
Le pitch : Colette, professeure de cinéma spécialisée dans l’œuvre de Hitchcock, soupçonne son nouveau voisin d’en face d’avoir tué sa femme. Réalité ou déformation professionnelle ? Son mari, François, écrivain de romans historico-policiers un peu désuets, est d’abord sceptique face à l’obsession de Colette pour ce prétendu crime. Il se laisse cependant embarquer dans cette enquête rocambolesque, et, à mesure que les indices s’accumulent et que le mystère s’épaissit, ce couple ordinaire se transforme en duo de détectives hors pair. Alors, y a-t-il vraiment eu un crime au 3 e étage ?
De temps en temps, le cinéma français s’aventure sur le terrain glissant de la comédie policière, avec plus ou moins de réussite. Après Le Mystère Henry Pick, Rémi Bezançon (Le Premier Jour du Reste de ta Vie, Nos Futurs, Un Coup de Maître…) poursuit dans cette veine avec Le Crime du 3e Étage, un film qui assume pleinement son envie de jouer avec les codes du genre… quitte à marcher dans des pas un peu trop grands pour lui.

Dès ses premières minutes, le film affiche ses intentions : rendre hommage au maître du suspense, Alfred Hitchcock, en particulier à Fenêtre sur Cour (1954), dont il reprend le principe voyeuriste jusqu’à la moelle. À travers le personnage de Colette, professeure à la Sorbonne et hitchcockienne convaincue, Rémi Bezançon injecte une dimension méta plutôt ludique, allant jusqu’à expliciter les mécanismes du suspense via une voix off (ou la réincarnation vocale d’Alfred Hitchcock). Un procédé parfois appuyé et risqué, mais qui témoigne d’un vrai plaisir de cinéma, presque enfantin, à décortiquer les ficelles du genre.

Le dispositif fonctionne d’autant mieux qu’il repose sur une mécanique universelle : cette curiosité presque malsaine qu’on peut tous éprouver pour la vie des autres. Rémi Bezançon joue avec ce voyeurisme partagé, transformant le spectateur en complice direct de cette enquête de voisinage. On se surprend alors à entrer dans le jeu, à guetter le moindre indice, à douter de tout, dans un ballet de faux-semblants qui rappelle évidemment des thrillers plus contemporains (Gone Girl, La Femme à la Fenêtre, La Fille du Train) que les classiques du genre.
Mais là où le film séduit dans son concept, il peine à convaincre dans son incarnation. Le couple Colette et François intrigue plus qu’il ne convainc. Entre la prof passionnée et désinvolte et l’écrivain ronchon et désabusé, l’alchimie paraît fragile, presque théorique. Le film esquisse bien quelques tensions (frustrations créatives, distance émotionnelle) mais sans jamais réellement les explorer. Résultat : une relation qui manque de chair et un attachement émotionnel qui reste en surface.

C’est d’autant plus dommage que cette dynamique aurait pu enrichir le propos, en miroir de l’enquête elle-même. Car derrière le mystère du voisin se cache aussi celui du couple central : un mystère que le film préfère finalement contourner. La résolution rapproche les personnages, mais sans véritable cheminement, laissant un léger goût d’artifice.
Heureusement, Le Crime du 3e Étage peut compter sur son sens du rythme et son goût du jeu pour maintenir l’attention. Les clins d’œil cinéphiles (Alfred Hitchcock, duh, mais aussi Ernst Lubitsch ou Philippe De Broca) parsèment le récit avec une certaine générosité, parfois un peu insistante mais jamais méprisante.

Au casting : si le duo Gilles Lellouche (Chien 51, L’Amour Ouf, Astérix et Obélix : Le Combat des Chefs…) et Laetitia Casta (Le Consentement, Le Bonheur Est Pour Demain…) parvient à donner le change en acolyte, l’absence d’alchimie censée donner vie au couple est visible. Si bien que je me suis demandé comment le personnage solaire de Colette avait pu tombée amoureuse d’un type aussi ronchon et négatif que ce François. Heureusement, Guillaume Gallienne (Kaamelott : Deuxième Volet Partie 1, The French Dispatch…) tire son épingle du jeu en incarnant un personnage délicieusement trouble aux cotés d’une Isabel Aimé Gonzalez Sola (Toutouyoutou, Engrenages…) convaincante.
En conclusion, suffisamment drôle et intrigant, le film de Rémi Bezançon remplit globalement son contrat de divertissement. Mais à force de répéter ses effets et de surligner ses intentions, Le Crime du 3e Étage finit par perdre en surprise et l’intrigue, malgré quelques détours habiles, devient rapidement lisible et téléphonée. À voir.

