[CRITIQUE] Crash Test Aglaé, d’Eric Gravel (Disponible en DVD, BR et VOD)

Le pitch : L’histoire d’une jeune ouvrière psychorigide dont le seul repère dans la vie est son travail. Lorsqu’elle apprend que son usine fait l’objet d’une délocalisation sauvage, elle accepte, au grand étonnement de l’entreprise, de poursuivre son boulot en Inde. Accompagnée de deux collègues, elle va entreprendre un absurde périple en voiture jusqu’au bout du monde qui se transformera en une improbable quête personnelle.
Réalisé par Eric Gravel – Sortie en DVD, BRD et VOD le 7 mars 2018
Avec India hair, Julie Depardieu, Yolande Moreau…
Inclus dans le DVD (en plus du film et du choix audio) : la bande-annonce.

Pour son premier long-métrage, Eric Gravel propose un road-movie au féminin étonnant, sur fond de comédie sociale et toile amère sur les conséquences de la mondialisation. Si Crash Test Aglaé propose des personnages modestes et simples, le film évite habilement tout misérabilisme pour se concentrer sur son héroïne, ou plutôt anti-héroïne, pleine de TOCs et de volonté, qui tente de conserver un semblant de stabilité alors que son monde s’écroule. Au cours d’un voyage plein de rebondissements et de rencontres, Eric Gravel dépeint surtout une introspection solaire sur le parcours de cette jeune femme. À l’arrivée, si rien ne se passe évidemment comme prévu, Crash Test Aglaé propose une histoire sincère et attachante, aussi bien grâce à son personnage singulier qu’à son contexte très actuel.
En effet, derrière l’humour et le voyage improvisé, Eric Gravel montre une réalité bien tangible, donnant une voix à ces gens qui perdent leurs emplois du jour au lendemain. Entre délocalisation, mondialisation et actions syndicales, si Crash Test Aglaé ne manque pas de piquant et d’optimisme, le sujet de fond reste néanmoins présent en explosant un problème social traité avec justesse et étendu au-delà de nos frontières pour mieux relativiser et, pourquoi pas, se focaliser sur l’essentiel.

Ce que j’ai apprécié dans ce film, c’est l’écriture des personnages : Crash Test Aglaé choisit de situer son histoire dans un décor industriel et de tourner autour de femmes simples. Là où beaucoup aurait accentué leur potentiel beauf ou ringard pour faire ricaner, Eric Gravel conserve une approche attendrissante, notamment autour de ce trio qui s’applique à rebondir avec les options – aussi discutables soient-elles – qui s’offrent à elles.
Cependant, malgré ses bons points, l’ensemble reste tout de même un peu long et semble parfois naviguer à vue. Crash Test Aglaé déstabilise souvent et transforme peu-à-peu un road-trip entre copines de galère en introspection en solitaire et incertaine (dommage, surtout avec Yolande Moreau et Julie Depardieu à l’affiche !). Le film accuse pas mal de creux malgré sa durée relativement courte, probablement parce que le scénario manque parfois d’étoffe et n’explore pas suffisamment les rencontres faites par Aglaé, laissant ainsi quelques morceaux d’histoires en suspens et des incohérences s’échapper. De plus, même si le personnage principal s’avère finalement attachant, il n’est pas dit que ce type de personnalité très rigide fonctionne pour tout le monde. Et enfin, même avec mon niveau approximatif en géographie, j’aurai tout de même quelques questions sur la plausibilité de certains aspects de ce voyage…

Au casting, on (re)découvre India Hair (Petit Paysan, Rester Vertical, Jacky au Royaume des Filles…), une jeune actrice loin d’être débutante qui porte le film de bout en bout avec une fraîcheur atypique et une sincérité certes un peu brute mais attachante. À ses cotés, Julie Depardieu (Les yeux Jaunes du Crocodile, Le Tueur du Lac…) et Yolande Moreau (De Toutes Mes Forces, Le Tout Nouveau Testament…) sont excellentes, apportant sensibilité et mordant dans un trio équilibré.

En conclusion, Eric Gravel ose la comédie dramatique et sociale en abordant un sujet qui fâche avec humour à travers un road-movie aux allures de parcours initiatique salutaire. Si on est pas loin du feel-good movie à la française, Crash Test Aglaé rate de peu le coche à cause de ses longueurs et une héroïne à la personnalité à double-tranchant (on aime ou on aime pas). À tester.
>>> Concernant le DVD : j’aurai aimé plus de bonus. Alors que le film parcourt l’Europe et l’Asie (sur 5 pays différents), un making-of sur le tournage aurait été sympathique.

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