[CRITIQUE] Comancheria, de David Mackenzie

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Bien ficelé et maîtrisé, le film de David Mackenzie mélange les codes de films de braquage et des westerns avec modernisme pour livrer un duel moral intéressant. Comancheria maintient en haleine grâce à un casting impeccable, une photographie parfaite et une bande-originale qui collent à cette ambiance très Far West à l’accent traînant du Sud. Au-delà des habituelles oppositions cowboys vs voleurs ou cowboys vs indiens, David Mackenzie souligne une nouvelle menace plus sournoise sous forme de constat social qui vient donner du poids au film, sans désigner de coupable parmi les portraits humains qu’il dessine. Cependant, si Comancheria reste attractif, l’ensemble manque cruellement de rythme et de dynamisme, ce qui crée pas mal de longueurs et le rend parfois interminable.

Le pitch : Après la mort de leur mère, deux frères organisent une série de braquages, visant uniquement les agences d’une même banque. Ils n’ont que quelques jours pour éviter la saisie de leur propriété familiale, et comptent rembourser la banque avec son propre argent. À leurs trousses, un ranger bientôt à la retraite et son adjoint, bien décidés à les arrêter.

Young Adam, My Name is Hallam Foe, Les Poings Contre Les Murs… David Mackenzie explore les genres et les thématiques qui lui servent surtout d’environnements variés et parfois extrêmes pour observer le genre humain et proposer une vision qui va souvent au-delà du film.
Pour son dernier film, Comancheria, le réalisateur choisit une ambiance western et old school, aussi bien pour coller au caractère et à la mentalité de ses personnages que pour peaufiner les détails. Avec ses faux airs de road trip, Comancheria suit le parcours de deux frères, réunis par la mort de leur mère, qui se lancent dans une série de braquages de banques avec un but bien précis et, rapidement, un Ranger proche de la retraite va les traquer. Sans verser dans le mélo, David Mackenzie aborde un contexte bien parlant à travers la déroute de ces deux frères, au-delà des crimes commis, qui choisissent de voler une banque bien précise, celle à l’origine de leurs problèmes. Des voleurs justiciers ? C’est un point de vue que David Mackenzie propose en pointant du doigt un système bancaire biaisé et le capitalisme sans visage qui touche des populations accessibles, pour mieux s’enrichir et récupérer ses investissements à l’entourloupe. Ce sujet de fond vient souligner les motivations de ces personnages, les démarquant des ambitions manichéennes d’autres films de braquage, que le film transpose dans un univers aux codes déjà bien définis. Du tempérament revanchard et buté, un poil macho, des clichés texans, Comancheria traite donc ce sujet en filigrane pour mieux se focaliser sur ces hommes, rappelant les caractères tranchés que l’on voyait chez Sergio Leone à l’époque (Le Bon, La Brute et le Truand, par exemple…). De l’ex-taulard qui court à sa perte au frangin qui agit malgré lui, en passant par ce vieux représentant de la loi qui en a déjà vu de toutes les couleurs, David Mackenzie tisse ces vies parallèles qui cohabitent dans une même trajectoire, entre humour et constat amer.

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L’ensemble du film est brillamment maîtrisé : la direction artistique, la mise en scène et le scénario de Taylor Sheridan (Sicario…) donne envie de découvrir ce film a-priori insaisissable, entre western et thriller. Comancheria attire le regard et l’attention grâce une histoire attrayante et une photographie lumineuse et chaude qui souligne le décor étouffant du sud des Etats-unis. Mais rapidement, quelque chose ne prend pas : dès les premières minutes, le rythme fait défaut au film. Quand les premières tentatives d’humour sont tombées à plat, je me suis dit que c’était probablement dû à l’introduction sur les chapeaux de roues du film. Mais rapidement, la lente léthargie de Comancheria se fait de plus en plus ressentir, d’une part à travers les dialogues, souvent affaibli par l’accent traînant du Sud et la tonalité monocorde des voix des acteurs, mais c’est surtout que de nombreuses répartie ne font pas mouche : l’intention est là, mais l’effet ne fonctionne pas toujours. D’autre part, le film met beaucoup (trop) de temps à réunir ses personnages, entre traque et fuite, Comancheria lambine et a bien du mal à passer à la vitesse supérieur une fois son intrigue posée. Du coup, le temps se fait long et j’ai fini par m’ennuyer en cours de route (pour ne pas dire somnoler).

Au casting, un trio complémentaires et étonnamment intéressant où les forces des uns permettent aux maillons faibles d’assurer. C’est le cas grâce à Ben Foster (Warcraft : Le Commencement, The Program, Kill Your Darlings…), habitué aux rôles un peu torturé, qui égaye le tête-à-tête avec un Chris Pine (Star Trek : Sans Limites, The Finest Hours, Into The Woods…) toujours trop fade à mon goût. Jeffs Bridges (Le Septième Fils, The Giver, True Grit…) incarne bien ce vieux Ranger en fin de carrière, même si le personnage est un peu trop attendu (puisqu’il finit par toujours faire la même chose). Autour d’eux, Gil Birmingham (Lone Ranger…) et Katy Mixon (Take Shelter…) arrivent à faire pétiller un ensemble parfois trop morne et limité par les clichés qu’ils incarnent.

En conclusion : à la fois classique et léché, Comancheria possède de nombreux atouts mais David Mackenzie se perd dans la contemplation et la méticulosité. Du coup, l’ensemble manque tellement de rythme que cela nuit à l’intérêt du film qui perd de son intensité et de son mordant, et ce malgré un début plein d’action. À voir, pour saluer le travail, mais en étant en bien en forme.

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