[CRITIQUE] Photo de Famille, de Cécilia Rouaud

Le pitch : Gabrielle, Elsa et Mao sont frères et sœurs, mais ne se côtoient pas. Surtout pas. La première est « statue » pour touristes, au grand dam de son fils ado. Elsa, elle, est en colère contre la terre entière et désespère de tomber enceinte. Et Mao, game designer de génie chroniquement dépressif, noie sa mélancolie dans l’alcool et la psychanalyse. Quant à leurs parents, Pierre et Claudine, séparés de longue date, ils n’ont jamais rien fait pour resserrer les liens de la famille. Pourtant, au moment de l’enterrement du grand-père, ils vont devoir se réunir, et répondre, ensemble, à la question qui fâche : « Que faire de Mamie ? »

6 ans après Je Me Suis Fait Tout Petit, Cécilia Rouaud revient avec une chronique familiale à la fois tendre, confortable et humaine. Photo de Famille observe une cellule familiale délitée qui se retrouve à l’occasion d’un deuil. De ce point de départ tristoune se tisse une narration accessible autour des liens familiaux, entre ressemblances et crise identitaire ou existentielle. Du patriarche recasé qui s’apprête à démarrer un nouveau chapitre au dernier fils qui cherche un sens à la vie alors que tout semble lui réussir, Photo de Famille joue avec ses différents portraits dans une comédie dramatique multiples et touchantes, aux aspérités qui parviennent toujours à viser juste.

Porté par un ensemble conquérant et qui, généralement, ne déçoit jamais, le film de Cécilia Rouaud a ce petit coté frais et sympathique qui réjouit, faisant passer un bon moment sans forcément opter pour l’introspection lourde. Chaque personnage trouve sa place au sein d’une famille qui manque d’harmonie, tant Photo de Famille prend le temps de les explorer.
J’ai beaucoup aimé l’ambiance agréable du film, cette famille dysfonctionnelle, aussi normale que parfois atypique, habitée par des personnages dont les imperfections finissent par les rendre de plus en plus attachants. Cécilia Rouaud dessine des rôles sur-mesure pour ses personnages, jamais très éloignés des acteurs : on retrouve Bacri en papa bougon, Lauby en mère lunaire, Paradis en sœur un poil mystique ou encore Cottin en boule de nerfs… Cela peut paraître un choix un peu facile, mais cela apporte pas mal d’authenticité à une histoire somme toute banale, mais tellement humaine.

Dépression, solitude, difficulter à tomber enceinte ou a s’engager, le film explore petits et grands sujets dans un grand deballage affectif, avec une famille éclatée au centre et une mamie à gérer. Photo de Famille égratigne le modèle familial typique pour souligner le besoin de se retrouver de temps en temps, pour mieux se construire.

Cependant, tout n’est pas parfait. Photo de Famille fait l’effet d’un Polaroïd qui fonctionnerait à l’envers : d’abord lumineux, coloré et attrayant, puis de plus en plus fade avant de devenir transparent. Si l’histoire narrée par Cécilia Rouaud égaye joliment cette fin d’été et qu’une petite mamie trop mignonne ne cesse de nous attendrir, il faut avouer que le film tourne rapidement en rond. Les personnages se bousculent et cohabitent dans un ensemble choral qui semble finalement inégal. Tel un instantané, Photo de Famille prend un cliché éphémère dont l’intérêt s’évapore de plus en plus, entre sentiers battus et conclusions bancales.
Mignon, mais anecdotique tout de même.

Au casting, comme dit plus haut, les acteurs portent le film : Jean-Pierre Bacri (Place Publique, Le Sens de la Fête…) est toujours l’éternel patriarche bourru avec la juste dose de cœur, et son duo avec Chantal Lauby (Jour J, Qu’est-ce Qu’on A Fait Au Bon Dieu ?…) fait de jolies étincelles, tant cette dernière est toujours géniale. Autour d’eux, Vanessa Paradis (Maryline, Un Couteau Dans Le Cœur…) joue les insaisissables avec brio, Camille Cottin (Larguées, Telle Mère, Telle Fille…) cherche la perfection, tandis que Pierre Deladonchamps (Plaire, Aimer et Courir Vite, Le Fils de Jean…) est touchant en grand gamin presque asocial.
À noter également la présence de Marc Ruchmann (Loue-Moi !, Tout, Tout de Suite…), embarqué presque malgré lui dans cette bulle familiale explosée, et surtout la fabuleuse révélation : Claudette Walker en mamie extrêmement adorable.

En conclusion, Cécilia Rouaud signe une comédie familiale pleine de cœur et de tendresse, portée par des personnages et un casting attachants. Le seul bémol réside dans la facilité vaine de l’ensemble : Photo de Famille fait passer un moment agréable mais reste difficilement en mémoire. À voir.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s