[RATTRAPAGE 2019] L’Heure de la Sortie, de Sébastien Marnier (+ explications)

Le pitch : Lorsque Pierre Hoffman intègre le prestigieux collège de Saint Joseph il décèle, chez les 3e 1, une hostilité diffuse et une violence sourde. Est-ce parce que leur professeur de français vient de se jeter par la fenêtre en plein cours ? Parce qu’ils sont une classe pilote d’enfants surdoués ? Parce qu’ils semblent terrifiés par la menace écologique et avoir perdu tout espoir en l’avenir ? De la curiosité à l’obsession, Pierre va tenter de percer leur secret…

3 ans après Irréprochable, Sébastien Marnier revient avec l’adaptation du roman de Christophe Dufossé, L’Heure de la Sortie, un drame sombre aux accents fatalistes.
À travers le cerveau brillant de jeunes adolescents surdoués, le film installe d’emblée une ambiance étrange au fur et à mesure que le professeur arrivant observe leur comportement. Entre isolation et attitude prompte au conflit, L’Heure de la Sortie reste longtemps en surface, dans une approche contemplatrice, avant de dévoiler ses véritables intentions. Étonnement, le résultat est incroyable fascinant car l’absence de réponse attise l’intérêt et la curiosité du spectateur, alors que le récit s’enfonce dans une spirale qui ne laisse présager rien de bon.
Ce qui est intéressant dans ce film, c’est qu’il n’est pas explicite et son message se lit entre les lignes. L’Heure de la Sortie soulève des questions intéressantes au sujet de l’avenir : celui de l’humanité et de la planète au sens large, en parallèle avec le futurs attendus de ces enfants surdoués que l’ont poussent (malgré eux ?) vers des destins exceptionnels. La narration est entêtante, Stéphane Marnier parvient à trouver le juste équilibre pour nourrir cette tension délicieusement sourde et angoissante qui, entre les mains d’un autre aurait facilement pu se transformer en ennui lancinant.

Au casting : Laurent Lafitte (Les Fauves, Un Peuple et son Roi, Au Revoir Là-Haut…) joue les éléments perturbateurs, face à un ensemble mené par la jeune et troublante Luàna Bajrami (Portrait de la Jeune Fille en Feu…) et Thomas Scimeca (Larguées…). Autour d’eux, on retrouve Emmanuelle Bercot (La Fille de Brest, Mon Roi…), Pascal Greggory (Doubles Vies…) et Grégory Montel (Dix Pour Cent…).

En conclusion, je me suis laissée prendre au jeu du film L’Heure de la Sortie, d’abord dubitative devant l’introduction un poil léthargique, avant de céder à la curiosité puis à l’intérêt pour ce drame polissé, rehaussé par des emprunts à l’horreur et fantastique, tout en proposant un objet finalement engagé. À voir.

*** Analyse et spoilers ***

Au début du film, le professeur s’étonne de la condescendance des étudiants qui avaient répondu, à la question « quel métier souhaitez-vous exercer plus tard ? », des jobs alimentaires et non, comme on aurait s’y attendre, des métiers « prestigieux » tels qu’avocat ou chirurgien. Avec le recul, le film cherche à révéler la pression implicitement posée sur ces gamins qui, parce qu’ils ont eu la chance de naître avec des facultés plus aiguisées, se retrouvent isolés et compartimentés entre eux comme des bêtes de foire à double-emploi : faire briller l’aura d’une école de renom coûte que coûte, provoquant, involontairement, le rejet de leurs pairs adolescents. Un conflit qui se traduit dans de nombreuses situations dérangeantes : le corps enseignant rechigne à intervenir en cas de brimades ou agression et fait preuve de soumission face à leurs requêtes. Une attitude permissive qui contribue à ostraciser ce groupe différent et livré à eux-mêmes.
En allant plus loin, L’Heure de la Sortie pose un constat fataliste sur l’avenir de l’humanité au sens large, dévoilant la réflexion faite de l’intérieur. Répondant à leurs agissements macabres et violents, le film analyse les conséquences de ces esprits trop lucides qui, ensemble, ont considéré toutes les solutions possibles avant d’arriver un constat tragique : l’extinction est proche. Ainsi, leurs entraînements prennent tout leurs sens, agissant comme une procédure pour éliminer les émotions qui pourraient les pousser à vouloir survivre : résister à la peur et à la douleur pour s’armer contre les conséquences de l’apocalypse prochaine… mais tout de même boucler la boucle en terminant son cursus scolaire haut la main.
On pourrait trouver L’Heure de la Sortie exagéré et pourtant, le film repose sur les problématiques écologiques bien actuelles et l’observation de comportements individuels qui contribuent au déclin général. Partagés entre le détachement programmé et le besoin irrépressible de prouver leur supériorités, les ados finissent pas donner une atmosphère ultra funeste au film qui, lors de leurs tentatives d’en finir, devient d’un seul coup plus clair et bien plus macabre. Si bien que le final, avec ces airs de catastrophe nucléaire, cristallise une situation désespérée et désespérante, véhiculé par l’expression froide des gamins qui l’avaient vu venir jusqu’au regard défait du professeur qui devient conscient, trop tard. Et même s’il l’avait compris avant, le caractère inévitable de cette histoire ne fait qu’ajouter du poids à la dimension fataliste du film : son éveil tardif est le miroir d’une société (la nôtre ?) qui fonce dans le mur, aveugle aux signaux alarmistes qui pullulent de part en part. « Réveillez-vous avant qu’il ne soit trop tard ! » pourrait être le message de fond du film.

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