Drame

[CRITIQUE] Dis-Moi Juste Que Tu M’Aimes, d’Anne Le Ny

Le pitch : Au bout de quinze ans de mariage, une crise met à l’épreuve l’union de Julien et Marie. Dans le couple, cette dernière a toujours été celle qui aimait le plus, aussi, au moment où Anaëlle, le grand amour de jeunesse de son mari Julien, réapparait dans le paysage, Marie panique. Perdue dans une spirale infernale de jalousie et d’autodépréciation, Marie se laisse entraîner dans une aventure avec Thomas, son nouveau supérieur hiérarchique…

13 ans après Cornouailles (2012), Anne Le Ny (La Monnaie de leur Pièce, Un Ours Dans le Jura, On A Failli Être Amies…) revient à l’écriture avec Dis-Moi Juste Que Tu M’Aimes, un chassé-croisé amoureux qui explore la mécanique insidieuse de la jalousie et du doute. Pas de grand drame, pas de cris ni de portes qui claquent : ici, tout se joue dans l’ombre, dans un quotidien normatif, presque banal, où un grain de sable suffit à enrayer la machine bien huilée d’un couple installé. Plutôt que d’emprunter la voie de la confrontation frontale, le film s’intéresse à la façon dont une faille intime peut lentement se transformer en piège étouffant.

C’est là toute la force du récit : capter ce moment de bascule où l’insécurité affective devient un poison. Dis-Moi Juste Que Tu M’Aimes joue sur un équilibre fragile entre paranoïa, culpabilité et manipulation, en injectant juste ce qu’il faut de tension pour maintenir l’intérêt. Anne Le Ny construit un jeu de faux-semblants où chacun tente d’exister dans le regard de l’autre, quitte à s’égarer en chemin. Mais si le film capte bien la complexité des sentiments, il a aussi tendance à précipiter son propos. À trop vouloir effleurer plusieurs thématiques à la fois – l’emprise, le sentiment d’infériorité, le poids des regrets –, il finit par diluer son impact.

En effet, Dis-Moi Juste Que Tu M’Aimes flirte par moments avec le thriller psychologique et réussit à esquiver les clichés les plus évidents, mais malgré la maîtrise du rythme par Anne Le Ny, la légèreté du traitement et une résolution trop expéditive affaiblissent son impact global. Peut-être aurait-on gagné en cohérence en se concentrant sur les dynamiques du triangle amoureux, plutôt que de s’aventurer sur le terrain glissant de l’emprise pour finalement basculer vers un fait divers un brin trop spectaculaire. On dirait un arc tout droit sorti de Plus Belle La Vie (ou autre soap opéra frenchy du même acabit) !

Ce qui fait qu’on accroche aisément à ce drama relativement peu mémorable, c’est surtout son casting : Élodie Bouchez (L’Amour Ouf, En Attendant La Nuit, Je Verrai Toujours Vos Visages…) brille en épouse vulnérable, prisonnière de ses insécurités, tandis que Omar Sy (The Killer, Tirailleurs, Jurassic World : Le Monde d’Après…) et José Garcia (Nous, Les Leroy, Joli Joli…), à contre-emploi, jouent avec justesse des rôles inattendus, malgré quelques excès de jeu. Vanessa Paradis (Les Complices, Photo de Famille…), quant à elle, surprend par une présence à la fois centrale et subtilement en retrait, apportant une nuance bienvenue à l’ensemble.

En conclusion, entre thriller domestique feutré et dramédie grinçante, Dis-Moi Juste Que Tu M’Aimes se suit sans déplaisir, mais reste trop lisse pour marquer les esprits. La mécanique est bien huilée, le rythme efficace, mais une résolution trop facile et des ficelles narratives convenues lui donnent des airs de téléfilm bien ficelé plutôt que de véritable proposition mémorable. Sympathique, bien joué, mais vite oublié. À voir.

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