World War Z : Efficace, divertissant, mais frileux

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Du film pop-corn classique, World War Z en a toutes les qualités, mais aussi les défauts. Frénétique et stressant, le film de Marc Forster comble nos attentes quand il s’agit de jouer avec nos nerfs et nous captiver devant cette déferlante d’action quasiment incessante et chaotique. Cependant, quand on y regarde de plus près le film divise : souvent incohérent, parfois absurde, le scénario a tendance à combler ses creux à la hâte, pour provoquer ses rebondissements. En fait, World War Z n’a définitivement rien du film d’horreur (manque d’hémoglobine oblige) et emprunte les codes des films catastrophe, rayon apocalypse, en nous immergeant dans la confusion et la panique générale sans crier gare. Plutôt efficace et tranché, soit on aime, soit on déteste. Pour ma part, World War Z livre une œuvre correcte et appréciable sur l’instant, mais qui, après réflexion, manque de maturité et de réalisme.

Le pitch : Un jour comme les autres, Gerry Lane et sa famille se retrouvent coincés dans un embouteillage monstre sur leur trajet quotidien. Ancien enquêteur des Nations Unies, Lane comprend immédiatement que la situation est inhabituelle. Tandis que les hélicoptères de la police sillonnent le ciel et que les motards quadrillent les rues, la ville bascule dans le chaos…

Tout d’abord, je vous avoue une chose qui peut avoir son importance : je n’ai pas lu le livre éponyme de Max Brooks. Par conséquent, j’ai découvert World War Z en m’attendant à un blockbuster survitaminé et idéal pour frémir en regardant un héros risquer sa vie pour sauver l’humanité. C’est à peu près ce qu’il s’est passé, la tension et l’adrénaline en plus.
Nous étions prévenus : « il n’y aura aucun avertissement » et effectivement, World War Z démarre sur les chapeaux de roues après une rapide introduction autour du train-train quotidien d’une famille lambda (ou presque) et quelques bribes d’informations alarmantes. World War Z s’étoffe se calquant sur le modèle des films catastrophe (tels que les tous récents 2012 ou Le jour d’après, sortis respectivement en 2009 et en 2004) en semant de rapides indices sur ce qui va suivre (problèmes écologiques, sanitaires, bref la nature se rebelle…). Et pourtant, l’action démarre de façon tellement soudaine, qu’il est impossible de la prévoir. Du léger mouvement de foule qui se transforme en chaos général, World War Z bascule en un clin d’œil et la situation ne fait que dégénérer de minutes en minutes, avec un effet boule de neige dévastateur, ingérable et prenant. Au milieu, la famille Lane, menée par Gerry, un ex-agent des Nations Unies, qui deviendra nos yeux et nos oreilles, alors que nous découvrons petit à petit que parmi la foule affolée, des créatures passent à l’attaque. Que se passe-t-il ? Pas le temps ni l’occasion de se mettre sur le coté pour souffler et observer, la caméra participative de World War Z nous entraîne dans une course contre la montre haletante alors que nous suivons la famille Lane qui tente de se mettre à l’abri.
Rapidement rappelé par ses anciens employeurs, Gerry se voit forcé d’abandonner sa famille et va alors parcourir les quatre coins du globe afin de tenter de trouver des réponses.

