[COUP DE CŒUR] Maryline, de Guillaume Gallienne

Le pitch : Maryline a grandi dans un petit village. Ses parents ne recevaient jamais personne et vivaient les volets clos. À 20 ans, elle « monte à Paris » pour devenir comédienne. Mais, elle n’a pas les mots pour se défendre. Elle est confrontée à tout ce que ce métier et le monde peuvent avoir d’humiliant mais aussi de bienveillant. C’est l’histoire d’une femme, d’une femme modeste, d’une blessure.

Quand je pense « Maryline » (avec ou sans e), je pense tout de suite à Monroe, LA pin-up au sex-appeal ravageur et à la destinée tragique. Quand j’ai vu celle de Guillaume Gallienne, je me suis dit « rien à voir ! »… J’avais (presque) tout faux.
4 ans après le délicieux Les Garçons et Guillaume, À Table !, Guillaume Gallienne revient avec un nouveau film, Maryline, un drame mélancolique et parfois ensoleillé sur le parcours d’une femme qui se rêve comédienne à la Capitale. Dès que je l’ai vue, je me suis dit « je vais la détester », car cette Maryline semble paumée avec son visage triste et son manque de confiance qui la mure parfois dans le silence. Et pourtant, au fur et à mesure que Guillaume Gallienne construit son héroïne, il révèle un personnage dont la sensibilité se mue peu à peu en force, faisant de ses apparences fragiles une base de plus en plus solide pour panser ses propres blessures.

Maryline n’est pas une héroïne de cinéma à la vie romancée, piquée par des mini-drames que sa marraine la bonne fée va résoudre par magie, Maryline est une femme simple qui parfois a du mal à se relever, une femme accessible, fêlée de partout et qui se ressoude comme elle peut. Multiple et accessible, l’héroïne transperce l’écran et émeut de minutes en minutes, créant la surprise et se dévoilant naturellement sans jamais s’exhiber : grossièrement déguisée en paysanne, elle débarque soudain en vamp avec des jambes interminables ; souvent au fond du trou, elle exulte de joie et fait sourire quelques minutes après ; parfois timide et effarouchée, elle est d’un coup capable de déborder d’une sensualité surprenante en dévoilant une épaule ou en dévorant un amant à pleine bouche… Guillaume Gallienne cristallise la féminité – probablement son objet de curiosité favori ! – à travers cette « super woman » ordinaire et versatile à laquelle on s’attache et que l’on (re)connait.

Entre creux de la vague et lumière au bout du tunnel, Guillaume Gallienne signe une tranche de vie lumineuse et tragique, tout en nous transportant des plateaux de cinéma aux planches de théâtre – égratignant ainsi la différence de chaque milieu (l’un névrosé, l’autre plus humain). Maryline attire l’empathie et le regard, sans le vouloir ni forcer, dans un ballet émotionnel ponctué par des rencontres parfois déterminantes, d’autres fois blessantes, tout en mettant en lumière la sensibilité d’une artiste et d’une femme, loin des paillettes et du star-système, qui exprime beaucoup de choses malgré (ou grâce à) son caractère effacé. Car en effet, si Maryline semble faite être du matériau idéal pour paillasson, Guillaume Gallienne en fait une égérie silencieuse et charismatique, qui transmet plus de choses en un regard qu’en une tirade interminable.

Si Les Garçons et Guillaume, À Table ! était une démonstration de style coloré, dense et pétillante, Maryline a une volonté bien plus intimiste et personnel. Aussi bien acteurs que réalisateurs ont l’expérience de la scène et du grand écran, aussi Maryline se détache des apparences de ces milieux pour proposer un décor plus sobre et dépouillé. Les tableaux grisâtres mettent en avant le personnage principal et la photographie tristoune se réchauffe au fur et à mesure que Maryline avance et se réalise. Guillaume Gallienne livre un film habité par l’expérience et par une vision du métier qu’il expose nue à l’écran, à travers une Maryline à fleur de peau et la quête bien humaine de trouver sa place, quelque part. C’est justement cette retenue habile et mesurée qui empêche finalement de transformer Maryline en damoiselle en détresse, car le film ne cherche pas l’apitoiement ni la pitié pour cette « pauvre fille » et expose une tranche de vie sans jugement, ce qui lui donne justement une dimension mélancolique palpable et élève son héroïne vers la lumière, inspirant presque l’admiration ou au moins la compassion.

Au casting : Adeline d’Hermy (Yves Saint Laurent, Camille Redouble…) crève l’écran et vole la vedette à un ensemble pourtant piqué par des têtes d’affiches honorables. Guillaume Gallienne l’avait déjà repérée pour son téléfilm Oblomov (2017) et nous l’offre sur un plateau d’argent. Déjà pré-sélectionnée aux César 2018 dans la catégorie Meilleur Espoir Féminin, Adeline d’Hermy, issue du théâtre et sociétaire à la Comédie Française, a l’aura envoûtante d’une grande et l’élégance classique de ces actrices iconiques qui restent en mémoire à travers les âges. En Maryline, elle est exceptionnelle.
À ses cotés, on remarquera (à peine) Vanessa Paradis (Sous les jupes des Filles, Apprenti Gigolo…), Éric Ruf (Trois Souvenirs de ma Jeunesse…), Pascale Arbillot (Aurore…), Clotilde Mollet (Samba…) ou encore Alice Pol (Cézanne et Moi…).

En conclusion, Maryline, qu’elle soit Monroe ou Gallienne, touche en plein cœur avec la même générosité trop entière et trop fragile à la fois. Guillaume Gallienne signe un deuxième film sensible aux allures d’hommage, aussi bien au métier à ce brin de femme qu’il façonne de bout en bout, comme une héroïne commune à la force tranquille et discrète mais bien présente et qui refuse la fatalité – même si elle l’embrasse parfois. À voir absolument !

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