Men, Women & Children : Une fable moralisatrice et déconnectée

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Pour son nouveau film, Jason Reitman explore les relations humaines à travers la communication 2.0. En cherchant à illustrer la façon dont les êtres humains s’éloignent en étant trop connectés, Men, Women & Children botte en touche avec un film à la fois moralisateur et bourré de clichés adolescents. Déprimant, longuet et plutôt caricatural, le film s’étire péniblement entre bavardages inconsistants et fausse introspection, transformant Men, Women & Children en portrait superficiel de parents obsédés par leurs gamins et/ou leurs propres vies sexuelles. Non merci.

Le pitch : Men, Women & Children brosse le portrait de lycéens leurs rapports, leurs modes de communication, l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et leur vie amoureuse. Le film aborde ainsi plusieurs enjeux sociétaux, comme la culture des jeux vidéo, l’anorexie, l’infidélité, la course à la célébrité et la prolifération de contenus illicites sur Internet. Tandis que les personnages s’engagent dans des trajectoires, dont l’issue est parfois heureuse et parfois tragique, il est désormais évident que personne ne peut rester insensible à ce bouleversement culturel qui déferle sur nos téléphones, nos tablettes et nos ordinateurs.

Je l’avais déjà dit, mais cela se confirme. Jason Reitman et moi ne sommes compatibles qu’une fois sur deux. Si j’ai adoré Thank You For Smoking, In The Air et le fabuleux Last Days Of Summer, ses autres films me déçoivent beaucoup comme Juno, Young Adult et maintenant Men, Women & Children. En effet, lorsque le réalisateur canadien, souvent récompensé pour ses films, s’intéresse aux adolescents (et adulescents), ses personnages semblent toujours surfaits, soit trop originaux et parfois péteux pour être appréciables (Juno), soit trop clichés pour qu’on ait envie de s’y attarder. D’un autre coté, lorsqu’il abandonne la psychologie de comptoir qui l’a érigé, sans que je comprenne vraiment pourquoi, en tant que maître ès « ados à problèmes », Jason Reitman peut aussi réaliser des films géniaux à travers un monde qu’il maîtrise bien mieux, celui des adultes, même si ces derniers sont parfois aussi perdus que des ados.

Avec un film presque choral suivant plusieurs destins croisés, Men, Women & Children avait beaucoup de pain sur la planche, peut-être un peu trop. Adaptant le roman de Chad Kultgen, Jason Reitman survole les maux adolescents les plus revus au cinéma, avec ou sans internet, et ne propose finalement rien de nouveau. Entre l’ado dépressif, celui étouffé par un parent surprotecteur et un dernier qui devient le réceptacle des rêves de gloire de sa mère, Men, Women & Children ne fait que rajouter Twitter, les messageries virtuelles et autres sites internet à la sauce pour se démarquer de n’importe quelle soupe télévisée que l’on pourrait trouver un après-midi pluvieux sur M6 (no offense). Si la curiosité nous pousse toutefois à découvrir Men, Women & Children, il faut dire que Jason Reitman met tout en œuvre pour rendre son film repoussant. Dès les premières minutes, le film est encombré par une narration envahissante. L’idée était sûrement de créer un décalage entre l’accent so british de l’excellente Emma Thompson (en VO) et des situations cocasses (le papa se masturbe dans la chambre de son fils, non ce n’est glauque. Quoique…), et pourtant cela ne fonctionne pas et rend l’immersion difficile dès les premières minutes, avant de disparaître et de revenir de façon aléatoire pendant le film.
À cela s’ajoute une galerie de personnages, dont la moitié sont fortement antipathiques ou inintéressants car trop peu exploités pour mieux mettre en avant un quatuor phare (Adam Sandler et Rosemarie DeWitt / Ansel Elgort et Kaitlin Dever). Les ficelles sont grosses comme des poutres tant le scénario manque de subtilité, en présentant ses personnages à la chaîne et laissant deviner l’issue de chaque problème abordé… sans vraiment s’attarder dessus. Entre anorexie, hyper-sexualisation et dépression latente, Jason Reitman se focalise sur les messages que ses personnages s’envoient par téléphone interposé et, du coup, ces échanges flottent sur les écrans sans jamais prendre forme, car le film ne cherche pas à aller plus loin, quand il n’abandonne pas certain personnage en cours de route (les penchants masochistes du jeune Chris, par exemple). Coté adultes, ce n’est guère mieux. Jason Reitman transforme ces parents dépassés en clichés sur pattes, dont le trait a été épaissi à outrance pour mieux imager « le danger des réseaux sociaux » et le manque de communication que ces derniers engendrent. Entre incompréhension, éloignement et égoïsme, Men, Women & Children enferme ses adultes dans des bulles aveugles tant ces derniers ne voient pas plus loin que le bout de leurs nez.
Sauf que les ados et les parents n’ont jamais attendu le 21ème siècle pour ne plus se comprendre, et c’est là que Men, Women & Children botte en touche car il ne propose rien de neuf sur le sujet. Le mal-être adolescent, les cachotteries, la (presque) double-vie… on est tous plus ou moins passé par là, sans pour autant avoir un compte Twitter ou un blog ! Certes, on est loin de la mise-en-garde alarmiste de Trust, de David Schwimmer (2012), mais au moins ce film utilisait internet comme un thème central de son film au lieu de n’en faire qu’un sujet racoleur pour prêcher une certaine morale pseudo-éducative et souvent loin de la réalité en resservant des portraits usés jusqu’à la corne.