World War Z, c’est avant tout une ambiance angoissante. Il faut céder à la la panique et se laisser prendre au jeu, car c’est là-dessus que mise tout le film. Après cette longue introduction palpitante, le film ne va cesser de multiplier les piqûres de rappels en reprenant presque toujours le même mode opératoire, efficace et impressionnant . Si vous adhérez pas à ce style ou que la mise en scène parfois bordélique de Forster vous gêne, autant vous qu’un long moment de solitude vous attend ! World War Z doit son intensité à son rythme échevelé et dense où chaque scène n’est qu’un prétexte pour une nouvelle attaque. Le film laisse peu de moment de répit, ne soufflant uniquement pour éparpiller quelques éléments de réponse, sans doute dans le but obnubiler son public et de masquer, par la même occasion, les nombreuses défaillances du film, que ce soit au niveau du scénario ou de la réalisation. Oui mais voilà, difficile de maintenir le rythme tout en restant cohérent, entre action et explication il faut choisir. World War Z préfère les deux en même temps. Résultat, les rares théories et hypothèses qui émergent, deviennent plus assommantes qu’intéressantes, voire carrément tirées par les cheveux (bien qu’elle soient, espérons le, tirées du livre).
Impossible d’ignorer les détails qui fâchent, du groupe de réfugiés assiégés qui décident de pousser la chansonnette, aux moments carrément « what the fuck? » (absurdes), dont un placement de produit étonnant (une marque de cola…), sans parler des effets spéciaux qui restent plutôt scolaires, visibles surtout lorsque la caméra s’autorise un plan stable sur une personne infectée.
Malheureusement, qu’on aime ou pas World War Z, deux choses finiront par décevoir les deux camps. D’abord, l’absence de sang : non pas que ce soit un critère obligatoire quand il s’agit d’un film étiqueté « horreur / épouvante » (quoique ?), ici World War Z surfe sur la tendance du zombie sans vraiment l’assumer et propose finalement un survival frileux dans un monde en pleine apocalypse (rappelant parfois la série The Walking Dead ou encore le génial 28 jours plus tard de Danny Boyle). Peur du résultat ou envie de plaire à un public plus large ? Toujours est-il que si World War Z parvient à transmettre son stress à travers l’écran, cette absence de rouge fait ressembler le film à un jeu vidéo grandeur nature et perd donc en crédibilité. L’autre point désagréable, et pas des moindres, réside dans la fin expédiée du film. Après nous avoir trimbalé à gauche et à droite pendant plus d’une heure et demie, c’est à court d’idées que le film se conclut, noyé dans un subterfuge douteux et pas vraiment assumé non plus. Le film nous extrait soudainement du cœur de l’action pour finir sur un résumé en voix off et bricolé à la hâte. Les dernières secondes laisse deviner une potentielle suite, cependant le fait d’avancer un éventuel World War Z 2 n’empêche absolument pas de clore un chapitre. Dommage, car jusque là, le film avait réussi à tenir la plupart de ses promesses.

Au final, World War Z s’en tire juste bien, surtout grâce à cette première partie explosive et haletante qui fascine dès le début. C’est la curiosité et l’envie de revivre cette tension qui maintient en haleine tout au long du film et permet d’excuser ses nombreux travers. Marc Forster est clairement dépassé par les événements et l’intensité de son propre film (ou a-t-il vu ses ambitions bridées par la Paramount ?). Mais étrangement, l’instabilité de sa mise en scène et le rythme en dent de scie du film en général contribuent à mettre en valeur l’angoisse permanente qui habite World War Z. Le hasard fait bien les choses, parfois.

Au casting, nous retrouvons Monsieur Angelina Jolie Brad Pitt, impeccable dans son personnage, entre père de familles inquiet et agent de terrain au sang froid crédible. A ses cotés, James Badge Dale, David Morse et même le frenchy Grégory Fitoussi se côtoient dans des rôles secondaires tandis que Mireille Enos attend patiemment le retour de son mari, alors que ce dernier crapahute en compagnie de Daniella Kertesz, assez peu loquace ni expressive.

En conclusion, malgré les désaccords en coulisse, World War Z réussit à proposer un bon divertissement suffisamment intense et explosif pour être apprécié. Cependant, même si on se régale devant ce blockbuster haletant, le manque de cohérence et l’adaptation approximative et hésitante du best-seller de Max Brooks finissent par grignoter petit à petit les quelques points positifs. En tout cas, ça donne envie de lire le livre, justement, histoire d’en savoir plus…

Inevitable

Inevitable

2 réflexions sur “World War Z : Efficace, divertissant, mais frileux

  1. Je dois avouer un truc : je suis tellement bon public que c’est un de mes films préférés (et je n’ai pas lu livre). Alors oui, c’est pas exactement des zombies qui déchirent des jugulaires à coups de dents, mais j’ai été tendue tout le long. Une des scènes qui me reste en mémoire est celle où Gerry Lane réalise que l’infection se manifeste au bout de quelques secondes, soit la durée exacte de la musique qui s’échappe du doudou de sa fille. Et qu’il se tient au-dessus du vide après s’être fait cracher du sang dessus, toussa.
    Cette première partie est haletante, comme tu le dis, et c’est grâce à elle qu’on maintient notre attention jusqu’au bout, en essayant de passer outre les grosses ficelles qu’on nous présente ensuite.
    Du coup, j’ai un peu de mal à comprendre les reproches qui lui sont adressés de toutes parts. Le film est efficace, visuellement ça fait plaisir aux yeux, même si, je le concède, la fin arrive un peu comme un cheveu sur la soupe (et pour les plus observateurs, on la devine alors que Gerry est encore en plein cœur de Jérusalem). Enfin, il ne mérite le terme de « navet », quand même… 🙂

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