[CRITIQUE] Au Plus Près Du Soleil, d’Yves Angelo

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À la fois curieux et dérangeant, Yves Angelo livre un drame cousu autour d’un mensonge, dont le fil s’étire jusqu’au malaise. Au Plus Près Du Soleil est un enfer pavé de bonnes intentions, à la mise en scène atypique et nébuleuse qui intrigue, donnant du relief à un ensemble parfois traînant. Tragique et étrange, Au Plus Près Du Soleil laisse songeur et reste entêtant, longtemps après la séance. C’est dire : cela fait bien une semaine que je l’ai vu, je ne sais toujours pas si je l’ai aimé !

Le pitch : Sophie, juge d’instruction, auditionne un jour Juliette, pour des faits d’abus de faiblesse sur son amant. Elle se rend compte après enquête que la prévenue est la mère biologique de l’enfant qu’elle a adopté. Loin de se dessaisir de l’affaire, Sophie s’acharne contre cette femme. Olivier, son mari, désapprouve son attitude et entre en relation avec Juliette sans lui révéler sa véritable identité. Mais la jeune femme découvre qu’Olivier est le mari de sa juge. Elle ne comprend pas ce qu’il cherche, lui ne peut plus lui révéler la vérité…

Dix ans après son dernier film, Les Âmes Grises, Yves Angelo, qui également travaillé sur Crime d’Amour d’Alain Corneau ou encore Tu Seras Mon Fils de Gilles Legrand, revient avec un drame prenant, étrange et difficile à digérer.
Au Plus Près Du Soleil commence comme un épisode de série policière, présentant une jeune femme à la beauté dévastatrice accusée d’avoir pousser un ex-amant au suicide dans le bureau d’une juge peu commode. Cette introduction à rallonge, qui n’a de positif que de rappeler vaguement le film Filles Uniques de Pierre Jolivet (où Sylvie Testud jouait une délinquante face à sa juge, Sandrine Kiberlain), laisse peu à peu place à la déroute, lorsque l’une se rend compte que l’accusée est la mère biologique de son fils. Yves Angelo explore le dilemme d’une mère face à un choix décisif : révéler la vérité à son fils et prendre le risque de le voir s’attacher à une femme aux mœurs douteuses ou taire ce qu’elle sait pour protéger sa famille.
Au Plus Près Du Soleil échappe de peu au drame plat en situant sa menace ailleurs, dans la curiosité d’un mari, homme de loi également et aux principes, au début, infaillibles. Le film donne parfois l’impression qu’Yves Angelo s’est penché sur un dictionnaire de proverbes pour mieux les illustrer : « La curiosité est un vilain défaut » nous prouve-t-il en observant le mari succomber à la tentation, poussant le bouchon un peu trop loin sous couvert de gentillesse désintéressée… « Un mensonge en entraîne toujours un autre », « l’enfer est pavé de bonnes intentions… » Yves Angelo prend à malin plaisir à tourmenter ses personnages, opposant un couple aux apparences honorables, tout deux incarnant des figures judiciaires, à une femme égoïste et manipulatrice, avant de creuser les faux-semblants et en dévoiler leurs fragilités et leurs craintes. Une fois dépouillés, ces derniers inversent la vapeur et ce qui semblait couler de source au début du film vogue brusquement en eaux troubles au fur et à mesure que le film avance vers un dénouement captivant et dérangeant.
Au-delà de son histoire, Yves Angelo joue avec ses codes à travers une mise en scène originale qui déroute autant que son scénario. À travers de nombreux plans serrés inquisiteurs, le réalisateur scrute ses personnages comme pour nous forcer à les regarder dans les yeux, au-delà des apparences. D’ailleurs même les lieux de tournage deviennent impersonnels malgré les noms de villes lâchés ça et là. Au Plus Près Du Soleil est un huis-clos émotionnel tragique, pleinement servi par la lenteur de son développement et ses métaphores plus ou moins perceptibles à l’image (les plans sur la mer, la croisière…). Si dans la dernière partie le dénouement est prévisible, on s’accroche tout de même à ce chassé-croisé immoral, quitte à en être révolté.

Finalement, Au Plus Près Du Soleil est aussi fort que perturbant, laissant un sentiment confus. Si je sais que je ne l’ai pas détesté, je ne peux pourtant pas affirmer que je l’ai aimé. En plus de sa réalisation intéressante, le film doit beaucoup à ses personnages aux visages humains, souvent enlaidis par leurs désirs de garder une certaine emprise sur un tiers, quitte à sacrifier leur honnêteté et leurs familles. D’ailleurs, Yves Angelo fait appel à un casting superbe : Mathilde Bisson (vue dans l’infâme Jamais Le Premier Soir…) joue les belles plantes marquées par la vie, rappelant un mélange rafraîchissant entre la rudesse maladroite et cinglante de Marion Cotillard dans Les Jolies Choses et la beauté faussement ingénue de Louise Bourgoin dans La Fille de Monaco. L’actrice tient un rôle complexe, à la fois détestable et touchant, face à un duo solide incarné par une Sylvie Testud (dont la filmo contient des horreurs comme Papa Was Not A Rolling Stone, Sous Les Jupes Des Filles…) naturelle sans forcer, et un Grégory Gadebois (Mon Âme Par Toi Guérie, Pop Redemption…) à la force tranquille mais faillible.

En conclusion, il ne faut pas se fier au pitch simpliste du film. Si on peut se prendre au jeu, Au Plus Près Du Soleil désarçonne : son titre lumineux cache un drame profond, la beauté physique et morale de ses personnages laissent place à des secrets et des mensonges.. Yves Angelo explore son intrigue jusqu’au bout, jusqu’au malaise, et se conclue comme il a commencé : entre deux phrases, telle une tranche de vie d’anonymes captée pendant quelques instants avant de passer à autre chose. À voir.

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