Oui, internet et les réseaux sociaux éloignent les gens plus qu’il ne les rapproche. Oui, internet et les réseaux sociaux sont des mondes sans limites et dangereux car on ne sait pas à qui nous nous exposons. Jason Reitman ne fait qu’un constat de tout cela et s’en sert comme excuse pour livrer une ronde fadasse et ennuyeuse de personnages engoncés dans leurs préjugés ou encore soumis à la dure loi parentale. Internet dans tout ça ? Une façade, ni plus ni moins. Il ne suffit pas de montrer un couple au lit, chacun avec son Ipad ou de filmer des ados constamment le nez collé sur leurs portables pour raconter une histoire. Le problème c’est que parmi toutes ces mini-intrigues survolées et l’envie d’apporter visiblement une issue tragique au film, Men, Women & Children passent à coté de certaines histoires qui auraient pu, à elles seules, tenir en un seul film ou occuper une plus grande partie. Au final, Jason Reitman conclut son film de façon hasardeuse, ne refermant qu’un seul chapitre et laissant le reste de ses personnages en suspens. Dommage.

Malgré un casting intéressant, peu sont ceux qui sortent réellement du lot. Les parents réussissent à tirer leur épingles du jeu : Adam Sandler (Copains Pour Toujours, Jack Et Julie, Le Mytho…) abandonne ses comédies rentables pour former un duo piquant avec la délicieuse Rosemarie DeWitt (Rachel Se Marie, Promised Land, The Company Men…), Jennifer Garner (Dallas Buyers Club, Valentine’s Day, Juno…) est aussi agaçante que talentueuse, tandis que Judy Greer (La Planète Des Singes – L’Affrontement…) et Dean Norris (Under The Dome…) passent légèrement au second plan. Face à eux, un casting « adolescent » dont Ansel Elgort (Nos Étoiles Contraires, Divergente…) est la coqueluche. Ce dernier campe un personnage sensible dans lequel on y retrouve un peu de Gus, alors qu’il partage l’affiche avec Kaitlyn Dever (States Of Grace…) qui, si elle ne commence pas à sourire plus souvent, va rapidement devenir la nouvelle Kristen Stewart (et ce serait dommage d’être aussi détestable avec un tel potentiel). Autour, Olivia Crocicchia (Palo Alto…) joue les pin-ups dont les moues boudeuses irritent rapidement, alors qu’elle se fait souvent voler la vedette par Elena Kampouris (Last Days Of Summer…) et sa fragilité marquante.

En conclusion, rien de bien nouveau sous la lune. Jason Reitman s’empêtre dans un film choral mou et déprimant, cherchant vaguement à faire passer un message universel et un brin moralisateur. Au lieu d’un portrait avisé de la société actuelle, Men, Women & Children brasse pas mal de clichés et une galerie de personnages peu attachants qui se révèlent purement anecdotiques une fois le film terminé. Plutôt moyen tout ça.
Vivement le prochain film de Jason Reitman que je puisse m’extasier à nouveau sur son talent, clairement aux abonnés absents ici.

Oh Romeo, my romeo... oops! Spoiler Alert...

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