[CRITIQUE] La Monnaie De Leur Pièce, d’Anne Le Ny

Le pitch : Paul, Nicolas et Charlotte, trois frères et sœur, ont toujours pensé qu’ils hériteraient de la riche tante Bertille. Hélas pour eux, à la mort de la vieille dame, ils découvrent qu’elle a tout légué à Eloïse, cette cousine exaspérante et pot-de-colle qu’ils n’avaient pas vue depuis longtemps. En faisant à nouveau irruption dans leur vie, que cherche-t-elle exactement ?

Généralement, je ne dis pas non aux comédies françaises légères, celles un peu moins populaires (sans Dany Boon, Christian Clavier, Kev Adams ou autre Ary Abittan…). Si parfois leurs sorties plus ou moins discrètes réservent de bonnes surprises, je ne vais pas vous mentir : je ressors plus souvent de la séance en me félicitant d’avoir un abonnement illimité (et donc de ne pas avoir payer une place isolée pour une éventuelle daube) !
Sur le papier, le nouveau film d’Anne Le Ny (On A Failli Être Amies, Cornouailles, Les Invités de Mon Père…) a l’air tout frais et pimpant, avec son pitch sur l’héritage d’une tante acariâtre et une petite famille mignonnette. Sauf que d’entrée de jeu, La Monnaie De Leur Pièce tente de nous faire apprécier des personnages qui n’ont rien d’attachants si on en croit la mise en place bricolée à la hâte. En effet, la fameuse vieille tante était certes snob et aigrie mais on est loin de la méchanceté du type La Vipère au Poing pressentie ; du coup, difficile de s’identifier à cette famille qui choisit de s’éloigner du cadre de vie trop stricte de la bourgeoisie versaillaise (les règles de bienséance et les lycées privés, apparemment c’est l’enfer) pour végéter en zone urbaine (comme si c’était le pire environnement qui soit, merci pour nous), en attendant tranquillement le décès de la vieille femme pour récolter le jackpot. Dès le départ, le mauvais fond latent des personnages menés par une mère ultra passive n’arrangent pas les affaires d’un film qui en plus va dresser des portraits de glandeurs et de profiteurs. Au lieu de les plaindre lorsqu’ils découvrent qu’ils n’auront pas un sou, je me suis dit « bien fait pour eux ». Bref, le début s’annonçait mal.

La suite ne va pas en s’améliorant. Outre les facilités d’écriture pour assouplir le scénario aux besoins du film, Anne Le Ny va se repaître allègrement du retournement de situation pour déstabiliser ses personnages qui vont devoir trouver un moyen de récupérer l’argent qu’ils espéraient tant, en s’attirant les bonnes faveurs d’une cousine plus chanceuse. Le problème c’est que La Monnaie De Leur Pièce ne fait rien pour essayer de lier le public à son histoire, car l’histoire empile des scénettes assemblées à la hâte pour étoffer un scénario cousu de fils blanc, en comptant sur le caractère potentiellement mignonnet des acteurs pour faire avaler la pilule. Le film divise le monde en deux, avec une description ultra caricaturale des nantis qui se tournent les pouces du haut de leurs tours d’ivoire (surtout si ce sont des femmes, forcément elles ont hérité et jamais travaillé, n’est-ce pas) ; tandis que les autres attendent patiemment que l’argent leur tombe du ciel, pétris de rêves et sans ambition véritable.

À travers son constat limite horripilant, Anne Le Ny enchaîne les casseroles et, à force de jeter ses idées pèle-mêle dans l’histoire, finit par perdre de vue un éventuel fil conducteur, si bien La Monnaie De Leur Pièce ressemble rapidement à un festival de pantins qui s’agitent sans marionnettiste avéré en tête. Là où un film plus consistant aurait cherché à tirer une quelconque morale humaine ou enseignement personnel d’un scénario qui, mieux écrit, avait pourtant du potentiel, Anne Le Ny se contente de jeter ses ingrédients dans une marmite et de les regarder cuire, sans réaliser l’odeur de cramer qu’il s’en dégage puisque le livre de cuisine indique clairement qu’il faut laisser mijoter une comédie pendant au moins 1h30 (niveau timing, on tombe pile poil). Et ce n’est pas tout, déjà que La Monnaie De Leur Pièce sonne un peu creux, Anne Le Ny s’est probablement dit que banaliser l’inceste était une bonne idée pour épicer le tout ! Seulement voilà, si la première moitié du film nous remâche des souvenirs de famille incluant la fameuse cousine – aussi éloignée soit-elle – et ne manque pas de le rappeler à chaque instant, la seconde tente de faire oublier le lien familiale pour nous faire avaler une couleuvre immense. Pour ma part, cousine éloignée ou germaine, parmi toutes les portes de sortie possible, La Monnaie De Leur Pièce a choisi la pire et ne l’assume même pas.

Jusqu’au bout, le film d’Anne Le Ny opte pour un récit moyen et ne parvient jamais à faire évoluer ses personnages qui, malgré leurs sourires et l’aspect coquet et jovial du film, compilent les clichés de la médiocrité entre le manque basique d’ambition et/ou de perspective autre qu’un coup de main salutaire de la marraine la bonne fée. Ou cousine, en l’occurrence. Le film s’étiole à vue d’œil, dans une bouillie vaudevillesque aux couleurs chamallow avec un regard observateur trop passif, voire même gênant en seconde moitié.
Malgré une tentative bonhomme, La Monnaie De Leur Pièce propose un ensemble plat, encore plus inutile que pourrait l’être une comédie aussi anecdotique, qui ne laisse visiblement aucune place à l’impertinence ou la prise de risque à cause d’un récit trop étriqué et confiné dans une conclusion qui semble avoir été moteur du projet, mais qui arrive comme un cheveu sur la soupe.

Le plus triste reste de voir un casting plutôt sympathique enlisé dans des personnages écrits avec paresse et dont on ne parvient jamais à s’attacher tant ils se complaisent dans la mesquinerie à tous les niveaux. Si Julia Piaton (Jour J, Adopte Un Veuf, Arrêtez-Moi Là…) reprend son personnage pincé qu’elle commence à bien connaître, Miou-Miou (Landes, Populaire…) fait peine à voir, visiblement paumée dans un rôle de mère inconsistant. Autour d’elle, Baptiste Lecaplain (Les Ex, Libre et Assoupi…) s’en tire grâce à son naturel sympathique, Alice Belaïdi (Si J’Étais Un Homme, L’Ascension…) dit moins de gros mots que d’habitude, mais son duo avec Lecaplain ne tient absolument pas la route ; Yannik Landrein joue les cerveaux de la bande, mais le personnage s’émiette trop facilement, tandis que Margot Bancilhon (Going To Brazil, Five…) écope d’un rôle immature et difficilement aimable.

En conclusion, je suis allée voir La Monnaie De Leur Pièce pour passer 1h30 de détente et je me suis finalement retrouvé devant une comédie flemmarde, centrée sur des personnages avares et petits. Plus irritant que drôle, le film d’Anne Le Ny s’embourbe dans un récit plat et inerte, entre ode à la médiocrité et inceste non assumé. À éviter.

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