
Le pitch : Cadre dans une usine de papier You Man-su est un homme heureux, il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a Aucun Autre Choix que d’éliminer tous ses concurrents…
Park Chan-wook est un réalisateur que j’aime beaucoup, souvent cité pour Oldboy et à sa trilogie de la vengeance, mais dont j’ai toujours préféré les œuvres situées à la frontière entre trouble, noirceur humaine et fascination, comme Thirst ou Stoker. Et surtout Mademoiselle, mon film préféré du cinéaste, qui cristallise pour moi toute la finesse de sa mise en scène, son sens du récit et son goût pour les jeux de manipulation.
Trois ans après Decision to Leave, il revient avec l’adaptation du roman « The Ax » de Donald Westlake, déjà porté à l’écran en France sous le titre « Le Couperet » par Costa-Gavras, avec José Garcia. Comme son prédécesseur, Park Chan-wook ne se contente pas d’un simple copier-coller, mais transpose intelligemment l’histoire dans le contexte sud-coréen.

Au-delà de la détresse d’un homme brutalement confronté au chômage, Aucun Autre Choix s’intéresse surtout au poids des responsabilités qui pèsent sur « l’homme de la famille » et à la violence symbolique de l’échec social. Dans des sociétés où la réputation et la réussite professionnelle sont centrales, la chute est d’autant plus brutale. Le propos reste pourtant universel, et résonne fortement avec notre réalité actuelle. Avec un humour noir mordant, Park Chan-wook nous embarque dans la descente aux enfers d’un homme prêt à tout pour retrouver sa place. Le film conserve une approche satirique efficace, ponctuée de situations absurdes et de moments de comique grinçant qui viennent alléger, temporairement, la noirceur du propos. Car non, on ne devient pas tueur sur un coup de tête, malgré ce qu’Hollywood aime parfois nous vendre.

Entre maladresse, désespoir et cynisme, le film dresse un portrait cruel et savoureux de personnages enfermés dans leurs croyances, leurs frustrations et leurs préjugés. Si Aucun Autre Choix se montre moins frontalement cruel que l’adaptation française, Park Chan-wook ne renonce jamais à confronter son héros à la gravité de ses actes. Le cynisme est là, bien présent, parfois jubilatoire, parfois glaçant, et participe à la force du récit.
Pourtant, malgré ses qualités évidentes, je ressors du film un peu mitigée. Quelques longueurs se font sentir, mais surtout, j’ai été perturbée par certains choix de mise en scène. D’ordinaire, j’adore le style du réalisateur, sa précision, son sens du cadre et du rythme. Ici, j’ai parfois trouvé les effets trop appuyés, trop visibles, presque démonstratifs, ce qui m’a étonnée d’un réalisateur que je trouve d’ordinaire plutôt subtil.

À plusieurs reprises, je me suis surprise à analyser les plans plutôt qu’à me laisser porter par l’histoire, me demandant ce que telle ou telle trouvaille visuelle cherchait vraiment à raconter… avant de regretter de ne pas être assez experte pour ne pas comprendre les intentions derrière chaque plan. Objectivement, le film est superbe : c’est propre, léché, maîtrisé, nourri par différents genres (burlesque, thriller, comédie noire, horreur…) que Park Chan-wook entremêle avec virtuosité. Mais subjectivement, j’ai eu le sentiment que tout n’était pas toujours nécessaire, et que cette surenchère stylistique finissait parfois par nuire à l’émotion.

Au casting, Lee Byung-Hun (Kpop Demon Hunters, L’Homme du Président, Les Sept Mercenaires…) incarne un anti-héros pathétique conquérant, brillant entre désespoir et jusqu’au-boutisme maladroit. Autour de lui, Son Ye-jin (The Negotiation, Be With You…), Lee Sung-min (Handsome Guys, Seoul Spring…), Yeom Hye-ran (The Glory…) et Cha Seung-won (Night in Paradise…) composent une galerie de personnages aussi décalés que crédibles, renforçant la dimension satirique du récit.
En conclusion, Aucun Autre Choix est un film ambitieux, qui propose une satire sociale grinçante sur la peur du déclassement et la violence silencieuse du monde du travail. Imparfait mais maîtrisé, même si le film de Park Chan-wook ne m’a pas totalement convaincue, il reste toute de même le fruit d’un cinéaste qui continue de surprendre et de se dépasser techniquement. À voir.

