Comédie

[CRITIQUE] De La Comédie-Française, de Martin Darondeau et Bertrand Usclat

Le pitch : Dans 3 heures, Nina dévoile sa première mise en scène à la Comédie-Française. Mais dans l’agitation des dernières répétitions, rien ne se passe comme prévu : retards, coups de stress, problèmes techniques et problèmes d’égo secouent la troupe. Pourtant, Nina n’a pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout car s’il y a bien une règle d’or à la Comédie-Française, c’est qu’on n’annule pas. Commence alors une course contre la montre pour sauver la représentation.

Pour son premier long-métrage, Bertrand Usclat (Jumeau Mais Pas Trop, Un Mariage Sans Fin…) co-réalise avec Martin Darondeau (Fleur Bleue, Broute 24…) De La Comédie-Française, l’histoire d’une metteuse en scène qui, à quelques heures de la première de sa pièce, doit gérer une succession d’imprévus menaçant la représentation. L’ensemble est frais, gentiment chaotique et porté par des personnages hauts en couleur, donnant parfois l’impression d’assister à un condensé d’expériences réellement vécues dans les coulisses du théâtre.

Car pour ceux qui ne le savent pas, la Comédie-Française, aussi surnommée la Maison de Molière, est l’une des plus anciennes institutions théâtrales françaises. Fondée en 1680 sous Louis XIV, elle possède une troupe permanente de comédiens et propose un répertoire allant des grands classiques aux œuvres contemporaines. Pensionnaires ou sociétaires, ses comédiens bénéficient d’une stabilité assez rare dans le milieu, leur permettant de passer de Shakespeare à Racine ou Molière, tout en participant à des créations plus modernes. Appartenir à la Comédie-Française apporte également une certaine reconnaissance, jusque sur les affiches de cinéma où le nom d’un comédien est régulièrement accompagné du fameux « De La Comédie-Française ».

C’est donc au cœur de cette institution emblématique que Martin Darondeau et Bertrand Usclat installent leur comédie. De La Comédie-Française propose ainsi une incursion attrayante dans l’envers du décor du théâtre français. Dès les premières minutes, le film annonce la couleur avec une tonalité légèrement vieille France et une ambiance très administrative, où le moindre imprévu vient enrayer les rouages d’une vieille dame peu habituée à sortir de ses habitudes. Le film s’amuse alors du contraste entre l’image prestigieuse, classique et parfaitement réglée de l’institution et le joyeux chaos qui s’agite derrière les rideaux.

Guerres d’ego, triangles amoureux, dramas personnels, problèmes techniques et caprices d’artistes viennent ainsi parasiter une ultime répétition où rien ne semble vouloir se passer comme prévu. De La Comédie-Française devient rapidement électrique et agité, avec toujours quelque chose à gérer, réparer ou désamorcer. Les personnages sont hauts en couleur, bien qu’un poil clichés, et le rythme frénétique se révèle souvent contagieux. L’humour reste assez safe, mais fonctionne suffisamment pour accompagner ce petit bordel organisé sans chercher à en faire des tonnes. L’ensemble se regarde finalement avec beaucoup de facilité, comme on déguste une bonne glace en été.

Cependant, pour poursuivre la métaphore, De La Comédie-Française serait plutôt une glace à la vanille. Agréable et satisfaisante sur le moment, mais aussi très prévisible et pas franchement mémorable. Le récit manque parfois d’audace et ses comédiens se comportent si souvent comme des enfants gâtés qu’il devient difficile de réellement s’intéresser à leurs storylines. Du mari trompé à l’ancienne gloire un peu siphonnée, le film égrène une galerie de personnages volontairement caricaturaux pour amuser la galerie, mais ne sait pas toujours quoi en faire au-delà de l’effet comique immédiat. Ainsi, certains personnages auront un arc discutable, notamment le jeune ouvreur qui voit sa confiance jouer les montagnes russes tout au long du film et qui finalement se fait écarter de manière brutale alors qu’on pensait que son arc allait récompenser ses efforts.

C’est surtout là que De La Comédie-Française révèle ses limites. Derrière son agitation permanente, le film reste finalement très démonstratif et ne profite jamais réellement de son cadre pour nous faire découvrir ce qui rend cette institution si particulière. Le spectateur novice n’en apprendra finalement que très peu sur son fonctionnement, le statut de pensionnaire ou de sociétaire ou encore les contraintes spécifiques qui pèsent sur les membres de la troupe. Martin Darondeau et Bertrand Usclat préfèrent ainsi miser sur un éventail de personnalités et de situations comiques plutôt que dresser des portraits plus réalistes de celles et ceux qui font vivre la Maison de Molière. Un choix parfaitement assumé dans le registre de la comédie, mais qui laisse l’ensemble en surface et donne parfois le sentiment que ce décor prestigieux aurait pu être davantage exploité.

Au casting, il y a évidemment pas mal de pensionnaires et de (ex) sociétaires de la Comédie-Française : Pauline Clément (Hors Normes, Heureux Gagnants, Chers Parents…), partenaire de longue date de Bertrand Usclat, tente de porter cette troupe à bout de bras, elle incarne un personnage accessible et frais qui donne envie de la voir réussir. Autour d’elle, on découvre Marina Hands (Cinq Hectares, Un Triomphe…), Laurent Stocker (Vacances Forcées, Bernadette…), Julien Frison (Sambre, Les trois Mousquetaires…) et Danièle Lebrun (Une Année Difficile, Noël Joyeux…) dans un ensemble oscillant entre folie douce et légèreté.
Quelques seconds couteaux tireront brillamment leur épingles du jeu comme Christian Hecq (Police 1900, Police 1905…) et ses interventions hilarantes ou encore Sefa Yeboah pour sa douceur volontaire, d’autres passeront sans laisser de trace, comme Adeline D’Hermy (Maryline, La Vie Devant Moi…). Des visages plus connus viendront faire quelques apparitions remarquées, comme Guillaume Gallienne (Le Crime du 3e Étage, Lady Nazca…), Florence Viala (Dossier 137, Une Pointe d’Amour…) et Benjamin Lavernhe (Le Mélange des Genres, En Fanfare…).

En conclusion, De La Comédie-Française est une comédie sympathique et amusante par bien des aspects. Mais en privilégiant les caricatures et les péripéties, le film de Martin Darondeau et Bertrand Usclat survole les mécanismes d’une institution qui aurait mérité d’être davantage explorée. À voir.

Laisser un commentaire