédie Les Barbares. Comme souvent la réalisatrice aime la provocation et s’aventure cette fois dans le sujet épineux du racisme, à travers une petite bourgade bretonne qui va accueillir des réfugiés syriens… et non les ukrainiens attendus. À travers cette histoire, Les Barbares reflète l’évolution des attitudes européennes et françaises envers les réfugiés, soulignant la dynamique changeante de l’accueil humanitaire face aux crises internationales.

Entre racisme latent et politiquement correct, le film de Julie Delpy écorche la bienséance à travers un village témoin aux habitants fleuris qui représentent chacun un aspect idéologique. De la simili-gaucho progressiste au réfractaire xénophobe, Les Barbares fait le tour des préjugés et autres clichées dans une comédie aux abords pétillants mais aux sous-textes sardoniques, comme Julie Delpy sait si bien le faire. Enfin, d’habitude, car ici Les Barbares n’assume pas tellement son propos – probablement de peur d’être accolés à d’autres exemples de comédies bien pantouflardes qui se sont déjà essayés à l’exercice en affichant un humour de droite bien dégoulinant (cf. la filmographie récente de Christian Clavier).

Du coup, le film s’attarde un peu plus sur sa famille de réfugiés, histoire de garder le pendant social caractéristique qu’affectionne la réalisatrice. Sur fond de simplifications et d’expositions pour les nuls, le film tente d’amadouer et de se donner un genre sérieux qui cohabite difficilement avec sa facette humoristique.
Résultat, à défaut de ruer dans les brancards, Julie Delpy enfonce des portes ouvertes. On ricanera doucement devant les gags évidents, mais on soupirera nostalgiquement en repensant à la petite pépite qu’était le film Two Days In Paris à l’époque.

Coté casting, la réalisatrice a su bien s’entourer mais malheureusement les performances à l’écran sont bien en deçà de ce que certains acteurs sont capables de porter. Ainsi Laurent Lafitte (Le Comte de Monte-Cristo, L’Origine du Monde, L’Heure de la Sortie…) et Sandrine Kiberlain (Le Parfum Vert, Une Jeune Fille Qui Va Bien, Un Autre Monde…) restent bons, mais en sous régime, là où le personnage incarnée par India Hair (Rien à Perdre, Annie Colère…) capte la lumière. À l’affiche également, on retrouve une chorale somme toute sympathique, composée entre autres de Ziad Bakri (Le Bureau des Légendes, The Weekend Away…), Dalia Naous, Mathieu Demy (Club Zéro…), Monsieur Fraise (Daaaaaalí…) et bien entendu, le toujours frétillant Albert Delpy.

En conclusion, Les Barbares peine à retrouver la finesse habituelle de Julie Delpy, oscillant maladroitement entre comédie et critique sociale. Malgré un casting solide, le film s’essouffle dans des stéréotypes et des évidences qui limitent son impact. À tester.

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