Argo : Un thriller maîtrisé et haletant

Ben Affleck, c’est un peu le point d’interrogation pour moi. Une filmo que je suis très peu car beaucoup de guimauve, quelques bons films et surtout une grosse (énorme) déception après avoir vu (subi) Daredevil il y a quelques années (je lui en ai beaucoup voulu). Mais une fois qu’il se met derrière la caméra : magie. C’est un homme différent, un homme intelligent, un poil torturé et talentueux… C’est sûr, Ben Affleck est habité, il y a un génie cinéaste qui sommeille en lui.

Deux films, deux succès. Tout d’abord il y a eu Gone Baby Gone en 2007, le premier long métrage de Ben Affleck, un thriller sombre et percutant sortit en douce dans quelques salles françaises. Le succès de ce premier film a mis du temps à se faire savoir, mais quand The Town est sorti en salle en 2010, beaucoup pensaient que Ben Affleck ne réussirait pas son pari deux fois. Ils ont eu tord.

Alors forcément, quand Argo pointe le bout de son nez, on sait d’avance (du moins, on espère très fortement) que l’on va être soufflé.

Tiré d’une histoire vraie, Argo nous ramène en novembre 79, alors qu’une révolution fait rage en Iran, 52 Américains travaillant pour l’ambassade américaine à Téhéran se font prendre en otage tandis que 6 autres parviennent à s’échapper et à se cacher dans la maison de l’ambassadeur Canadien. Plusieurs mois plus tard, la CIA décide enfin d’organiser une mission sauvetage unique et top secrète dirigée par un spécialiste de l’exfiltration, Tony Mendez, qui mettra au point un plan surprenant et risqué : prétexter le tournage d’un film en Iran et sortir les six rescapés du pays.

Le film se déroule en deux temps et après une ouverture sur les chapeaux de roues, la première partie est un peu lente. C’est excusable car l’histoire est complexe et il faut situer le contexte : la nation américaine s’inquiète du sort des 52 otages et reproche au gouvernement de ne rien faire, sans parler des élections présidentielles qui ont lieu au même moment… S’ajoute à cela le fait que seuls le gouvernement et la CIA savent que ces 6 américains sont cachés et risquent d’être démasqués et tués à tout moment. Comment les sortir de ce guêpier en vie et sans déclencher une nouvelle guerre ?

Beaucoup de parlotte et d’explications qui valent le coup de s’accrocher pour mieux cerner l’ambiance particulière d’Argo, sur le fil du rasoir dès le début, car la suite va rapidement s’enchaîner. Lentement mais sûrement, Argo arrive à nous convaincre du danger et de l’enjeu presque désespéré de la mission, grâce à une mise en scène oppressante et des scènes insérées qui nous rappellent régulièrement la situation précaire dans laquelle vivent les 6 américains cachés en Iran. D’ailleurs, comment résister ? Comment ne pas s’intéresser à cette affaire, bien réelle, qui n’a été rendue publique que dans les années 80 ? Une telle histoire, justement digne d’un film, méritait largement d’être portée à l’écran. Argo provoque l’empathie des spectateurs qui, rapidement, ne se demanderont qu’une chose : vont-ils s’en sortir ? Le suspens commence bientôt à nous envahir et ne vous lâchera plus jusqu’à la dernière minute tant l’issue du film est incertaine.

Après un bref moment de répit empreint d’humour où Tony Mendez met au point sa “meilleure mauvaise idée” aux cotés de personnages hauts en couleurs, John Chambers et Lester Siegel, respectivement maquilleur et producteur de films à Hollywood, Argo se lance enfin. La pression est présente à chaque minute, l’atmosphère est tendue, le casting est sobre et crédible jusqu’au bout, l’écriture est soignée, la photographie est un peu jaunie pour renforcer l’aspect authentique du film… Vous ne pourrez plus quittez l’écran des yeux tant le suspens est insoutenable. Affleck perfectionne les détails et pose un regard franc et sans véritable parti pris, en évitant de sombrer dans le mélodrame ou dans une morale dégoulinante de pro-américanisme. Intelligent et prenant, Argo ne laisse rien au hasard, joue avec nos nerfs en multipliant les rebondissements afin de ne laisser aucun répit aux spectateurs, nous emmenant fébrilement jusqu’à une conclusion jubilatoire.

Les rares bémols que l’on pourrait trouver, en chipotant un peu, seraient : la lenteur du film au début mais qui se révèle finalement nécessaire et peut-être une mini touche pro-américaine qui titillerait le Français chauvin, mais là cette fois, c’est mérité. Alors, passons.

Au casting : Même si Ben Affleck tient le premier rôle, il n’est pourtant pas la star du film. En interprétant Tony Mendez, il est finalement en retrait, jouant l’élément régulateur, auquel on peut s’identifier, qui devra tempérer et composer avec les craintes de la CIA et les espoirs de ceux qu’il tente de sauver. A ses cotés, on retrouve Alan Arkin et John Goodman, formidables et hilarants, la bouffée d’air frais dans ce thriller angoissant.

En conclusion, malgré quelques lenteurs et une ambiance un peu chaotique au départ, Argo se révèle être un thriller maîtrisé et haletant au suspens insoutenable jusqu’à la dernière minute. Si vous avez tendance à vous ronger les ongles, ne tentez pas d’arrêter avant d’aller voir Argo.

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