Savages : Du cliché fantasmé relevé par un casting latino excellent

Oliver Stone et moi ne nous étions pas revus depuis la fois où j’ai du vomir mes Tripes (de dégoût) à la sortie de World Trade Center en 2005. Il semblerait qu’à travers Savages, Stone ait enfin repris ses esprits !

Dans son dernier film, Stone nous entraîne dans le monde de la drogue, des cartels mexicains et des trafics en tout genre, le tout sous le soleil de Californie. Une aventure haute en couleurs, animée et rythmée avec passion et des shoots de violences plutôt extrêmes. Si certains passages peuvent s’avérer chaotiques ou douteux à certains moments, au final l’ensemble séduit par sa nonchalance et par une distribution déjantée. Si Savages est un très bon divertissement, ce n’est pas non plus un film inoubliable.

D’un coté nous avons le conte de fées : Ben et Chon, deux amis d’enfance, (sur-gaulés, sur-tatoués, sur-bronzés, bref deux toyboys aux dents blanches) amassent des millions et des millions de dollars en produisant la meilleure marijuana du marché (rien que ça), tout en se partageant la belle O(phely), fille de bonne famille (avec un oedipe non reglé) et la pierre angulaire de ce ménage à trois. Tout va bien dans le meilleur des mondes, une vie rêvée qui parlera surement à un large public grâce à son coté jeunesse dorée bling-bling sauce dolce vita (l’argent coule à flot, on vit à la plage, on bosse pas, youpi). Ces trois personnages centraux sont à peine approfondis et baignent dans une superficialité bienheureuse (quand Lively est retenue en otage, sa seule question est de savoir si elle aura une brosse à dents…) et une nonchalance à peine forcée. Heureusement, de l’autre coté (et c’est là que ça devient bon) il y a le duo Benicio Del Toro et Salma Hayek.

Lui est un homme de main, dangereux, malsain et sans pitié, elle, c’est ZE caïd qui règne d’une main de fer dans cet univers masculin, violent et sanglant. Deux personnages charismatiques qui portent le film et donnent un véritable coup de fouet dans le monde de la drogue version Disneyland qui nous étaient présentés jusque là. La douce bulle d’amour et de sensualité dans laquelle baignait notre trio éclate quand O se fait kidnapper par le cartel et voici Ben et Chon forcés de plonger petit à petit dans un univers sombre et sulfureux afin de la récupérer. Les deux mondes finissent par cohabiter et se contaminer : les gentils se retrouveront avec les mains pleines de sangs et les méchants montreront leurs faiblesses au grand jour. Le risque dans ce genre de film tourné avec le pied sur l’accélérateur, c’est la perte de rythme.

Savages n’y échappe pas, le film est très long et s’attarde parfois sur des scènes ou des dialogues qui auraient pu être coupés au montage et, à l’inverse, nous prive de scènes qui auraient largement pu être exploitées dans le film (la vidéo que montre Del Toro à Lively sur son portable, par exemple), se payant même le luxe de nous offrir une fin alternative plutôt grotesque dont on aurait pu se passer (mais qui aurait surement ravi les fans de Twoilet, mais qui finalement fait plutôt penser au film de Ridley Scott, Thelma et Louise !). Il faut dire qu’Oliver Stone avait décidé de nous raconter beaucoup de choses, en plus de l’univers dangereux et violent des producteurs et revendeurs de drogues (on pense forcément à Blow de Ted Demme), il prend aussi le temps de dénoncer la police corrompue (John Travolta), se faisant graisser la patte aussi bien par des cartels rivaux que par les producteurs lambdas et d’aborder très légèrement (et inutilement) la confusion juvénile provoqué par la peur de devenir adulte (avec un soupçon de On the road, de Walter Salles). Au final, si Savages donne l’impression d’être un peu confus et fourre-tout sur les bords, on finit tout de même par retrouver la gouaille de Stone (Tueurs nés) et par savourer ces poussées d’adrénaline survitaminées par une photo vive et saturée.

Coté casting : Taylor Kitsch (John Carter) et Aaron Taylor-Johnson (Chatroom) vivent une véritable “bromance” à l’écran, s’accordant comme le jour et la nuit : l’un tente de jouer le gros bras taciturne et meurtri par son passage à l’armée, l’autre joue l’éternel optimiste un peu écolo qui finira par basculer. Blake Lively reste coincée dans son rôle de Gossip Girl, version un poil plus dévergondée et plus bronzée. Le monstre du casting, c’est bien entendu Benicio Del Toro, superbe, qui incarne Lado, l’homme de main du cartel, avec brio, accompagnée par une Salma Hayek magnifique et tout simplement géniale dans son rôle ultra badass (on a rarement vu le rôle du caïd tenu par une femme). J’en redemande.

En conclusion, Savages plait et distrait, laissant globalement un bon souvenir teinté toute fois d’une légère amertume : le conte de fées finit tout de même par prendre le dessus.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s